Blum. Fiirst Bismarck, A. I, p
3. Bismarck à sa femme. Briefe an seine Uraut und Gattin, 8 août 1849,
d'extrême droite, une centaine de membres dont il était un des chefs. Le Parlement se réunit le 7 août pour une des plus longues sessions qu'il ait eues en Prusse, car il siégea sans discontinuer jusqu'au 26 février 1850. Dès les premières séances, la question allemande fut à nouveau posée. Depuis quatre mois, elle avait passé par des vicissitudes diverses.
Frédéric-Guillaume IV était sincère lorsqu'il affirmait, le 3 avril 1849, à la délégation du Parlement allemand son vif désir de réaliser un accord entre les gouvernements sur la question nationale1. Quelques heures après la réception des députés, il envoyait aux Cours une circulaire où il se déclarait « prêt ù se charger de la direction provisoire des affaires de l'Allemagne », pour remplacer l'archiduc Jean qui avait donné sa démission de vicaire impérial ; il adressait donc à tous les gouvernements « une invitation pressante de déléguer à Francfort des plénipotentiaires spéciaux » afin de
délibérer sur la formation de l'Etat fédéré allemand.
Il comptait sans l'Autriche. Courroucé, Schwarzenberg répond le S avril que « l'Assemblée de Francfort n'existe plus », il rappelle les députés de son bord, il interdit à l'archiduc Jean de céder sa place au roi de Prusse. Devant cette attitude décidée, la cour de Berlin hésite, elle restreint ses ambitions, elle demande simplement aux gouvernements une adhésion de principe, leur consentement à s'unir d'un lien plus étroit ; tout détail est réservé.
On ne demandait pas grand'chose : c'était encore trop pour plusieurs souverains. Les petits, soucieux de ménager la grande Prusse et inquiets de mécontenter leurs sujets, s'empressaient d'adhérer à la demande de Berlin et d'accepter la constitution de Francfort; ils étaient vingt-huit, dont les
i. K mi fin a nn. Polit ische Gesckichte Deutschlands, p. 365-366.
i PLBIKB RÉACTION 1*3
sélaienl le grand-duc de Bnde et l'électeur
ûenl l'espoir que « lea
autre* gouvernements, animés rlu mfme esprit patriotique,
ûienl entraîner A l'Union el qu'il ne sérail pas : saire de conclure d'autre accord que la Constitution votée à
Mai- lea autrei gouvernements n'avaient nul désir d« se laisser entraîner; Us conservaient un silence prudent, mai- KMirvu d'éloquence, car il indiquai! leurs .secrètes : la crainte d'irriter le roi de Prusse, le vif désir ■ vers l'unité allemande qui tuerait leur indépendance, leur espoir dans la maison d'Autriche. Etonné, inquiet de ce défaut d'enthousiasme, Frédéric-Guillaume iil a qu'il attendait encore quelque temps avant de prendre une décision définitive, pour laisser aux gronda États d'adhérer aux offres île l'Assemblée nationale' ». Hua les jours s'écoulaient et les ré[ionses n'arrivaient pas,
onarque passai I alors par une de tes crises de décou-
rogement et de. brusques revirements où sa santé physique
■ ■ (lri'L-iuii> llétiiil vexé de l'attente
cl irrité contre la < lhambredes députés i|in en tiquai! sa poli-
élat, il s'aband ait volontiers à l'inlluence
■ onscillcrs favorables ■< l'unité allemande étaient loin : Bunsen lui écrivait de Londres des lettres
prarantes en faveur de l'Allemagne; le roi lui ré| daïl
avec une pudeur indignée. Le général de Bndowitz accourait
itbrt « pour donner au roi le seul conseil ; sans plu* tarder la Constitution impériale, » Beckerath, ■ par le ministère de I rancl'orl, lui garantissait la soule l'Assemblée .1 toutes ses demandes île révision,
et lui répétait la belle phrase d'Arndt : « Le danger est toujours devenu pour la Prusse un soleil de victoire ». Frédéric- Guillaume lui répondait mélancoliquement : « Je ne suis pas un grand roi ».
11 était sous la coupe de la camarilla ; le général de Gerlach, abusant de la facilité d'entrer comme officier d'ordonnance dans le cabinet du roi, lançait de petits coups de langue sur la politique de Itadowitz et lisait au monarque des lettres bien triées ; son frère, le conseiller, annonçait dans un article de la Gazette de la Croix « une réaction victorieuse, une réaction qui heureusement sera plus qu'une réaction jusqu'à mars 1848, mais une réaction bien au delà de cette époque, une réaction jusqu'au renouveau des éternelles vérités, des idées du droit et de la liberté... » Bismarck agissait par ses sarcasmes et son rude bon sens ; dans l'intimité il traitait joyeusement Beckerath de « chou-fleur3 », et les intermédiaires officieux de rêveurs ou de farceurs ; à la Cour, il soutenait que le roi ne pouvait accepter l'offre du Parlement h cause de « son caractère révolutionnaire ». Tout ce monde s'agitait, recevait des délégations, envoyait des lettres, rédigeait des articles ou des manifestes, le tout en si grand travail que Bismarck s'endormait de fatigue aux séances de la Chambre3. Et du malin au soir, du cabinet de travail à la table de thé, ils entouraient Frédéric-Guillaume d'habiles insinuations, de conseils par sous-entendus, qui agissaient h merveille sur cet esprit mobile et maniable.
Cette situation ne pouvait durer. L'ambassadeur d'Autriche, Prokesch, constatait avec satisfaction que « la rupture avec