Treitschke, Deutsche Geschichte, t. V, p
2 II avait épousé une princesse de Prusse, fille de Frédéric-Guillaume III ; *' «tait, par conséquent, le beau-frere du roi et du prince de F»rus=e.
3 GesetzSammlung, 1847. p. 33 et suiv. Traduction française dans le Moniteur universel. 8 février 1847 et YAn>tuaire historique de Lesur et Fouquier, 1847. Appendice, p. 6U et suiv.
la Diùte devait être consultée sur tous projets de lois modifiant les droits des personnes et des biens; elle recevait le compte général de la dette et avait le droit de pétition ; elle se composait de deux assemblées, la Chambre des seigneurs, représentant la haute noblesse, la Chambre des trois Etats, qui comprenait les députés de Tordre équestre, des villes et des campagnes ; la Diète n'était pas périodique, mais le roi devait réunir tous les quatre ans les comités permanents des assemblées provinciales, et ce comité avait presque les mômes droits que la Diète plénière, sauf en matière financière. Enfin une délégation spéciale, composée d'un membre de chaque assemblée provinciale, se réunissait tous les ans pour contrôler les comptes d'intérêts de la dette publique et surveiller les amortissements.
L'ensemble de ces dispositions était assez singulier et disparate, comme une construction des temps anciens, rafraîchie au cours de chaque siècle, et qui contient des tourelles à poivrière, des fenêtres à salamandre, un péristyle Louis XIV et des bo\v-\vindo\vs de genre moderne. La couronne avait à coup sûr manifesté beaucoup de bonnes intentions, mais en donnant elle retenait; elle octroyait moins des droits que des facultés virtuelles. Si le monarque convoquait régulièrement la Diète, la consultait pour se conformer à ses désirs, lui soumettait tous les chapitres du budget et tenait compte de ses pétitions, il introduirait le régime parlementaire en Prusse. Mais il n'y était pas tenu : il pouvait ne réunir jamais la Diète, soumettre tous les quatre ans au comité des projets sans intérêt, empêcher la délégation d'examiner sérieusement les comptes, user de procédés de Trésorerie, et régner autocratiquement, sans aucun souci de la Diète; c'était encore uno façon de promesse. Tel serait le roi, telle serait la loi.
Le premier moment de surprise passé, ces défauts appa-
a L\ dlkït. i mi: m; im: n
rurent et les gens d'opposition les mirent en relief. Les
|u'uii iijipt-Iail déjà les radicaux, déehireîeol
3 février : ils avaient mis l'opinion
de contre les demi-mesures, ils avaient beau
prophètes, l'n des plus vigoureux,
limon de Kœnigsberg, magistrat démissionnaire, juriste
el Burtoul polémiste mordant, publiait une brochure
ilre : iecepter ou refuser', où il engageai! les assem-
' . a décliner lo convocation du roi. Les
rcttanl l'insuffisance des réformes, exprî-
nnienl l'espoir que le roi persévérai! dans son initiative en
ni plus d'autorité h lu Diète unie. El Frédéric Guil-
■ répondre è leurs demandes par ■ îérïe
■ .:., es où, coup sur coup, il eonvoquaJI la Dièle,
■ de conscience et l'indépendance religieuse,
des procédures civiles el criminelles,
nbres el des tribunaux de commère. Tout
m i un régime nouveau.
' Lvril 1847, le roi ouvrit la Diète unie a Berlin cérémonie pompeuse, dans un mode antique et ■'■ des princes de sa famille, de ses ministres, de.» grands officiers de la Couronne, il harangua les députés Salle blanche du château royal. Son discours, long, souvent brillunl. parfois persuasif, avec des digressions, des exclamations, était au fond 1res net el nolinle de février avait accordé 1rs extrêmes concessions. « Héritier d'une couronne que j'ai reçue intacte el ■ r intacte à mes successeui
rait le roi, jamais je ne transformerai le rapport naturel entre le prince et le peuple en un pacte constitutionnel; jamais je n'admettrai qu'une feuille écrite vienne s'interposer, comme une seconde Providence, entre notre Dieu et ce pays, pour nous gouverner avec ses paragraphes et pour remplacer pai eux la sainte et antique fidélité. » Dans ce splendide pathos, on remarquait une certaine méfiance envers les députés ; ceuxci furent déçus, un peu étonnés, même vexés de ce défaul d'abandon et en exprimèrent respectueusement leur surprise dans les débats sur l'adresse.
Ces débats permirent aux partis de se classer. Il n'y avail pas eu d'élections spéciales pour le Landtag uni, formé seulement de la réunion des assemblées provinciales; la Chambre des Etats conservait donc le caractère de ces assemblées, correct, modéré, un peu neutre et pAle. L'ensemble étail libéral; les plus avancés, Hansemann, député d'Aix-la-Chapelle, Mevissen, un des fondateurs de la Iiheinische Zeitum/, Milde, député de la Silésie, étaient sincèrement dévoués i\ h Couronne. Parmi les modérés, quelques-uns devaient jouei grand rôle dans l'histoire d'Allemagne, et ce fut le mérite de la Diète unie de les mettre en relief : Beckerath, arrivé à force de volonté, fils d'un tisserand, riche banquier, poète et homme d'Etat, un des chefs du Parlement national en 1848; Alfred d'Auerswald, député de la province de Prusse, ministre en 1848 et de 1858 à 18G2; le comte Schwerin, député de Poméranie, esprit de grande élévation, indépendant, pieux, moins un lutteur politique qu'un caractère très noble et très pur; Camphausen, président de la Chambre de commerce de Cologne, président du conseil en 1848 et délégué de la Prusse à Francfort; le baron de Vincke, grand propriétaire en West* phalie, brillant orateur, mais ondoyant et ne craignant pas de se contredire, plus porté à la critique qu'à l'action; le comte
d'Arnim, ancien et futur ministre, bon fonctionnaire, conseiller sage et sûr, mais incapable d'organiser un parti. A l'extrême droite, un petit groupe de trente députés, tous nobliaux de province invoquaient la sainte tradition, le vieil honneur prussien, le droit sacré de la Couronne. Bismarck v alla sans hésiter lorsqu'il entra dans l'assemblée.
Il n'avait pas assisté aux débuts de la Diète unie : simple membre suppléant de l'ordre équestre au Landtag de la province de Saxe, il n'avait pas été convoqué u Berlin ' ; il était très occupé d'ailleurs par les travaux de printemps, ses fonctions locales à Schonhauscn et sa cour à M"" de Puttkamer. H avait passé tout le mois d'avril à Beinfcld en Poméranic auprès de sa fiancée, « dans un état de contentement profond, tomme il n'en avait plus connu depuis des années3 ». En retaurnont à Sclionhausen, il s'était arrêté n peine quelques jours a Berlin, ayant bâte de retrouver sa digue, ses champs et ses chevaux. Mais au commencement de mai, un député de son ordre et de la province de Saxe, M. de Brauchitch, tomba gravement malade; il fallut appeler le premier suppléant, celait Otto de BismarcU-Schonbausen. Il fut médiocrement content de cette corvée : elle l'éloignait de ses terres et risquait de reculer la date de son mariage1. II pensa à décliner l'honneur, mais son parti tint à lui ; il avait rédigé au commencement de l'hiver un plan de réforme judiciaire qui avait été remarqué par le Landtag saxon ; on l'avait prié de parfaire son mémoire et de le soumettre au ministre de la Justice ; il avait travaillé son sujet avec Louis de Gcrlach, président du
I llorst Kohi, Bismarck Rerje*ten, 1891. p. 7. Au moment du l'ouverture <lu Landtag, Bismarck était en Poméranie.
* Bisman-k à M" d'Arnim, li avril 1817. Bmnarckbriefc, S' Éd. 11. Kohi UW»,, p. 49.
3< Bismarck a sa fiancée, 8 mai 18*7. Bismarcks Britfe an seins Braut WCa«in,pUI-
Tribunal d'appel à Magdebourg, et le 26 mars lui avait adressé, de Poméranie, une note assez curieuse sur l'organisation de la magistrature * ; ces études avaient mis le jeune hobereau en relief et les représentants de la Saxe comptaient sur sa collaboration à la Diète unie; d'ailleurs le second suppléant était, au dire général, un incapable ; Bismarck dut donc se résigner à accepter une charge qui devait avoir sur sa destinée une profonde influence. Le H mai, il entra dans l'élégante Salle blanche où siégeait la Diète.
Depuis un mois, les partis étaient en contact, et la majorité à la Chambre des Etats s'était affirmée comme libérale et progressiste. Les débats de l'adresse avaient porté sur la valeur de la patente du 3 février; dans une forme respectueuse, mais ferme, le comte Schwerin avait « exprimé les craintes que certaines dispositions des ordonnances inspiraient aux députés, malgré eux » ; le rapporteur, M. Beckerath, avait rédigé un projet qui rappelait les engagements solennels de Frédéric- Guillaume III, constatait l'insuffisance du système octroyé par le roi, et réclamait comme des droits la périodicité de la Diète, son contrôle plus effectif sur les questions financières, sa compétence plus large dans les questions de droit civil. Le commissaire du gouvernement, M. de Bodelschwingh, avec l'éloquence du de bâter anglais, faite de clarté et de logique, s'était efforcé de démontrer que la patente de février avait rempli tous les engagements des lois précédentes ; mais les députés avancés, Mcvissen, Mildc, avaient protesté énergiquement et proclamé « comme un devoir sacré de faire une réserve solennelle des droits légitimes du peuple ». Leur attaque avait paru si vive que le prince de Prusse était intervenu. Sur un ton hautain, dictatorial2, « comme premier sujet
1. Cotte note se trouve dans le Bismarck Jahrbuch, t. III, p. 36 et 8uiv.