‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 77 sur 167 · D'ERFURT A OLMUTZ. ACTIVITÉ PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

D'ERFURT A OLMUTZ. ACTIVITÉ PARLEMENTAIRE

I. — Congrès des Princes à Berlin. Action autrichienne. — Vacances de Bismarck à Schônhausen et en Poméranie. — La question des duchés et la paix de Berlin. Soumission du Slesvig. — Conflit des Mecklembourg. Affaire de Hesse. L'hlecteur et Hasscnpflug. Une lutte constitutionnelle.

II. — Schwarzenberg réunit l'ancienne Diète; son intervention en Hesse. — Radowitz ministre des Affaires étrangères. — Les intrigues de la Camarilla. — Entrevue de Bregenz. Désarroi de l'armée prussienne. — Conférences de Varsovie. Retour de Brandenburg. Conseil de cabinet. Démission de Radowitz. Mort de Brandenburg. Manteuffel ministre des Affaires étrangères. — Mobilisation prussienne. Engagement de Bronzell. — Dissolution de l'Union allemande. Négociations extraparlementaires de Bismarck. Ouverture des Chambres. — Ultimatum autrichien. Terreurde Manteuffel. Conférences d'Olmûtz.

III. — Impression générale. Débats parlementaires. Discours de Bismarck. — Conférence de Dresde et renaissance de la Diète. — Situation de Bismarck. Sa vie à Berlin et son activité à la Chambre : questions financières, militaires, économiques et de procédure. La défense du Junkerthum.

Bismarck député.

I. — Au lendemain du Parlement d'Erfurt la situation est la môme qu'après l'Assemblée de Francfort : l'union allemande n'existe que sur le papier. Frédéric-Guillaume IV réfléchit, hésite, suppute. Un prince généreux et de haute allure, le duc Ernest de Saxe-Cobourg cherche à le décider1. Témoin mélan-

1. Duc Ernest de Cobourg. Aus meinem Leben, t. I, p. 546 el suiv. Stockmar. DenkwUrdiykeiten, p. 609 et suiv.

D'ERFOhT A OI.MUTZ M

il avait assisté aux débats d'Eruirt, constaté lea

■ mtradictoires el soupesé lea maigres chances de

j-iur les unitaires. Radowitz l'avait instamment prié

de prendre la chose' en main » ; l'idée l'avait séduit ; il nvnif

bu roi de réunir les princes en congrès pour délibérer

peraonneUeaient sur la question allemande; à l'clounc-mcnt

Frédéric-Guillaume avait accepté ce projet ■ avec

officielle fui cordiale jusqu'à la chaleur; le

il l'écrivit, dans un jour d'enthousiasme; il

nkvail les menaces guerrières de l'Autriche, l'accord des

princes, les promesses de l'avenir, demandait que le congrès

se Uni à Berlin Le S mai, priait le duc d'accepter le comman-

lu septième régiment de cuirassiers et « se mettait

■ ]<' la duchesse ». Avec de telles garanties, l'Aile*

mastic Bcraït vile unir.

Lea princes accoururent à la date fixée : on n'avait jamais vu ;'■ Berlin lanl de télés couronnées; Frédéric-Guillaume l\" était plein d'ardeur, mais déjà recommandait la prudence. « Pas

II. mes chère amis », disait-il a ses hôtes. Plusieurs iiih.ii'iil pour jouer au plus lin. Le ministre de la liesse ■ npflug, soulevait des difficultés de toutes -. Le cabinet prussien était toujours divisé : Brandenburg liraienl sincèrement l'unité allemande; Mani si Slockhauscn se raidissaient dons le particularisme Le congrès n'arriva à une forte entente ni sur la Constitution, ni sur l'attitude à prendre vis-a-vis du nouveau l'Autriche. A sa dissolution, le provisoire subsistait.

Au moment même où Frédéric-Guillaume IV convoquait à

Berlin les princes fidèles à l'Union, François-Joseph invitait

gouvernements 'le l'Allemagne a. envoyer leurs

,"i Francfort pour délibère] but la restauration du

pouvoir fédéral. C'était élever autel contre autel. La Prusse avait protesté et boudé; mais autour de l'Autriche se groupaient maintenant les quatre royaumes, Bavière, Wurtemberg, Saxe et Hanovre, les deux Hesses, électorale et Darmstadt, le Holstein, par son prince sinon par le vœu de sa population, Limbourg, Lichtenstein et Hombourg ; la Diète s'installait à nouveau dans le Palais de Tour et Taxis et reprenait bribes après bribes ses délibérations d'an tan.

Quelques mois s'écoulèrent ainsi, en correspondance et négociations, en piétinements de la Prusse, en marche sûre et droite de l'Autriche.

Bismarck ne suivait ces événements qu'avec distraction. Peu après la dissolution du Parlement d'Erfurt, il s'était installé à SchOnhausen ; il y goûtait les plaisirs de la campagne et de la famille; le lion rugissant s'était fait bon mouton, « Je mène, écrivait-il au rédacteur en chef de la Gazette de la Croix, Hermann Wagener, je mène une vie de paresse, à fumer, lire, me promener, et jouer au père de famille; de politique, je n'entends que par la Gazette1. » Il prenait d'ailleurs au sérieux son rôle de père et le dépeignait à sa sœur en termes tragi-comiques : « Le garçon beuglant en majeur, la fille en mineur, deux marmots chantant au milieu de langes mouillés et de biberons, et moi en tendre père de famille. Je me suis longtemps débattu, mais comme toutes les mère et tantes étaient d'accord pour déclarer que l'eau de mer et le grand air seuls pouvaient faire du bien à la pauvre Mariette, je risquais fort, si je m'y refusais, de m'entendre reprocher mon avarice et ma barbarie paternelle à chaque rhume que l'enfant pourra attraper jusqu'à ses soixante-dix ans et cela avec un : « Tu vois bien ! Ah si la pauvre enfant avait pu

1. Bismarck ù Wagener, 30 juin 1850. Politische Briefe, neue Fotge, L U

DUttl'TItT A QUK ra £i<

a la met ! » Le petit ôlre souffre beaucoup, d'ailleurs, de

qui sont tout larmoyants et collés. Peut-être cela

salés qu'elle prend, peut-être des dents

en est inquiète outre mesure et pour la ras-

iiirerj'iii f;>il venir aujourd'hui le D* Bdnger de Stendal1. »

courant 'lu mois de juillet, toute le « smalah » se

lait en Poraéranie, d'abord au château de sa sœur,

M™ d'Aniîm, nuis aux bains de mer, cnl'm à fteînlcld, dans

1» propriété de son beau-père, M. de Pultkamer. El ce son!

partout les mêmes scènes de famille que le grand homme

avec une indignation mouillée de tendresse : « Je

■ le quai de Genthïn avec 1rs enfants, puis

eus en voiture avec leurs petits besoins, affaire de

r, Jeanne essaie de donner le sein au petit, qui se

il bleu, puis embarras, auberge, avec les deux petits

singes hurlants à la gare de Slettin , ;'i Angermûnde attente

■■p. pendant une heure; el comment irons-nous de

ndorf a Killz ? Si nous passions la nuit a Steltin, ce

serait horrible*. <>

ilitiquc, il ne veut rien savoir; mais le naturel revient parfois au galop el dans une lettre où il jure qu'il ne s'occupe culture el d'enfants, il s'emporte contre la bureaula licence de la presse : ■■ Un peuple qui ne peut pas se débarrasser d'une bureaucratie comme la nôtre par un heu- ■ I reste destinée la ruine, car il lui manque les organes appropriés b toutes les [bâclions qui incombent . ls de museler la presse. Certes, je is, j'ai des envies de ealif Omar, non seuletous les livres sauf le Coran des chrétiens,

h.-.-U.-i. l>.u tiuch vom Fan.

«a Bnnuir, ' t lionai . i< Iï4.

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mais encore d'anéantir les moyens d'en faire de nouveaux ; l'imprimerie est l'instrument choisi par l'Antéchrist, plus que la poudre à canon ; celle-ci a été à l'origine le levier capital ou du moins le plus sûr pour renverser l'ordre politique naturel et ériger le souverain « rocher de bronze » ; maintenant elle prend le caractère d'un remède salutaire contre les maux survenus de son fait, quoiqu'elle appartienne un peu à la pharmacie de ce médecin qui soignait les cancers du visage par l'amputation de la tôte. Adapter ce remède à la presse, c'est une fantaisie à la manière de Callot. La bureaucratie est atteinte de cancer à la tête et aux membres, son estomac seul est plein d'appétit1. » La bureaucratie, le gouvernement prussien étaient en même temps sourds et aveugles; borgnes plutôt; dans le ministère un seul œil regardait, c'était Radowitz qui constatait l'accroissement de l'Autriche. La crise approchait, qui tirerait Bismarck de ses soins familiers.

La lutte entre l'Autriche et la Prusse s'était précisée sur deux questions, celles des duchés et de la Hesse.

Depuis deux ans, la Prusse avait été avec le Danemark en guerre suspendue par de longs armistices. Lors de l'explosion du sentiment national de 1848, les populations allemandes du Holstein et du Slesvig (partie méridionale) s'étaient soulevées contre la domination danoise; un gouvernement provisoire avec une lieutenance avait été institué à Kiel et fait appel au secours de la Prusse. Sous la poussée de son peuple, Frédéric-Guillaume était intervenu en faveur du Holstein, terre allemande; mais les difficultés intérieures n'avaient pas permis à la Prusse de peser de tout son poids dans la lutte contre le Danemark. La Suède était intervenue à son tour; l'Angleterre et la Russie avaient donné leurs conseils et pro-

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