I .MliUl.e je
■ rues, les maisons
sont désertes, les magasins vides, les laborieux citoyens sans travail, les ouvriers appauvris. Je vous apporte le bien-être avec Tordre, l'anarchie doit cesser. Je vous le promets, et un VVrangel n'a jamais manqué à sa parole1. » Les rires et les applaudissements de la foule prouvaient qu'elle commençait a se lasser des exagérations de l'Assemblée.
De graves insurrections en province devaient hâter la réaction. A Cologne, à Breslau, la troupe intervenait avec brutalité. A Francfort, une émeute dégénérait en révolution, deux députés étaient assassinés, le prince Lichnowsky et le général d'Aueçswald, frère des anciens ministres de Frédéric- Guillaume'IV ; les soldats prussiens écrasaient la rébellion. Le choléra qui frappait les grandes villes, complétait la terreur générale. Selon l'exclamation d'un ministre : « Une telle situation ne pouvait durer ". »
Bismarck l'avait compris et était accouru à Potsdam pour intriguer avec ses amis de la camarilla. Il était arrivé le { 1 septembre, au commencement de la crise ministérielle qui se prolongea jusqu'au 21, et tout était en émoi aux palais royaux. Chacun faisait sa liste ministérielle et voulait l'insinuer au roi. Gerlach présidait les assises du parti féodal et sa chambre était toujours pleine de curieux ou d'ambitieux. Bismarck avait audience du roi et comme Frédéric-Guillaume avait |>our habitude de consulter tout venant, le bouillant hobereau sortit du cabinet royal convaincu que le souverain lui avait confié la mission de former le ministère; il était d'ailleurs « hors de lui » A propos des concessions que le roi acceptait de faire ;\ l'Assemblée, et Gerlach avait grand'peine
l. Muni. l*i> deatssh* Revint, on. \\. 351.
:> M Kuhlwettcr. ministre do l'Intérieur, à l'Assemblée pnmieutt le
22 t»nm 1S4S.
1 UTIOK DE 1818 137
campagne pour trouver le* . ■ .' souples pour se prêter \l;ijisii;, et assez Fermes en même iranhibles pour qu'on pûl compter sur eux ■ 'm revirement décisif1 ». Maïs tousse dérobaient. :l sonda M. de V'incke qui lui répondil sentencieusement : « Je suis un nomme de lu Terre Rouge , lait pour la ! l'opposition, je suis incapable d'être ministre. » Uni ensuite avec M. Beckeralh, venu de Francfort eiller li- roi et peut-être présider le cabinet ; Becke- .i nceepler le pouvoir, sans enthousiasme, iu roi; il avail un programme de droite
el, n lu grande joie de Bis rck, repoussait les
el l'abolition des droits seigneuriaux, comme
. propriété ; mais il exigeait que l 'extrême
■ livrât ô lui « pieds el poings liés ». et lui
assurât ainsi !■ concours du roi ; l'entente ne put se foire el
i ii la direction des affaires. Bismarck sol-
Ltilres hi s d'État, mais nul ne voulait se com-
el tous se réservaient pour des temps moins Cri-
roî finit par se ranger a l'avis général, qu'il
lablir l'ordre à l'aide d'un ministère d'affaires,
de fonctionnaires et de militaires. Ainsi fut constitué
1 Pfuel.
espéré mieux; il s'était réjoui de voir
13 T'Iin. le général Wrungel établi a Charlot-
il avaîl compté sur un bienheureux coup d'État ; il
:rivaîl ;ivee mélancolie à son frère : ■> Le coup
■ ■■ i.- ISIT, |v l'.l ■
. :ii<lc.
est raté, mais cela ne peut plus durer longtemps1. » Il avait été plusieurs fois dans la capitale et en avait rapporté les nouvelles les plus étourdissantes. A l'en croire, l'Assemblée s'attendait à l'abdication du roi, elle avait l'intention de proclamer la République avec un gouvernement provisoire. Gerlach lui-même trouvait qu'il y avait là une certaine exagération. Bismarck allait à Babelsberg pour entretenir le prince de Prusse de ces rumeurs et des moyens de contraindre « la misérable assemblée » ; il trouvait Guillaume très calme, plein d'espoir dans le revirement qui commençait à se dessiner dans le paye. Bismarck, un peu calmé, revenait à Gerlach, formait avec lui el ses amis des plans d'avenir; l'un proposait d'ajourner la Chambre, de la réunir dans une autre ville, par exemple à Brandenburg, de déposer un nouveau projet de constitution avec une loi électorale divisant le pays en quatre classes: propriétaires nobles, propriétaires roturiers, villes, ouvriers; un autre conseillait la dissolution et de nouvelles élections, mais par un suffrage modifié, car, remarquait Bismarck, les mêmes électeurs donneraient une Chambre encore pire ; un troisième demandait l'octroi d'une constitution analogue à celle de la Belgique2. Pfuel écarta ces grands projets, qu'il n'était pas do force à réaliser. Bismarck comprit que l'heure de l'action était différée et retourna à Schonhausen.
Pfuel essayait de gouverner par conciliation : il promettait à l'Assemblée a de défendre vigoureusement les libertés accordées au peuple prussien, de re|>ousser les efforts réactionnaires sans oublier que c'est le devoir de tout gouvernement de prévoir l'explosion de l'anarchie3 ». Pour se conformer en quelque mesure aux voles de la Chambre, il adressait
I. BiHiiurck a sou frère, ^septembre 1&48, Biimmrckbriefe, p. 66. *. Gerlach. lïnkwùrJiykotrn. I* ci 17 septembre, t l»p. if» et 380. 3. Déclaration ministérielle du -i >cplembre 4M&.
U REY0LUTI01I [>E IIU 139
circulaire où il déclarait » m* pas souffrir
actionnaires ». Mais ces excellentes tntenàenl mal prises par les partis extrêmes ; la Chambre ni le cabinet comme un suppôt de la réaction ; les officiers jugeaient l'I'uel « un homme d'allures louches, tendes concessions injustes' »; Bismarcli l'appe- ■ ■ renient un traître et un castrat '.
■ jours de tranquillité, la situation s'était d'aïl- DJnbrie. \ ienne était en insurrection elles deux capitales sœurs ont toujours influence l'une sur l'autre. La démon noise avait pactisé avec lesMagyarsrévoltéset s'était opposée au départ des troupes pour la Hongrie : le ministre de ■. La tour, avait été arraché de son hôtel et pendu ft ■ bère; l'empereur s'était enfui h Olmiilz; Wiiidïsch- Lroupes autour de Vienne pour dompter les MlbellAB A Berlin 1rs débats sur la constitution commençaient li Parlement choquait comme a plaisir les h. du roî, se perdait dans des discussions fiévreuses in ; la rue s'agitait à nouveau; le 13 octobre, Bismarcli assistait a une émeute, la garde bourgeoise chargeait contre '■r^ du canal et plusieurs restaient ù, terre ; le Mi, les brisaient une machine pour se venger et faisaient des barricades; la garde ripostait à coups de feu, on relevait srpt morts ni. de nombreux blessés. L'extrême gauche fulmine, le châtiment des coupables, et comme l'Assemblée !,'■■ députés ù leur sortie; pendaison, on lui montre gentiment Le bombardement de Vienne surdémocrates berlinois. Leur raisonnement est Si ].' réaction triomphe ù Vienne, nous I;i . I. I,p 2UB.
verrons dans quinze jours répéter le même jeu à Polsdam el ;\ Berlin1. » Ils proposent, donc de venir a la défense des frères viennois, mais la majorité se contente de réclamer l'interven* Lion du pouvoir ccnlral de Francfort. Une nouvelle émeute éclate dans la rue ; les députés de droite sont brutalisés ; le Président du Conseil, Pfucl, est menacé et ne doit son salul qu'à l'intervention d'un député de gauche, Georges Jung.
Trie fois encore, la licence tuait la Liberté.
Le 31 octobre, Vienne était reprise ; les chefs de la révolte étaient exécutés ; un dépulé du Parlement de Francfort, venu pour apporter aux rebelles les encouragements de la démocratie allemande, Robert Blum, était fusillé *. Le 1" novembre, l'fucl donnait sa dé-mission. La camarilla avait prévu son départ et préparé son remplacement.
Pendant tout le mois d'octobre, le groupe féodal avait agi sur le roi. Frédéric-Guillaume était dans une colère continue el le 1.1 octobre il avait accueilli le bureau de l'Assemblée par une apostrophe virulente : « Vous ne laissez aucun droit intact, vous avez porté atteinte a mon droit, a la couronne que je tiens de Dieu ; vous voulez m'enlever mon droit divin ■ .» II était donc disposé à l'action. 11 fallait un homme pour la conduire.
Dès le commencement d'octobre, Gerlach avait pensé au généra] comte de Brandcnburg. Fils de Frédéric-Guillaume III et de la comtesse de Stolberg, oncle du roi, militaire dans l'Ame, Brandenburg était un homme calme, de sang-froid, de sens rassis, amî de l'ordre par caractère et origine, mais sans exagération. Il ne manquait pas d'un certain patriotisme
1. Le députe d'KlsriLT à l'Assemblée nationale Ir Jl octobre 1*1*