Bismarck Dépulé, p £(i0 et suiv
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termes, la chose même en éprouve le pire dommage qu'une mesure politique puisse éprouver; elle devient ridicule... On invoque qu'il y a juste mille ans une Diète de l'Empire s est tenue dans la ville où nous sommes réunis. C'était simplement
une Assemblée des Etats dont le but est indiqué en ces termes par une vieille chronique : « Le roi Louis tint cette assemblée, afin de mettre un terme aux tracasseries des avocats et des gens de chicane, dont le fléau était alors devenu intolérable en Allemagne. » [Hilarité générale.) « Si l'Assemblée de cette année, ici môme, devait avoir un semblable résultat, alors je croirais que les corbeaux ne volent plus autour du Kyffhàuscr1 et que le jour de l'unité allemande approche. »
Dans la même séance, il demandait la transformation du collège des princes, pour enlever toute influence aux Parlements dans sa nomination, et le mettre entre les mains des souverains qui y seraient représentés par des membres de leur maison. EL à ce propos, il faisait ces déclarations dictées par l'orgueil du hobereau prussien : « Messieurs, c'est avec un sentiment douloureux que j'ai vu ici des Prussiens, — et des Prussiens qui ne le sont pas seulement de nom, — que je les ai vus adhérer à cette constitution, défendre avec chaleur cette constitution ; pour moi, — et aussi pour mille et mille de mes compatriotes, — c'a été un sentiment d'humiliation de voir en face de moi les représentants de princes que j'honore et respecte dans le cercle de leurs droits de souveraineté, mais qui ne sont pas les souverains de mon pays, — de les voir revêtus d'un pouvoir d'autorité suprême ; et l'amertume de ce sentiment ne s'est pas adoucie quand, à l'ouverture de cette Assemblée je vis les sièges sur lesquels nous
1. Montagne do Thuringo ou. >elon la légende, l'empereur Frédéric BariK-rous&e dort en attendant iju'tin temps meilleur revienne en Alternai ri lui permette de reirner a nouveau.
[.! PARLEMENT D/ERFCRT 23S
. m,"- de couleurs cjui n'onl jumais été celles cl Uiemagne ', mais bien, depuis deux années, ■ ■ m-, de L'émeute et des barricades.
i.'ii. . ri |" -inkiiil, une consolation dans la forme
ni longtemps les partis en seront avec celle
urtion comme dans une fable de La lonlaine, ces deux
ins avec le patient dont ils laissent là le cadavre; l'un
: mort ; je l'avais bien dit « ; — L'autre : « S'il
■ i mon conseil, il vivrait encore'. »
h des droits fondamentaux permettait. Le
mardi de nouvelles critiques et il demandait
nuire la Liberté de réunion et d'association. Il raillait
■ ;■! ■ li - commis-voyageurs en démocratie, bien .h. lous les dimanches, après-midi, tiennent une
assemblée dan* une localité différente... Ces messieurs ni li nr métier; ils savent ce qui plait aux paysans... es portent le trouble dans les idées de l'homme ne dédaigne aucun moyen d'agir sur lui; le» comptes rendus des réunions populaires sont imprimés, eliacun des naïfs qui a ouvert la bouche en reçoil un exem- ; il est tout lier d'avoir si bien parlé, comme l'émisicratique Le rapporte sur ce papier.., C'est précisédroit de réunion que se trouve le ùseaux avec lesquels la Dalila constitiitiori- ■.,"■ |i -, boucles du Samson de la monarchie, pour le
iso aux mains des philistins déi raliques. n
Ses railleries portèrenl : La Chambre vofa les restrictions aux réunion et d'association.
m ■ rsi>ir-ii>iiK-<'-iir ;tiln[jl< r-
iii |tmah i Il ■'■li'. - du Saint-Empire,
Ce discours fui le dernier de Bismarck au Parlement d'Erfurt. Il suivit encore les séances, remplissant ses fonctions de secrétaire, qui lui « causaient beaucoup de tracas »; il les comprenait d'ailleurs de façon autocratique, entrait en conflit avec le bon président Simson, qui n'entendait rien à ce rude caractère d'hurluberlu, et quand les opinions d'un journaliste lui déplaisaient, il prétendait simplement lui interdire les tribunes. D'ailleurs il s'ennuyait : pendant les séances il « s'endormait au ronronnement d'Henri de Gagern qui prêchait du ton le plus creux et de sa voix la plus raisonnante » ; il aspirait à la fin de son « exil1 », à son retour dans le parc de SchOnhausen où le gentil avril piquait des primevères dans le parc. Et pour passer le temps, il rageait en comptant les fautes d'impression de ses discours dans la Gazelle de la Croix.
Cependant les travaux parlementaires avançaient ; le 49 avril, la Chambre du Peuple avait voté l'ensemble des lois
constitutionnelles ; la Chambre des Etats en hâtait l'examen ; pour éviter des conflits, les comités de constitution des deux Chambres avaient une réunion commune et faisaient des concessions réciproques. Ainsi l'accord se créait pour l'adoption en bloc de la Constitution et sa revision sur des points de détail : ce n'était pas sans de furieux assauts de la droite, de Stahl surtout, qui « jetait ses perles devant les pourceaux », selon l'expression de Bismarck, mais en vain.
Dans les réunions extra-parlementaires, dans les hôtels où logeaient les députés, les commentaires allaient bon train. En constatant l'accord du parti impérial, du bloc unitaire, on avait cru à son succès; il semblait impossible que les gouverne* ments, celui de Prusse en particulier, ne tinssent pas compte
1. Bismarck à sa femme. 25 et il avril 1850, Briefe an seine Braut und Gattin, p. 180-181.
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de décisions prises à une telle majorité, alors qu eux-mêmes avaient sollicité ces décisions et que le Parlement n'avait cessé de protester de son dévouement dynastique. Mais les hommes au courant des dessous politiques, Bismarck en particulier, estimaient que « les tailleurs de Gotha triomphaient trop vite ». Cet espoir se répandit dans les rangs de la droite où il fut bientôt partagé de tous, et un profond découragement envahit le parti de l'Empire, c. I) indications mystérieuses, remarquait alors Bicdcrinann, on concluait que le gouvernement prussien et le roi avaient perdu le courage ou le désir de mener à bien l'œuvre commencée par eux, qu'ils reculaient devant l'Autriche et la Russie, ou bien qu'ils s'inclinaient devant le parti de séparatisme et d'absolutisme prussien qui voyait dans le régime parlementaire et fédéral un danger pour la Prusse'. »
A Berlin le « vent aigre du Nord j> ne cessait de souffler; Frédéric-Guillaume IV, séparé de Rudowitzelde Brandenburg qui siégeaient a Erfurl, était entre les mains du général de Gerlach qui commentait à sa façon les débats du Parlement et lui lisait les lettres de son frère, systématiquement défavorables aux « gens de Gotha ». Manleuffel avait beau affirmer, les 1S et 2!i avril, son dévouement à la politique de l'Union allemande, ce n'étaient là que belles paroles et il était bien inféodé à la caiitarilla qui le tenait au courant des fluctuations du roi; à la « pressante prière » de Bismarck, il allait le 18 avril à Berlin pour contredire les rapports adressés par Radowitz au monarque. « Selon la façon dont se décidera le roi, écrivait Bismarck, la chose d'Erfurl mourra ou Manleuffel quittera le ministère*. » Manleuffel se mettait d'accord avec Gerlach et tous deux résumaient la politique allemande en
1. Biedermaun. .Veine Leben uwl ein SlUrk teUgetckîchte, t. II, p. 33.
2. Bismarck. f9 avril 1830, Brief* an leinc liront und Gatlm, p. 177.
ces mots : « Soyons unis à l'Autriche, nous pourrons laisser chanter Erfurt jusqu'à la fatigue *. »
Néanmoins Erfurt chantait encore. Le 25 avril, les Chambres votaient le texte définitif de la Constitution ; leur œuvre constituante était terminée et les députés se demandaient ce qui allait advenir d'eux. « La question du jour, écrivait Stockmar le 27 avril, est celle-ci : Serons-nous simplement ajournés, avec ou sans terme, ou complètement dissous? Cette question préoccupe vivement les députés. L'ajournement pour un temps déterminé serait la meilleure solution2. » C'eût été donner au Parlement allemand un caractère définitif, mais Frédéric-Guillaume IV se complaisait dans le provisoire. Les arguments de Mantcuffel l'avaient influencé, le pression discrète de Gerlach agissait ; il décida d'ajourner sans terme les Chambres allemandes.
Le 29 avril, à la Chambre du Peuple, Radowitz prit une dernière fois la parole au nom du conseil de l'Union. Après une courte, très courte allusion à « une convocation ultérieure », il exprima « aux hommes que le premier Parlement allemand a réunis ici, ses remerciments et sa reconnaissance pour l'esprit patriotique, la ferme volonté et les efforts soutenus qu'ils ont montrés dans leurs travaux. Le conseil d'administration reçoit ces résultats qui fortifieront son espoir d'une solution favorable de la grande tâche politique que les gouvernements unis se sont imposée dans la conscience de leurs devoirs et de leurs promesses, et il y joint le vœu sincère que l'œuvre de la Constitution achevée trouve la reconnaissance à laquelle elle a droit dans l'intérêt véritable de toutes les parties. » Et il prononça la clôture du Parlement national.
1. Gerlach à Manteuffel, 15 avril 1850. Manteuffel, toc. cit.. p. 199. £. Stockmar. DenkwUrdigkeiten, p. 608.
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C'était fini; le parlementarisme allemand de 4848 était mort. On ne devait plus revoir les couleurs « noir, rouge, or » qui choquaient si fort le député Otto de Bismarck-SchOnhausen et que le prince chancelier se garda bien de relever. Une fois encore, l'élan et l'enthousiasme des libéraux, leur esprit de conciliation, l'éloquence des Radowitz et des Gagern, tout échouait devant l'indécision de Frédéric-Guillaume IV, manié habilement par la camarilla. Au jour où Bismarck reprit l'œuvre du Parlement d'Erfurt, on lui reprocha d'avoir contribué à l'échec de 1850 par ses votes, par ses discours, par son parti. Il n'était pas homme à nier une erreur de jeunesse ; il déclara « qu'il était arrivé à Erfurt avec les idées politiques qu'il avait apportées de la maison paternelle et était alors surexcité par la lutte contre le mouvement de 1848, qui attaquait le régime de son cœur ». Il confessa sans ambages que « la politique pratique avait modifié ses idées ». Et puis, comme il aimait à passer une partie de son fardeau sur les épaules du voisin, il ajouta : « L'échec d'Erfurt doit être imputé principalement au Hanovre et à la Saxe, plus confiants en l'armée autrichienne massée derrière Olmiltz, qu'en une confédération de Trois rois1. »
I. Bismarck au Reichstag de la Confédération de l'Allemagne du Nord, le It mars 1867.