‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 50 sur 167 · Bismarck, Député, p. 85 et suiv · texte numérisé non relu

Bismarck, Député, p. 85 et suiv

VBfUs LA RÉACTIOH 150

! ■■m lin il n^mviiil riii'uirco il.' ihifutions el prenaîL développer à l'outrance la profession de foi du campagnard prussien. Le parti progressiste demandait l'amnistie pciur Ions k-s crimes et délita politiques commis depuis le 1841). Le député de Brandebourg se lève pour conmeede lu Chambre. A son avis, l'amnistie est ! -i .h' la couronne, qui doit l'exercer spontanément cl en toute indépendance ; un vote de la Chambre transformerait en une charge im|>osée ce qui ne peut cire qu'un libre droit Celte amnistie, d'ailleurs, duil être repmissiV, car .-Ile ébranlerait profond émeut le respect de la lui. El, se tournant adversaires, Bismarck leur lance celle apostrophe : tels discours, vous répandez dans le peuple l'opinion que le droit public repose tout entier mit les barricades, que chacun h qui une loi déplaît nu qui la trouve injuste, a le droil de la tenir pour non avenue, que chacun esl en droit de réunir une troupe suffisante pour intimider un gouvernement faible, ou, si ce gouvernement résiste, pour le renverser au de barricades. » Cette amnistie, enfin, il la faut r au non? même de l'humanité, car elle Faciliterait de nouvelles insurrections; le soldat, étonné de refaire tou-

prisonniers, 1rs passerait par les armes.

• El la sentimentalité larmoyante de notre siècle, qui voit

un martyr dans chaque rebelle fanatique, dans chaque individu

in pour combattre sur les barricades, fera verser

sang qu'une justice ferme et sévère tic pourrait le

faire1. »

Il faut le reconnaître, ces discours étaient d'une argumen-

; peu grosse el d'une politique 1res simpliste. Sans

se préoccuper des causes de la grande révolution et des

Chambre, ïï mon I8W BitmardrDépulé,

besoins nouveaux, l'orateur affirmait la turpitude de la première et niait les seconds; il ne répondait guère au danger des barricades que par des arguments en coups de bâton, mais parfois sonnait une phrase où s'essayait déjà le futur chancelier de fer. Parlant de l'antagonisme des principes de liberté et d'autorité, il ajoutait : « Sur ces principes, ce n'est point par des débats parlementaires, des majorités de onze voix qu'il est possible de décider; tôt ou tard, dans cette lutte, le Dieu qui préside aux batailles doit jeter le dé d'airain de la décision. » Et ces mots présagent déjà « le fer et le feu » qu'il emploiera de 1863 à 1871.

Malgré leur fougue pittoresque et leur conviction passionnée, ces discours n'avaient aucune influence sur la Chambre. Dans les deux débats, elle heurtait les convictions de Bismarck en réclamant l'amnistie et proclamant l'illégalité de l'état de siège. Bismarck n'en gardait pas rancune à ses collègues; il savait par avance que son avis ne serait pas écouté, il remettait par devoir de fidélité à la royauté, et se liait ensuite avec qui lui plaisait. 11 trouvait ses coreligionnaires de la droite gens vertueux, mais gourmés et ennuyés, et préférait causer amicalement avec les députés de gauche, plus vivants et personnels. Ses adversaires le tenaient « pour un gaillard qui a le diable au corps1 », mais plaisant par l'originalité de ses saillies, son franc caractère, ses allures de bongarçon *. Et ils échangeaient gaillardement des paris sur leurs destinées probables.

Mais ces débats de politique intérieure pâlirent bientôt devant deux questions extérieures : l'une paraissait très inquiétante au premier abord, la guerre avait repris avec le Danemark

I. Keudcll. Bismarck et sa famille, p. 22. â. Unruh. Erinnerungen, p. 425.

qui avait dénoncé l'armistice de Malmott; mais bientôt les Danois furent contraints de se replier vers le Nord et dans les îles, et sur l'intervention du tzar Nicolas, un nouvel armistice fut signé en juillet 1849. L'autre question soulevait les passions de l'Allemagne entière : le Parlement de Francfort offrait à Frédéric-Guillaume IV la couronne impériale.

IL — Une année s'était écoulée depuis la réunion du Parlement préparatoire à Francfort ; un an d'enthousiasme, c'est beaucoup, les meilleurs s'en lassent. L'idée allemande avait passé par des moments difficiles. Pendant les journées de mars, le roi Frédéric-Guillaume l'avait adoptée à grands cris, il avait brandi le drapeau tricolore lors de la chevauchée héroïque et promis à son peuple de se coiffer de la couronne qu'un honnête vétérinaire portait dans son cortège. Mais cette couronne n'était qu'en carton et le monarque s'en était aperçu en se retirant à Potsdam ; dans le château de Frédéric II, sous la coupe de la camarilla, entre le sévère Gerlach et l'austère Rauch, il était rentré en lui-même, et avait maudit ce qu'il avait adoré; parfois le démon révolutionnaire l'avait possédé à nouveau, comme en pleine cathédrale de Cologne, où il s'était écrié : « L'unité, c'est ma pensée de toutes les heures, c'est la constante préoccupation de mon ûme1. » Mais Gerlach et Rauch veillaient pour éteindre ce feu dangereux. Les difficultés de la politique intérieure, les exagérations de l'Assemblée prussienne, les secousses de novembre, avaient réagi sur la politique étrangère du roi, l'avaient poussé dans une voie de réaction générale, lui avaient insufflé un besoin de recul en toutes choses.

1. Discours de Frédéric-Guillaume IV aux fûtes de l'inauguration de la cathédrale à Cologne, août 1848.

IUttsk. — Bismarck. I. — 11

Son frère, le prince de Prusse, avait suivi une voie inverse : les excentricités du roi en mars l'avaient douloureusement stupéfait ; il était parti pour Londres plein d'amertume, il en était revenu fervent réactionnaire ; mais, s'il était épris de discipline gouvernementale, il avait néanmoins du patriotisme allemand; sous l'influence de la princesse et de Dahlmann, il avait admis la nécessité d'une fusion plus étroite des peuples germaniques. A la Cour, son opinion était partagée par d'aucuns, et le ministère était divisé : Brandenburg reconnaissait le besoin d'une certaine unité allemande ; Manteuffel, qui avait la vue plus courte, tenait pour très suffisante une forte administration prussienne, avec de bons présidents de province, kreisdirectoren et landrâthe, tous en sa main. Dans le pays, la grande majorité parlait de la vieille Allemagne, avec des réminiscences d'Othon le Grand et de Frédéric Barberousse, et se prononçait pour la renaissance de l'Empire sans bien comprendre comment elle se ferait. La noblesse terrienne redoutait dans tout changement la perte de ses privilèges et se cramponnait au présent, l'Etat prussien, par ignorance du lendemain, l'Empire allemand : Bismarck était un fidèle représentant de ce parti.

Les petits Etats désiraient sincèrement la fusion des trenteneuf parcelles allemandes en une seule nation : les peuples, parce qu'ils avaient ambition de figurer parmi les grands Etats de l'Europe; les princes, parce que leur situation présente était si mince qu'ils n'avaient rien à perdre dans la formation de l'Empire. L-n homme de haute allure, le duc Ernest de Saxc-Cobourg-Gotha, prenait la direction de ces tout petits, et cherchait à vaincre les hésitations de Frédéric -Guillaume IV. « Votre Majesté, lui écrivait-il, est destinée par la divine Providence à assurer i\ la patrie allemande un sort plus heureux... C'est la seule façon pour l'Allemagne d'obtenir

VERB U REACTIOK 103

étroite, d'assurer ses progrès politiques ;ï ■ . liberté à l'intérieur1, u ; . ilr" rois, nu contraire, tenaient essentiellement à leur indépendance ; ■< Munich, è Stuttgart, à Hano

iii ni figure de souverains et, selon l'expression de M. il-1 Bi ; Saxe, ils ne voulaient pas . ' . ■ 1 1 ' ■ l ■ ■ o. Mais ils devaient lenir ! l'opinion publique qui se prononçait dans leurs Parur de l'unilé allemande; ils avaienl donc Fail

mine d'approuver le mouvement national, el enlrete les

relation.-- cordiales avec le Parlement rie Francfort, lia dés»-

: -i ménager la Prusse qui était en Allemagne l'élé-

:. en cas d'insurrection. Ils

.. çrenblemenl aux efforts du duc de Gotha,

u pas .1 envisager la possibilité d'un empereur

■ .■ lui : mais, .-., -Loti eux, la chose méritait un

I si long que l'Autriche aurait le temps

:: irome d'audace Taisait fn.nl A la Révolution.

il . idi ■ ■■ M' ttes i i

■ jug»'-, une volonté de 1er : il ne daignail rien

Ire aux revendications sociales cm nation al i

ttain voyait les hommes très |>H ils, fort méprisables,

■ i lu baguette; il regardai! juste, marchait

•routait de toute faute île ses adversaires; il

ilriehe avec une promptitude qui tiendra du

■■u- un temps, jusqu'au jour où se d

9a poigne d'acier. Pour le moment, il écartait le vieil empe-

içait par un jeune homme qui serait souple

en sa main; le 5 décembre, Ferdinand abdiquait en faveur de son neveu, François-Joseph. L'insurrection de la capitale était réduite ; la guerre avait repris en Lombardie, le Piémont était écrasé à Navare, Venise était étroitement bloquée ; les forces autrichiennes se tournaient entières contre les Hongrois. Elles ne suffiraient pas, Schwarzenberg ferait appel à la Prusse et tout serait dompté.

Le moment approchait donc où le gouvernement impérial serait son maître dans ses propres Etats et pourrait intervenir à nouveau en Allemagne. 11 lui fallait gagner du temps, pour éviter qu'une résolution définitive y fût prise, et pour maintenir un provisoire qui permît un retour au passé. Temporiser, c'est l'alphabet de la diplomatie ; ù la fin de Tannée 1848, la cour de Venise engage avec le gouvernement prussien une parlie de raquettes politique où les dépêches jouent le rôle de volants : les notes diplomatiques vont et reviennent pendant quatre mois *. Schwarzenberg excelle à cet exercice, il ne compromet rien et réserve tout.

Et pendant une année de troubles et de fièvre, de révolution et de réaction, d'espérances et de déceptions, le Parlement de Francfort délibérait. Le 18 mai 1848, il s'était constitué dans un bel élan d'enthousiasme ; il avait appelé au pouvoir provisoire un prince vaguement teinté de libéralisme, l'archiduc Jean ; un ministère provisoire s'était installé et avait organisé un gouvernement non moins provisoire; mais quand l'Assemblée avait voulu quitter tout ce provisoire pour constituer un Etat définitif, elle s'était heurtée à de telles difficultés qu'elle avait renvoyé le tout à une commission. L'été avait passé; le Parlement avait discouru sur maintes choses, la question danoise et l'armistice de Malmoë, les affaires de

1. Ces notes dans Klupfel, Geschich/e der deulschen Einheilsbestrebungtn bis zu ihrer Erfalluny 1848-1871, t. I, p. 73 et suiv.

VERS U BfiàCTIÇS 185

' ta National Versamfnhtng, la Pologne, la Hongrie, l'Italie. Mo- [g provisoire demeurait.

La difficulté d'en sortir était grande et tenait S la compo- . me iln Parlement aussi variée en couleurs,

-fions que la carte même de la Confédération

que. Les partis y avaient des nuances infinies : si le

ialisme n'y était pas représenté, il y avait des di mo*

comme Roberl Blum, qui allait porter la bonne parole

de Vienne; des radicaux comme Karl Vogl;

■ le masse de libéraux dont plusieurs provenaient des Diètes prussiennes, Vincke, Beckerath; des conservateurs

■ comme le comte d'Arnim, l'ancien minisire de Fréillaurae IN. des royalistes de droit divin, avec le

:.;. . victime do l'insurrection de septembre. La mil un rôle aussi important que la politique . de r Au triche, orgueilleux de la suprématie

ivnienl avoir mémo opini |iie les l'russiens

du Rhin, atteints du souille Français et partisans de l'unité alle-

les représentants de la Bavière, jaloux de leur indé-

. dilTéraicnt des envoyés des petites principautés,

Lrioti.sme national. La religion y jouait son

le roi de Prusse attirail les protestants el l'i i

■ itholiques, tandis que l'extrême gauclie voulait

il'IlM'S.

Pour conduire une assemblée si disparate, lu fondre en un ■ homogène, il aurail fallu un homme di: haute, en verplus diverses, d'esprit délié el de volonté attendre, puis bondir, apte aux négoeia-

■ plus subtiles comme a l'action la plus prompte. De

liirlieu i-i l'Yédérii.' Il furent

'■■ nde ItUH eut ses grands lioi :s,

■ !i\, lèvres éloquentes, dont

"■Tl

Lamartine est le spendide représentant; mais par malheur, elle n'eut pas ses hommes d'Etat; il ne s'en trouva qu'un alors, mais pour la combattre : Schwarzenberg. Le Parlement de Francfort eut à sa tôle un patriote zélé et dévoué, éloquent et persuasif, Henri de Gagern ; premier ministre en liesse- Darmstadt, il avait pris dès 1847 la direction du mouvement unitaire, et en mars 1848 il avait conseillé a Frédéric- Guillaume IV de revendiquer la couronne impériale; ces démarches l'avaient mis en relief, le Parlement de Francfort l'avait élu comme Président; le choix n'était heureux qu'à demi, car Gagcrn avait de l'impartialité, mais il manqua d'autorité et laissa l'Assemblée se perdre dans d'infinies controverses. En parlant trop, le Parlement manqua l'heure rare où les peuples dictent leurs volontés aux rois.

Il faut le reconnaître, les difficultés de réunir les parcelles germaniques par un lien constitutionnel étaient grandes et tenaient aux mômes raisons qui morcelaient l'Assemblée? Fallait-il comprendre l'Autriche dans l'Empire allemand ? Devait-on étendre l'Etat germanique môme aux provinces slaves ou magyares? Gomment concilier l'unité avec les intérêts particuliers des Etats cl des dynasties? Toutes questions brûlantes, aprement discutées, presque insolubles.

Les débats sur la Constitution commencèrent au mois d'octobre ; un comité avait préparé un projet dont les députés ne votèrent à cette époque qu'une disposition, mais elle était essentielle : l'exclusion de l'Autriche, adoucie par une alliance, qui, selon le mot d'Uhland, n'était « qu'un adieu fraternel ». (Tétait assurer la couronne impériale au roi de Prusse.

Désormais l'Assemblée met tout en œuvre pour gagner Frédéric-Guillaume IV. Le moment est mal choisi : en lutte avec son propre Parlement, féru de réaction, sous la coupe de la camarilla, le roi accueille les députés de Francfort, Beckcralh,

..-. la RÉACTION

(jnjjera, par un refus indigné et aux instances de Bunsen il répond : « h ne veux pas de cette couronne fabriquée par me assemblée issue d'un germe révolutionnaire, semblable a

de pavés de Louîs-Phillippe. Je ne puis accepter

qu* la couraone qui porte l'empreinte de Dieu '. »

bi aUemaud esl dans le marasme, car il voit échouer

le mouvement national. Il espère encore qu'un vole définitif

dos représentants de l'Allemagne entière modifiera la d.Vi-inn

■ l uillaume. Gagera prend la direction ilu minis-

■ ■■■ en pers ■ les dé|>;iN i-uir-^f il ni itiiiiicls qui

recorameiti'cnl en janvier; deux mois encore, les députés épluchent orrivcnl péniblement a voter l'empire

héréditaire, le régime parlementaire à deux Chambres, mais ions n rie si faibles majorités qu'elles «ni presque- des défaites pour leur patriotisme. Le 28 mars enfin, Frédéric-Guillaume IV. roi de Prusse, es) élu empereur d'Allen m

■ lection ne pouvait ôtre notifiée au monarque parla ■ i Lu poste. I Ii'ii'j-.ilhm part pour Berlin, avec un

[toir de succès'. Frédéric-Guillaume IV n'avait rien ■s ieiris. En vain, ses amis Bunsen elR le prananl :r la direction de I Allemagne nou-

■ is i'inlluence de la camarilla, il était but** A rotation, et quand un lui parlait de progrès, il répon-

: le mol de barricades, Le \>n sident du conseil el

aient une formule qui ne eniiqmimll

pas l'avenir et Brandenburg lit à la délégation un accueil

es. Manteufiel, au contraire, élail trop fonc-

-. iii-.iin-

■■.ni !,i' H'Iu.

tionnairc prussien pour comprendre les aspirations allemandes : il rédigea un projet de refus enveloppé. Frédéric-Guillaume IV l'adopta en conseil des ministres, en précisant le caractère de son refus. Mais la camarilla guettait encore, Frédéric- Guillaume IV lui soumit sa déclaration et les fidèles chevaliers, Stolberg, les frères Gcrlach, émondèrent ce qui pouvait paraître un engagement.

Le 3 avril, le président du Parlement, Simson, à la tète de la délégation, se présenta au château de Potsdam ; le roi le reçut en grande pompe, écouta sans broncher l'appel ému et touchant du peuple allemand, et commença sa réponse par des remercîments, des protestations de dévouement, des assurances de bonne volonté. Mais il fallait conclure ; après une pause, il repartit : « Mais, Messieurs, je ne justifierais pas votre confiance, je ne répondrais pas au désir véritable du peuple allemand, jen^Hablirais pasl'unitédc l'Allemagne, siméconnaissanl les devoirs sacrés de mes assurances antérieures, expresses et solennelles, j'adoptais sans le concours libre des tètes couronnées, des princes et des villes libres d'Allemagne, une résolution qui doit avoir les conséquences les plus décisives pour eux et pour les peuples qu'ils gouvernent. Ainsi les gouvernements des Étals de r Allemagne devront examiner dans une délibération commune si la constitution est avantageuse aux individus comme à l'ensemble, si les droits qui me sont conférés me mettent en état de diriger avec fermeté, comme l'exige de moi une pareille mission, les destinées de la patrie allemande, et de remplir les espérances de ces peuples. *>

Personne ne s'y méprit : c'était un refus, car c'était soumettre à des discutailleries diplomatiques et à des tâtonnements de chancellerie ce qui ne pouvait être enlevé que d'un moovemi ni énergique. Bismarck l'a reconnu plus tard : le ixiidft

Prusse, maître déjà de la moitié de l'Allemagne, aurait pu profiter des embarras de l'Autriche, des craintes des petits souverains, de la puissance de son armée, pour imposer l'unité allemande et prendre de haute lutte la couronne impériale1. Mais il aurait fallu un homme de forte volonté et de prompte action : Frédéric-Guillaume IV ne Tétait pas. « Je ne suis pas un Frédéric II », avait-il déclaré jadis. Il en donnait la preuve parfaite, car il s'arrêtait à des scrupules dont aurait ri le spirituel trompeur : scrupules historiques et religieux ; il crovait h l'intervention directe de la Providence dans le régime de l'Europe et craignait d'amoindrir la suprématie de l'Autriche, consacrée par les siècles et voulue de Dieu. Scrupule de conscience ; il ne voulait pas profiter de rembarras des Habsbourg pour ravir leurs droits en Allemagne. Crainte de la guerre ; malgré son uniforme, ses croix et ses invocations au Dieu des combats, il n'avait rien de batailleur; il était humain et recula par bonté. Horreur de la dévolution, surtout : il n'avait rien compris au grand, au puissant mouvement de 1848; les légitimes revendications des peuples, leur aspiration & la vie publique el sociale, lui apparaissaient comme des insurrections égoïstes et sanguinaires; les grands libéraux de l'époque, aux idées un peu vagues, mais généreuses, étaient pour lui, comme pour Bismarck, des « dentistes internationaux » ; et le nouvel Empire, issu des vieux souvenirs et répondant aux besoins nouveaux, n'était, à son jugement, « qu'un abominable bâtard du diable et de la race; humaine ». Son refus n'étonna personne; les gens avisés avaient suivi son évolution et prévu sa décision. Bismarck, bien au courant des intrigues, écrivait avec joie un mois auparavant : « Tout restera dans son état ancien », et le 2(J mars il ajoutait :

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