CHAPITRE PREMIER LES ORIGINES DES BISMARCK
Origines du nom. — Bismark de la Vieille-Marche. — Rule et Clans de liismarck. — Crandcur et Décadence. — Les Bismarck- Si'hiiiiliauseii. — Militaires et magistrats. — Terres et châteaux. — Le père du chancelier. — Sa mère et la famille Mcncken.
Los familles ont leurs heures de fortune et d'adversité* qui donnent à leurs membres un même esprit, comme les vicissitudes des peuples nouent entre les citoyens le lien du patriotisme. La lignée des Bismarck a passé par des alternatives diwrses, tantôt puissantes, tantôt végétant dans une morne médiocrité1. Il importe de retracer ces heurs et malheurs, car les traditions de famille ont marqué une empreinte profonde sur l'aine d'Otto de Bismarck; il s'est toujours montré fidèle au souvenir de ses ancôtres, et pratiquait religieusement le culte de sa race; petit hobereau, lier de ses origines, il donnait à son fils le prénom d'Herbert qui était celui du plus ancien des Bismarck connus. « Je m'intéresse à l'histoire de ma famille, rneme dans ses heures tristes », écrivait-il ficre-
1. Riedel, Hcschichte des Schlossrjcsessenen adlif/en (ïeschlechles von Bismarck, dans les Mûrkische Forschungen. t. XI, 1807, p. 1-244. Georg Scbmidt, SchOnhauscu und die Familie von Bismarck, Berlin, 1897. Hermann 1I.-V. von Bismarck. Slummbuch des altmdrkisch-uradlichen Geschlechts von Bismarck, Berlin. 1900.
IIattek. — Bismarck. I. — 1
i UISMARCK
ment, alors qu'elle était attaquée1. Il tenait beaucoup de celte histoire.
Les généalogistes sont gens flatteurs et cherchent volontiers des origines fabuleuses aux familles les plus modestes. On a voulu rattacher les Bismarck aux anciens chefs wendes ou tchèques, et l'arbre généalogique pendu dans le vestibule de Schonhausen constate qu'au vme siècle, sousCharlemagnc, leurs ancêtres sont venus de Bohême dans les Marches cl v ont fondé la ville qui porte leur nom. Cette tradition ne repose que sur un effort d'imagination : la famille de Bismarck porte simplement le nom du village où habitaient ses premiers membres.
Bismark était un modeste bourg, qui sommeille dans la plaine monotone et peu fertile de la Vieille-Marche. D'où vient le mot? On le discute encore2; d'après les uns, la Biesc, petite* rivière qui coule à quelques kilomètres plus loin, a donné son nom a cette région, Marche de la Biese, Bismark; d'après les autres, la bourgade dépendait de l'évèché d'Havelbcrg el s'appelait Marche de Hivèché ; « Biscopesmark » contient un manuscrit de 1203; le mot se serait corrompu en Bismark; en Wesphalie, dans le Brandebourg, d'autres villages portent ce même nom pour une pareille raison. En tous cas, Bismark de la Vieille-Marche est d'origine fort ancienne; son église romane d'un style très pur. une vieille tour en ruine, reste d'un antique château, des légendes qui circulent, tout permet de croire à une lointaine prospérité.
Mais au xif siècle, la ville de Stendal se fonde A quelque distance; de toutes parts on y accourt, car la vie y est ^ active. A celle époque, les noms de famille n'étaient guère en
I. Lcltiv à Dolim, t ilôvmbiv ISi'.l. IiLsmurckbriefey &• éd., Horst-Kohl* 1 mm. |i s7.
:!. Vn\c/ a o* sujet .lu Mus Lancer, Itiesetnark und Bischofsniark dans lliiM-kiilil. IlistHtn-vk Jahrhuch. t. IV. 18U7. p. 28!) et suiv.
LUS DRKilXKS ftF.S HISMABCK 3
un n'employait encore que les prénoms ; mais on ris- ■■'iiïi milir la ni cli Nie Klaus ou d'Otto; pour lesdislin- 'ii.i d'après une particularité physique, lêOT i de leur naissance; c'est l'origine des noms et, en particulier, c'est l'étymologie du ni un île Bismarck. Quelque artisan, à l'étroil dans le petîl bourg delà s) i-irnlii;"i la ville voisine de Slendal . on lui a om de Bon Tout primitif, et la particule von, sans nobiliaire, indique simplement l'extraction. ■:-- m- Fui pas unique, car, ■> Stcndal rnèiii.', on trouve au xvi' siècle deux familles de Bismarck a) ii- un rencontre a Mngdi bourg ou Bi rlin de . .mi-. . 1 1 ii portent -.-ii-- fa te le nom du prince. . tes ancêtres du ebauo-lier sonl in sf allés .• >t. ij-iitl .-I l'uni partie de lu ghildc des tailleurs-drapiers. Il pas nécessaire de rappeler l'importance -les ghildcs, lu .■i qu'elles aviliraient ;'■ leur.-, membres, les fortunée
■ il|i ., i Iles on! donné naissance el i ie à de puîsfaniille-, parvenues plus tard h ta Itaute noblesse. La ii ele était nue époque île production fer, unie ■■ les villes devenaient plus riches et plus indus- I indail à ■■ ■ n ip r du
■ rebord de Bismark ou Bismarke était prévôl ■ Slendal. Son pelil-iils. Ilule, appandt vers ie membre de te coniréi ie de taili pit-rs et .iu l'eiMiil communal de Slendal. Ci .
ice politique. Il représentai! l'esprit d
temps, porté à l'indépendance et prompt aux querelles avec l'Église; il aurait voulu, scmble-t-il, fonder des écoles communales et se serait heurté à la résistance du clergé, de qui dépendait toute instruction ; la lutte fut vive et il mourut vers 1338, dûment excommunié.
Son fils aîné fut In plus vigoureuse personnalité de la vieille lignée. Nicolas de Bismark, que l'un appelait habituellement Clous, continua le commerce paternel et accrut considérablement sa fortune ; on possède encore les sceaux a son nom : ils portaient déjà la feuille de trèfle, accolée dç trois feuilles de chêne, qui n'a jamais quitté les armoiries des Bismarck. La fortune de Clans modifia sa ligne politique : il tint l'état présent pour parfait, et se mil a la têlc du parli conservateur. 11 en Tut le chef au conseil communal et lutta avec énergie contre les tendances démocratiques; il se réconcilia même avec l'Église et lit accorder un pardon rétrospectif a son père.
Cette politique n'eut pas de succès dans la ville; le parti aristocratique succomha après une longue lutte et ses membres les plus importants furent bannis de Stendal. Chus de Bismark dut s'établir dans une (erre qu'il tenait de l'héritage paternel ; il s'était d'ailleurs acquis au loin de précieuses amitiés qui lui permirent de continuer son activité politique; dès ses débuts, il s'i'tal attaché à la famille îles margraves, alors de souche bavaroise, et il avait élé à Stcndal le partisan principal du margrave Louis; il lui avait même envoyé des subsides importants lors de sa hit lu contre le due de Brunswick ; il estimai), — el ceci est à miter, — travailler ainsi à l'indépendance des Marches contre la domination étrangère.
Le margrave ne fui pas ingrat, et lorsque Clans dut quitter Stcndal, il lui lit une riche donation dans la belle propriété de Burgslall, château 1res important qui mettait le*
DES lilSM AIÏCK
iti premier rang de h» noblesse du pays (juin 1 34?») .
r-drapïer était dei enu un puissanl châtelain. L'expé-
. cail rendu prudent. Il sul manœu\ rer au milieu des
|Ni|iii(|iies il».' iii'.-nri a ne se brouiller avec personne,
il il. tus son château lorsqu'il craignait de se compro-
is le pril comme conseiller
intime il pendant huit fins Claus lui consacra ses précieuses
. ■. el de prudence.
En 1361, 8a carrière politique fut modifiée; un autre enfant
il, Dietricb 'i'1 PorlîU, plus connu sous le surnom