‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 51 sur 167 · Bismarck. Pentéet t< Souvenirs , t. I. p. T.'i et suiv · texte numérisé non relu

Bismarck. Pentéet t< Souvenirs , t. I. p. T.'i et suiv

« Heureusement le roi refusera en exprimant sa reconnaissance et l'espoir que cet événement accroîtra la perspective d'un accord entre les princes f. » C'était le sens exact de la réponse donnée cinq jours plus tard. Les délégués du Parlement adressèrent encore au roi, au prince de Prusse, au ministère, de timides appels; Guillaume leur donna de bonnes paroles et le cabinet ne répondit pas. Toute espérance était perdue ; les députés reprirent tristement la route de Francfort.

Le refus de la couronne impériale avait de promptes conséquences et déchaînait une double crise : en Prusse, elle entraînait une nouvelle dissolution ; dans plusieurs Etats, clic suscitait la guerre civile.

Le 4 avril, le président du conseil avait donné lecture à la seconde Chambre d'une note adressée par le gouvernement

prussien à tous les Etats allemands et leur demandant d'envoyer à Francfort des plénipotentiaires spéciaux pour délibérer surla question impériale. Une vive discussion, le lendemain, avait dégénéré en questions de personnes, et les députés s'étaient Aprement reprochés la responsabilité des journées de mars 1818. Le 13, la discussion avait repris avec une égale passion ; un ancien ministre de 1848, Rodberlus pro|>osa de reconnaître la validité de la constitution de Francfort et de proclamer son adoption, la seule voie propre ;\ conduire au but désiré par l'Allemagne. Cette motion, ivnvovéeà une commission, v trouvait un accueil favorable, mais subissait quelques modifications; le rapporteur, M. de YincUe. pro|Kvsait a l'acceptation de la couronne impériale par S. M. le lloi. sur la base de la constitution de Francfort, on admettant par avance le consentement des souverains allemands «.

I. |îis:»;irrk .1 s;» fr:r.r.;i\ 3 ii ^.> iv.jrs l>*9. Briffe an teime Braut

ind débat eul lieu le -1 avril; Vincke défendît le

lexlo de la commission avec force et chaleur, n II ne faut pas,

-il. demander (iux hommes de Francfort, qui ont

rendu de gronda services 6 l ordre cl fi la Prusse, de détruire

mvrage et de le dépouiller de .son caractère

[«■•[•ul.i'cv. » Au nom du gouvernement, le comte Brandenburg

que la constitution île l'>:i[ie(i.>!'l < -liiït <• inacceptable "

tis :'i cet égard la pression •\<- l'opinion

publique; liscoun -■■ terminait <! se résumait par un

triple et énergique : » Jamais, jamais, jamais. »

Bismarck intervint alors; il proposa de passer simplement

a l'ordre du jour et à l'appui de celle motion déchiqueta d'une

telle l'œuvre de Francfort '■ Il commença parlui refuser

■ !■;. .':■■:!■■■ I . ■■■ i-.-.-.uiiil -r. di- l'Assemblée

■ ma i a leur en droit, je ne saurais admettre qu'elles existent pour nous.. ; quant fi moi, je ne considère comme constitutionnel que ce qui esl conforme a la Constitution pros . EnPrusse, il n'y a de constitutionnel que ce : ili.m. Si la Cliauilnv vriil prendre ■ affaire en main, l'unique voie sérail d'élaborer un projet de luqucl la Constitution île Francfort serait ..■ légalement valable eu Prusse, et de tacher il pour ce projel I acquiescement de la première qui celui île la Couronne... » Très habileacharné, il cri liq liai l les présents : magne par l'Assemblée nationale : la souve- ; ■. 1rs élections directes, le vole iinnuel du l'une majorité, sortie de lu . e, le moyen d'an'èler à loul inslanl lu machine lagne, qui obligerait

le roi, devenu empereur, à envoyer en Autriche des commissaires pour y régler les douanes, le système monétaire, pour faire prêter aux troupes le serment de foi et hommage. Il serait bien possible que l'Autriche ou la Bavière ne se soumît pas à ces lois, alors l'Empereur se verrait dans la nécessité de traiter comme rebelles les souverains de ces pays, et peutêtre de faire appel à la « poigne » des Bavarois contre la maison des Wittelsbach ou à l'énergie des Hanovriens contre la maison des Guelfes.

En dernier argument, — c'était celui qui tenait le plus au cœur de Bismarck, — il prévoyait les « marchandages » des radicaux qui se présenteraient devant le nouvel empereur avec les armoiries impériales et lui diraient : « Crois-tu que cet aigle te soit donné en cadeau et pour rien ?... » En mettant les choses au pis, plutôt que de voir abaisser mon roi à ce point qu'il devienne vassal des coreligionnaires politiques de MM. Simon et Schaflralh1, mieux vaut que la Prusse reste la Prusse! Comme telle, elle sera toujours en état de donner des lois t\ l'Allemagne au lieu d'en recevoir de tels ou tels autres.

« J'ai comme député l'honneur de représenter l'ancienne capitale électorale, la ville de Brandebourg, qui a donné son nom à cette province, base et berceau de la monarchie prussienne; je me sens d'autant plus obligé de m opposer à la discussion d'une motion qui tend à saper et à renverser l'édifice de l'Etat qu'ont élevé des siècles de gloire et de patriotisme, et qui dans ses fondations a été cimenté du sang de nos pères. La couronne de Francfort peut être très brillante, mais l'or qui lui donnera un brillant véritable, on ne peut l'obtenir qu'en fondant la couronne prussienne, et je ne crois pas du tout au succès d'une refonte dans le moule de cette constitution. »

i. Hoputcs radicaux au Parlement de Francfort.

vers la ii]:\i:ïiii;\

Ce discours, où l'ironie, la vigueur, la foi clans la maison

avaient pari égale, souleva une émotion assez vive

pour que M. de Vincke crût nécessaire une réplique où il

'Temenl ■■ 1rs idée- ii ni rdiln viennes du di-|)iiF. ■ rie

Brandebourg ». La Chambre tenait également à clos notions plus modernes ; le comte d'Arnim reprit en vain avec plus il. modération la thèse de Bismarck, et releva dans la Conslitulion de Francfort le danger d'une république imminente. Par I7S contre IBfl, les députés ratifièrent le projet de la ision rt |inirI;Hiit'Tt'iil t.i validité légale de la Constitution adoptée à Francfort. C'était un rude échec pour le gou- : ut, un coup droit à la politique de Frédéric-Guillaume.

jouis après, la Chambre heurtai! a nouveau les ministérielles; le 25 avril, la proposition suc l'état que Bismarck avait déjà combattue si rigoureusement, revini 'ii di-.i'11-sii.n ; le ministre de l'Intérieur, M. de Manteuffel, reprit avec force ses arguments' ; à la politique -. il apposa l'action du cabinet qui avait cherché a ■■■ In Constitution, non avec les clubs et les .; il tenait l'étal de siège pour une mesure de gouvernement, prise par nécessité d'État, régulière en la l'orme, car

■ 184S nulle loi ru- s'y opposait; il reconnaissait

au monarque seul le soin d'apprécier à quel moment l'ordre

serait rétabli de manière suffisante pour permettre la levée de

. Etal. La Chambre se rebiffa et une majorité

. lia affirma I illégalité de l'étal de siège ; les députés

lient la levée immédiate.

onse du gouvernement Tut prompte. Le 27 avril, les ministres exposaient au roi le morcellement des partis dans la

Denkwûrdigkcitcn, I, p. 99 â 101.

Chambre, les empiétements des députés sur les prérogatives de la Couronne, leurs principes « de nature à renverser la Constitution et Tordre légal ' » ; ils concluaient en sollicitant la dissolution de cette Chambre intraitable. Immédiatement le roi rendit un décret conforme h leur demande.

Cette mesure n'était pas en elle-même illégale, car elle était prévue par la Constitution de 1848; les députés opposaient au ministère leur fraîche nomination, datant de quatre mois à peine; le cabinet répliquait par un appel aux électeurs. Mais il sortit sans scrupule de la légalité dans les actes qui suivirent2. D'après la Constitution, les électeurs devaient être réunis dans les quarante jours et les Chambres dans les soixante jours à partir de la dissolution ; le gouvernement ne tint aucun compte de ces délais et ne fit procéder aux nouvelles élections que trois mois après le départ des députés. La constitution avait posé les principes électoraux dont une loi du 6 décembre 1818 avait déterminé les détails; une ordonnance du 30 mai 184!) bouleversa tout ce régime, remplaça le suffrage universel par le suffrage restreint, divisa les électeurs en trois classes selon leur fortune et imposa le scrutin public et oral à la place du vote secret \

C'étaient des mesures de coup d'Etat. Elles n'avaient rien pour déplaire à l'ardent champion de l'extrême droite; peu de jours auparavant il déclarait à M. de Beust : « Quand j'ai un ennemi en mon pouvoir, je l'anéantis4. » Il voyait avec faveur l'anéantissement de ses adversaires et reprochait simplement au ministre sa mollesse dans la répression.

4. Texte du rapport dans Mauteuflel. loc. cil., p. 102-103. traduction dans Lesur et Pouquier. Annuaire historique, 184y. p. 153 et suiv.

2. Uonne, Dos Slaalsrecht der preussischen Monarchie, t. 1, p. 44.

3. Sur les détails de ce système électoral. Demombyncs, Constitutions européennes. i" édition, t. II, p. 573 et suiv.

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