Bismarck ù son frère, 19 avril
±. Lettre de Bismarck à la rédaction de la (Gazette de Maydcbmirn. *0 avril 1S48.
lit BISMARCK
Et dans sa fureur contre la Révolution, il manifestait son opinion jusque dans sa signature von Bismarck, relevant la particule qu'il n'avait pas jusqu'alors employée, pour crier qu'il était de la noblesse et prolester contre l'égalité.
Bismarck ne se limitait pas à une politique de province. 11 entretenait à Berlin des relations suivies avec quelques hommes d'Etat, surtout avec un petit groupe surnommé la eamarilta et dont l'influence devenait grande à la Cour; le général de Gerlach, qui en était le chef, en énumérait jusqu'à cinq membres, lui compris l : son frère Louis, président du tribunal supérieur de Magdebourg, esprit nourri et spirituel, portait jusqu'au fanatisme le culte de la royauté prussienne ; il avait de hautes visées, mais le flegme que lui imposait son obésité l'entravait sans cesse2 ; le général Léopold de Gerlach, ancien aide de camp du prince de Prusse, alors au corps de la garde, bientôt aide de camp générai du roi, élait profondément attaché aux Hohenzollcrn, et d'une fidélité à toute épreuve, mais non moins gras que son frère, il était plus théoricien qu'homme d'action ; Bismarck disait on plaisantant aux deux frères : « Si nous assistions de la fenêtre ù un accident dans la rue, le Président ferait une observation spirituelle sur notre manque de foi chrétienne et sur l'imperfection de notre organisation politique; le général indiquerait le moyen de parer à l'accident, mais resterait assis; seul, je descendrais dans la rue porter secours. ■> L'homme pratique élait le général Rauch, brave militaire, qui voulait l'action immédiate, la marche à l'ennemi, et violentait au besoin les perpétuelles hésitations du roi. Léo, historien et publiciste, jadis étudiant de la Burschenschaft, républicain et nationaliste, maintenant piétiste et royaliste ultra, tenait la plume
i. (îorlach. DenkuOfdiykeitenA. H, p. 535. i. Itismaivk, Pensées et Souvenirs, t. I, p. 62.
LA RÉVOLUTION ItE l»i8
du parti. Massow, plus effacé, complétait te quintette. Quel-
ntimes, gravitaient dans le mime cercle
M.ilil. professeur de droit public, orateur du parti
rinaire : Nïebuhr, le lils de l'illustre philologue, eneon-'
.. ardent de réaction, très avant dans la con-
ià pi ■ I enfin Bismarck.
. . di !■'. le i » ail i J i ■ -■ ï : -. ■ la fondation d'un journal
. lin le bon combat de la foi et de l'autorité
1848 rendait ecLle feuille plus nécessaire
: car il étail indispensable d'opposer une pieuse lecture
une» des suppôts révolutionnaires. C'est ainsi
lêc la Veue Preussùn lie Zeittmg, plus connue si .us
te Gazette de la Croix, qu'elle lient de la croix de
ibul de la maison prussienne, imprimée a la man- .: journal, Un ami des Gerlueh, Hermanii Wngcncr, na prit la direction.
Bismarck g'inléressail ù la fondai ion du jounial1, mais il n'y
■ ■ régulièrement que plus tard, lorsqu'il rentra dans
parlementaires, l'our le moment il était (idole
a mm plan d'action locale cl répandait la bonne parole dans
province de Saxe. Il espérait qu'un mouvemenl se
dans les campagnes en faveur de l.i monarchie, cl
généraux de rétablir l'ordre d'an-
I itail avec mélancolie que lion n'en arrivait,
! « paysans se laissoicnl gagner par les jour-
t:iivti\és pour les élections; il lit
appel, avec une persévérance robuste, eu général de Prilt-
njppliant, à défaut d'action immédiate, de renverser
ides qui s'établissaient sur la journée du 1S mars ; il
lui demandait de raconter la conduite des « glorieuses troupes », de « faire voira la population la source trouble et impure d'où découla lemouvemenl révolutionnaire de Berlin ! »». Hélas î le général de Prittwitz, hue par la foule le 18 mars, n'éprouva pas le besoin d'être étrillé par la presse radicale et ne répondit pas à ce pathétique appel. Et les campagnes ne bougèrent pas.
dépendant les doubles élections de Prusse et d'Allemagne, s'étaient faites au détriment du parti féodal. Le Parlement national s'était constitué ù Francfort dans un élan d'enthousiasme et de fraternité : sa séance d'ouverture avait été une de ces journées radieuses où l'avenir semble facile et souriant; l'élection du noble Henri de Gagern comme président, la création d'un pouvoir provisoire, la nomination de l'archiduc Jean en qualité de vicaire d'empire, le choix d'un comité de constitution, tout avait été facilité par la concorde et la joie générales. Et les discours se suivaient pompeux, splendides, pour célébrer le patriotisme, la foi allemande, l'abnégation ifénérale. A Berlin. l'Assemblée nationale avait débuté avec moins de solennité et autant d'imprécision. Le ministère Camphausen. plein d'excellentes intentions, était composé d'hommes sans expérience du pouvoir et inaptes à organiser le travail parlementaire : il déposa le projet de constitution, dont la délibération était le but même de l'Assemblée, mais, au l'un d en demander une prompte délibération, il laissa les députés s'éparpiller pendant de longs mois sur les propositions les plus diverses; -la Chambre perdit ainsi toute cohésion et toute habitude de travail régulier, emportée au gré des événements de la ville et île la province.
Même dans la tidêle Maivhe de Brandebourg, les électeurs
! i;.!»::.arvk. .1 I * : î ; ; x\ i : .- . :r.ai l>îS iiiV . .-vv-JuAréucA, t. VI, p. 9.
sY-tiiient refusés à suivre ceux que Bismarck leur indiquait comme leurs guides naturels, les seigneurs terriens, et la débâcle de son parti faisait au châtelain de Schonhausen des loisirs politiques. Il se replia sur le petit groupe de la canwril/tt; celle-ci cherchait un chef dans la maison royale, et, à défaut du souverain dont elle connaissait le caractère ondoyant, «ks|N;rait trouver dans le prince de Prusse l'homme de ses rêves. Guillaume avait été élu député à rassemblée prussienne, et, à la demande du ministère, Frédéric-Guillaume IV avait rapj>elé son frère d'Angleterre. De la frontière à Berlin, les réactionnaires accouraient à toutes les stations pour acclamer leur futur sauveur; Bismarck ne manqua point à ce pèlerinage, et, le 7 juin, il était à la gare de Genlhin où le prince s arrêta quelques minutes. La haute taille et le regard d'Otto attiraient forcément les regards; Guillaume reconnut le champion de la monarchie légitime et se frayant un passage vers lui, il l'accueillit par ces paroles : « Je sais que vous n'êtes pas resté inactif en ce qui me concerne, je vous en remercie1. » Dans la crise dont aucun des deux ne comprenait la grandeur, le prince et le gentilhomme campagnard éprouvaient un égal besoin de se rapprocher, hommes de même trempe, dévoués aux mêmes principes d'autorité et de droit divin, pareillement stupéfaits de l'effondrement de leurs dogmes. Le prince rentra à Berlin, mais il ne trouva guère de semblables chevaliers a la Chambre; des idées plus modernes que les siennes y régnaient ; sa présence y détonna ; ses paroles, mûmes conciliantes, déchaînèrent une tempête, et, pour y répliquer, l'Assemblée reconnut « la haute importance des journées de mars et les services incontestés des combattants i ».