I. Ikni
ioarg, 30 a
Mais, dans la pensée de Bismarck, celle éclipse du parti réactionnaire n'était que momentanée. Il désirait laisser au parti modéré le soin de rétablir Tordre en Allemagne, puis reprendre l'offensive avec vigueur pour rétablir l'ancien régime. Retiré à Schonhausen, il exerçait une action personnelle sur les paysans de son village et des environs, sur les bourgeois des villes voisines, Jcrichow, (ienthin, Uathcnow. Il étendait son influence en adressant des articles à divers journaux de sa province. Dans une « Correspondance de la Vieille-Marche1 », il opposait les intérêts des villes et des campagnes, et menaçait les cultivateurs de l'oppression des citadins en matière d'impôts; il en concluait naturellement que les campagnards devaient quérir appui auprès de leurs prolecteurs naturels, les seigneurs terriens. « On s'imagine, écrivait-il, qu'en réduisant ces hommes à l'impuissance, les campagnards se verront contraints d'élire des avocats ou d'autres citadins qui n'ont cure des intérêts ruraux, ou de braves gens de la campagne, et ceux-ci, on espère bien que les leaders les mèneront par le bout du nez, grAce à leur éloquence et à leur savante politique. Dès lors, on cherchera à faire passer les hommes qui, jusqu'ici ont été seigneurs terriens, comme désireux de travailler au maintien ou au retour de l'ancien état de choses, tandis que, bien entendu, ils sont convaincus, comme l'est tout homme raisonnable, que ce serait folie de vouloir opposer une digue au courant du temps actuel. » 11 mettait en garde les cultivateurs contre l'injustice qu'il y aurait à supprimer les droits seigneuriaux sans indemnité et ajoutait pour conclure : « Comme exploitant la terre, le paysan a les mêmes intérêts que le seigneur terrien ;
1. Le manuscrit en a été retrouvé dans 1rs papiers du prince île- Bismarck. Iliust Knlil s'est. livre à de vaines recherches pour établir dans quel journal l'article avail paru. Bismarck Jahrbuch, t. VI, p. 10 et suiv.
le système qui favorise exclusivement l'industrie est dirigé aussi bien contre l'un que contre l'autre et tend à se rendre
maître absolu de l'Etat en Prusse. » La véritable conclusion était sous-entendue : élisez M. de Bismarck-Schonhausen pour votre député. Mais le bon paysan ne se laissa pas convaincre et Bismarck se prodigua les consolations habituelles : « Si je ne réussis pas, je m'assiérai dans mon grand fauteuil avec la conscience d'avoir rempli mon devoir et je passerai les deux h six mois de la session bien plus agréablement que si j'étais à la Diète1. »
Mais il n'était pas dans son tempérament de rester assis ; il courait la campagne, répandant la bonne parole, pestant contre le zèle nationaliste de son sous-préfet, contre le gouvernement « aveugle et qui se condamne au suicide », surtout contre les Polonais et il reprenait les arguments qu'il n'avait pu produire à la Diète. Il était si plein de colère contre les émeutes de Posen que sa plume courait toute seule sur ce sujet : « Les Berlinois ont libéré les Polonais avec leur sang, écrivait-il le 20 avril... En rcmercimenl, ceux-ci se sont mis à la tète de bandes qui pillent et assassinent comme des barbares. Ainsi l'enthousiasme allemand a une fois de plus tiré les marrons du feu. Je l'aurais compris naturel si le premier essor de l'unité et de la force allemande avait été d'arracher l'Alsace à la France et de planter sur la cathédrale de Strasbourg le drapeau allemand. Mais c'est plus que de la débonnaireté allemande, c'est nous comporter comme de chevaleresques héros de roman que de supporter qu'on enlève aux Etats allemands le meilleur de ce que les armes allemande sonl conquis dans la province de Posen dans le cours des siècles2. »