‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 66 sur 167 · Bismarck Député, p. 435 et suiv · texte numérisé non relu

Bismarck Député, p. 435 et suiv

i. Vers de Goethe, Faust.

situation actuelle qui nous engage à mettre sur notre corps vigoureux et sain la tunique de Xessus des théoriciens politiques français. On invoque que la Belgique a résisté aux tempêtes de Tan dernier. La Russie, elle aussi, a résisté à ces tempêtes, pourquoi ne glorifierez-vous pas, au même litre, la constitution russe. D'ailleurs, la Constitution belge n>sl Agée (pie de dix-huit ans, — un très bel Age pour les dames — non pour les Constitutions. L'Angleterre se gouverne, quoique les Communes aient le droit de refuser les impots, — ces invocations de l'Angleterre sont notre malheur ; donnez-nous toutes les choses anglaises que nous n'avons pas. » Et avec une réelle science du droit britannique, Bismarck analyse l'organisation politique de l'Angleterre, l'aristocratie puissante et apte h participer aux affaires publiques, la Chambre basse fortement organisée, les traditions et le « bon sens anglais ».

En terminant, il raille les hasards du parlementarisme « où des votes importants furent décidés par la circonstance fortuile qu'on avait pu tirer un malade de son lit pour qu'il vint donner sa voix. Messieurs, le destin de la Prusse ne peut dépendre en dernier ressort de pareilles misères. »

Sa fougue et .son ironie furent vaines, par 212 contre 93, les députés se rangèrent à l'avis de la commission et rayèrent du texte constitutionnel la permanence des impôts. Mais la première Chambre ne suivit pas leur avis, et à une faible majorité écarta l'amendement déjà volé par la seconde, le gouvernement se garda de prolester. Ainsi fut conservé un principe dont Bismarck devait faire, quinze ans plus lard, un retentissant usage. Par une singulière fortune, il donnait des arguments eu faveur d'une arme de réaction, dont il forgea, tant d'années après, le meilleur outil pour faire l'Allemagne.

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Logique avec lui-même, le 24 octobre 'I défendait l'arisir laquelle il s'appuya pour gouverner aux débuis

de son ministère. D'après la ConsUtulî le 1848, les mem-

■ ■ :■■■ i Ihambre étaient les uns héréditaires, d'auvie par le roî, d mitres encore élus par les

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i. ■ maintenir fi titre héréditaire que les membres de lit fcmill' royale, cl de constituer la Chambre haute île

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i par les propriétaires ronciers les plus imposés. La

■ posa un amendement pour accroître le nombre des niants de l.i noblesse et leur donner l'hérédité. Bismarck prit in parole pour soutenir cel amendement1.

■ii début, il rompt une lance contre' le réglmeparle-

Ibndc sur la représentation du pays, o C'est une

. ira populaires d'à présent, dit-il, de croire qu uni

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■ ,i dans un grand Etal réfléchisse les conditions el les

lu peuple tout entier el de chacune de ses parties, ■blase, non pas même uvee la lidêblé du dagneravec la ressemblance d'une esquisse . telle représentation dans lu même que la quadrature du cercle... Il faul principalement l'utilité el donner le plus de poids ù ers garanties ..: de trouver ches! nos représentants l'indépendance, la Bagesse i i la compétence spéciale qu'exi

■■.. il l'iill entiv l;i France el . indléle railleur ri pussinnrié. ■ ■ 1 .■■ carnetére anglaise, e'esl Ili liberli , celui de la révolu-

tion française, l'égalité. Aujourd'hui encore, si vous adressez la parole, dans la rue, à un prolétaire anglais, vous vous apercevrez à son air qu'il a très bien le sentiment de virile indépendance, mais qu'il reconnaît sans délour la supériorité de votre situation sociale comme gentleman. Si au contraire vous voulez causer avec un ouvrier parisien, vous risquez de voir paraître chez lui, par la brutalité de sa réponse, la crainte que vous ne vous croyiez plus que lui parce que vous êtes mieux vêtu. La liberté anglaise est soutenue par une mftle conscience de soi-même, qui se sent assez fière pour pouvoir supporter au-dessus de soi une situation supérieure. L'égalité française est une fille chimérique de l'envie et de la convoitise, que cette nation richement douée poursuit depuis soixante ans à travers le sang et l'aberration sans pouvoir l'atteindre. »

Pour « rectifier et fixer l'opinion publique », continue l'orateur, il faut chercher un point d'appui dans la noblesse. On la dit trop adonnée au service des Cours. « Jusqu'ici, grâce à Dieu, nous n'avons pas appris en Prusse à séparer le service du souverain de celui du pays, et, s'il plaît ù Dieu, nous ne rapprendrons jamais... On craint qu'une aristocratie héréditaire ne veuille se poser en adversaire des libertés du peuple... J'affirme que, pour la véritable liberté, pour l'indépendance politique, sans laquelle la liberté ne peut exister en Prusse, les services de la noblesse prussienne sont considérables. Parcourez les champs de bataille sur lesquels on a combattu pour la gloire et la liberté prussiennes î Depuis le champ de bataille de Varsovie1 où le grand Électeur jeta les fondements de l'indépendance de la Prusse, jusque sous les murs

1. Kn Itififi, Charles X, midi» Sut-tlt», et le (îrand électeur do Brandebourg.

défirent les Polonais sous les murs de Varsovie.

do Rastadl ', partout vous trouverez que les racines de la liberté prussienne ont été largement arrosées du sang de ses familles nobles. » Lorsque la noblesse a vu abolir au commencement du siècle ses privilèges, elle n'a eu « aucune mauvaise humeur frondeuse », et s'est ralliée autour du Roi « pour soutenir la maison royale et pour sauver la patrie ».

« Je considère, conclut Bismarck, la pairie héréditaire comme seule capable de nous garantir que la Constitution prussienne naviguera entre la Scylln d'un aimable régime du sabre et la Charybde de la domination jacobine... Je m'excuse si j'ai plutôt parlé pro domo que de republica, en m'efforçant de défendre une classe ù laquelle j'ai l'honneur d'appartenir, contre les attaques injustifiées dont elle a été l'objet à cette tribune. Je me suis cru autorisé à prendre celte défense, d'autant que j'ai la conviction de n'avoir jamais fait tache à l'honneur de la noblesse par d'arrogantes prétentions ou par du mépris pour d'autres classes. »

Les arguments de Bismarck portèrent; pour la première fois de sa carrière politique, sa parole avait agi sur l'Assemblée. Le projet de la commission fut rejeté ; mais la discussion reprit le lendemain, les députés se perdirent dans des amendements, et, à une majorité de quatre voix, adoptèrent un système presque identique à celui de la commission. La Chambre haute comprit, outre les princes de la famille royale, 180 membres élus, un tiers par les propriétaires les plus im|H>sés, deux tiers par les représentants des provinces et des cercles. En 1854, le caractère et la composition de la première Chambre furent transformés : devenue Chambre des Seigneurs, elle se composa de membres héréditaires ou

1. Juillet 1849. La révolution badoise prit fin luis de la capitulation de Rastadt.

nommés h vie par le Roi, de représentants des Universités, des villes, de la noblesse, etc...

En six semaines, Bismarck s'était à trois reprises et à grand fracas rattaché aux vieilles traditions prussiennes : la politique partie ulariste en Allemagne, les privilèges de la Couronne, les droits de la noblesse. Ces discours avaient eu grand retentissement et avaient mis en relief leur auteur. H élait devenu le chef non seulement d'une fraction de la Chambre, mais d'un parti dans le pays.

La Cour avait été ravie de trouver un champion dans ce hobereau de petite noblesse, mais de grande cr&nerie, et elle mettait tous ses soins, toutes ses coquetteries à se rattacher étroitement. Presque chaque soir il était invité : raoût du roi, dîner de la princesse de Prusse, du prince Albert, soirée au ministère de la Guerre, au ministère de l'Intérieur. Bismarck ne manquait aucune de ces invitations, causait avec tous, et « dansait comme un sous-lieutenant ». Malgré son robuste bon sens, il élait atteint par ces flatteries délicates et sa correspondance reflétait naïvement sa joie : « Ce matin, à la manœuvre, la reine, ma vieille flamme, m'a salué si cordialement; elle avait passé près de moi sans me reconnaître, puis s'est levée en se retournant dans la voiture pour me faire trois fois signe de la tète; cette femme sait apprécier un cœur prussien '. »

Frédéric -Guillaume IV se joignait à ces attentions. Une fête A Brandebourg, le neuf centième anniversaire de la fondation de la cathédrale, lui donnait l'occasion de glorifier son partisan jusque dans sa circonscription électorale. Toute la Cour s'y rendait, les ministres, un général russe; Bismarck s'asseyait « tout en avant de l'église, près des princesses » ;

1. Bismarck, lirîcfe an seine Uraul mut Uatlin, 11 septembre 1849, p. lb'2.

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