‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 41 sur 167 · Bismarck, Pensées et Souvenirs, t. I, p · texte numérisé non relu

Bismarck, Pensées et Souvenirs, t. I, p

t. Ordre du jour Zacharia1, U juin 1848. Bluin, Me ileutsclw Kevolulion. p. 343.

Bismarck élait à celle époque a Potadam, venu pour s'entretenir avee Gerlacb et Roon*. 11 ne comptait pas voir le roi, mais celui-ci apprit sa présence cl le lit chercher à l'hôtel, Bismarck, mécontent de la politique royale, répondit qu'il Hait but le point «le retourner a Schânhausen où la santé de

sa leiiuilc ru^eail -r -, soins, ['Voilél'ii-l ililllaume IV 110 SC

lassa point et envoya son aide de camp, Edwin de Manteuflel,

pour inviter Bismarck à dîner. Il n'y avait plus qu'à s'exécuter ei le royaliste boudeur se rendil a Sans-Souci, En sa levant de table, le monarque emmena son bote sur la lerrasM qui domine las jardina et, pour entamer lu conversation lui demanda d'un Ion affuble : « Kli bien ! comment cela va-t-il ? « « Mal », répondit l'enfant terrible. " J'espère que vous èlcs en lunules (tianosîlione pourtant «, repril le roi. Mais l'autre réparUl ■ « J'étais très bien disposé, mais je ne le suis plus depuis que la Révolution nous a été inoculer par les organes de l'autorité royale el sens son sceau. Je m.' crois plus en l'assistance, en l'appui du roi. a A ce moment la reine sur lit d'un bosquet en s'écrîanl : « Comment pouvez-vous parler sur ce Ion au roi;' — Laisse- moi faire, Élise, lui dit le souverain, j'en viendrai bien ù bout ». el se tournant vers Bismarck, il reprit : « Voyons, que me reprochez- vous ? — D'avoir évacue Berlin. — Cela s'est fait conlre mon gré », répondit Frédéric-Guillaume, et la reine qui étaïl restée ■' portée d'entendre, ajouta : * Le roi n'y est pour rien; de trois jours il n'avait fermé l'œil. — II faut qu'un roi puisse dormir », répliqua le censeur. A ce mol un peu vif, mais bien dans la manière de Bismarck, le monarque ne broncha pus et continua : « Après coup, on a toujours plus d'espril. Sî je

I. Li's jutiri mêmes tics iNvits entretiens dont suit le récit, n'uni pu i>[re nrt-i ises; mais d'après la c.orresiiondancc de Bismarck avec son frère il (.mi les placer entre le 1" cl lu 18 juin 1818.

nais d'avoir agi n tomme un ane »,qu'y gagneriez- vuus.' pas avec des reproches que vous relèveriez un trône

pour cela j'ai besoin de e ;ours, d'assistance efli-

■■■:. de critique'. »

ilgenoe du roi, son accueil facile et bienfaisant, désar-

?marck. Il revint à Potsdam ù plusieurs reprises et

Frédéric-Guillaume de nouveaux entretiens. Pour

de son inaction, le souverain invoquai) l'opinion

populaire qui n'aurait pas encore supporté une intervention de

il donc laisser l'Assemblée se mettre do plus

tort; le pays tout entier reconnaît rail alors

urounc i Uiîl on péril et en droit de se défendre. Bis-

dait qu'il n'était pas nécessaire d'attendre. Les

taîenl suffisants à Berlin pour qu'on y avançai des la nouvelle du retour du peiner Guillaume,

■ ifestation bruyante avait éclaté, el des émeuliers Reloue* le pont- le via menant a la caserne d'artillerie;

ivail pénétré dans l'Académie de ebant,

.il l'Assemblée, et ne s'était retiré que devant la

■■-. d'autres manifestants avaient fui! irrup-

is la maison d'un ministre, M. de Patow, et réel :

■ me forcée; les grilles du cliAlcan avaienl été arra-

I i- juin, la populace iivaîl

■ an exploit merveilleux; en plein jour, elle avail

pillé l'arsenal, véritable forteresse de pierre, u de la ville; les armes avaient été jetées dans la rue avaient offert des bombes aux passants . nmuniquaita la province : à Breslau une malail pour protester contrôle retourdu prince narck invoquait ces troubles et s'ed'oi nrnrck. Pran L p 58

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convaincre le roi de la nécessité d'une prompte et énergique intervention : le retour des troupes à Berlin, affirmait-il, sera accueilli avec gratitude par la majeure partie de la population : les soldats, bien dirigés, réprimeront l'émeute sans hésitation; ainsi la monarchie prussienne reprendra ses droits e( évitera de nouveaux et pires malheurs. Mais Frédéric-Guillaume hésitait et trouvait que les temps n'étaient pas encore venus d'agir par la force.

De Potsdam, Bismarck se rendait à Babelsberg, château voisin où habitait le prince de Prusse, et il racontait à sa manière les journées de mars; pour surexciter le patriotisme du prince, il lui lisait une poésie qui circulait dans l'armée et reflétait la colère des soldats pendant leur retraite.

L'aigle noire tombe de la hampe, souillée,

Ici prend fin, ô Zollern, ta glorieuse histoire,

Ici tomba un roi, mais non dans le combat,

Nous ne tournons plus nos regards

Vers l'étoile tombée.

Ce que tu fis là, prince, tu t'en repentiras,

Pas un seul ne sera fidèle, comme tes soldats prussiens.

A ces mots, Guillaume sanglota, mais il ne pouvait rien. Le jeune prince Frédéric serrait les mains de Bismarck avec une énergie significative : c'était un enfant de seize ans; la princesse parlait, sans écouter les conseils. Ainsi à Babelsberg comme à Potsdam, le bouillant partisan rencontrait beaucoup de bonne grâce, mais ne trouvait pas un homme d'action. Dégoûté de la politique, il s'enfuit.

A la fin de juin \ il se rendait avec Mme de Bismarck en Poméranie pour passer quelques semaines aux bains de mer ^ de Stolpmtinde et à Reinfeld dans la propriété des Puttkamer. j

1. Probablement le 2i> juin. Bismarck à sonfrère, 22 juillet 1848. JKmuraft» i briefe, p. 64. * M

la m;voLiTiON de isu ' m

. les soucis le rongeaienl : il s'inquiéUÎI de l'état tics

.i:i'>i'.rrrirn!s i]n">, développait le socialisme1,

il suivail événements de Berlin, et Keudell

qui le rencontra à Stolp, fui effrayé â ao vue. « Un souci

douloureux se plaquait sur ses traits ravagés, ses cheveux

. tua', v

Berlin, la Pm- lient dans la fièvre. Le ptt-

lage do 1' .Arsenal avait disloqué le ministère; un autre cabinet

s'était formé, avec une couleur politique analogue sous la

présidence de Rodolphe d'Auerswald, député cl président

supérieur de la province du Rhin; mais les très honnêtes

; ii n M pi',-i\aii-iil pas la (uitv mressaire pour

diriger le grand mouvement du peuple. Les troubles se

renouvelaient, aggravés par la crise économique, suite natu-

I,i Révolution; les ouvriers réclamaient du travail,

il» n'avaient plus de pain. Berlin avait chaque soir sa petite

, qu'on allait voir par manière de distraction. 1,'as-

■ i-.iii sous les menaces de la l'unir ;

les clubs, qui s étaient multipliés depuis les journées de mars,

ni leurs ordres et venaient les imposer jusqu'à l'Aca-

les députes de droite et

lislres étaient siffles ri. hués par la canaille des

bos-Conds berlinois; les membres de l'extrême gauche étaient

i triomphe. Pour mériter cel honneur, quelques

députés assoiffés de popularité émettaient des propositions à

d»rt el a travers, l'un protestait contre les menées de l'auto-

■ l'étcrsbourg; l'autre critiquait le Parlement

l.i nomination de l'archiduc Jean connue

i sscmhlée envoyât

1, Bî-i il M

i\ Poscn des commissaires à pleins pouvoirs. Et la Chambre se dépensait en débats stériles, orageux, manifestait son impuissance à l'œuvre constitutionnelle, se discréditait dans la grande masse du pays.

Un tragique événement amena la rupture définitive entre le Parlement et la Couronne : le 31 juillet, à Schweidnitz, un conflit se produisit entre l'autorité militaire et la garde bourgeoise; en coup de surprise, la foule et l'armée se heurtèrent; à l'improviste les soldats firent feu, vingt-deux personnes furent tuées ' . L'émotion fut profonde dans toute la Prusse et la Chambre en délibéra légitimement ; mais le Dr Slein, de Breslau, y apporta une passion communicative qui s'étendit à tout son parti ; l'Assemblée adopta un ordre du jour qui rendait les officiers responsables des troubles, et les invitait à rester étrangers aux efforts réactionnaires ou à quitter l'armée *. Ce devait être là le « tort définitif » qu'attendait Frédéric-Guillaume pour agir. On avait touché à l'armée, le roi de Prusse ne pouvait le pardonner.

Bismarck retournait à cette époque à SchOnhausen pour les couches de sa femme. Il était repris du démon de la politique : il revenait à Berlin pour participer à une réunion de propriétaires qui s'étaient donné le mandat « de défendre leurs intérêts et d'améliorer la situation de toutes les classes »; c'était un Parlement au petit pied, qui se posait en rival de T Assemblée nationale,- et les théories qui y furent émises lui valurent le surnom de Chambre des hobereaux, Junkerparlament. Les propriétaires de biens nobles étaient émus des projets financiers de 1* Assemblée prussienne : ils craignaient tout ensemble qu'on supprimât leur exemption d'impôts et qu'on dispensât les paysans des charges seigneuriales. Ils

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