Professeur hessois, partisan de l'Union allemande
D'ERFUBT A OLMUTZ S7S
reculé devant une guerre dont elles ne voyaient pas le succès et l'avantage : la France en 1840, l'Autriche en 1849 à la veille d'assiéger Turin, l' Angleterre dans la mer Noire, la Russie sur la question des réfugiés polonais.
u L'honneur prussien, conlinue-t-il, dans ma conviction, ne consiste pas en ce que la Prusse joue partout en Allemagne le riMe de don Quichotte pour soutenir la cagse de célébrités parlementaires mortifiées, qui croient leur constitution locale en danger. J'attache, pour moi, l'honneur prussien a ce qu'avant toute chose la Prusse se garde de tout contact ignominieux avec la démocratie, a ce que la Prusse, dans les questions présentes comme en toute autre, ne permette pas qu'il se fasse rien en Allemagne sans le consentement de la Prusse, — a ce qu'enfin tout ce que la Prusse et l'Autriche, après un libre examen fait en commun, auront jugé sage et politique, soit exécuté de concert par ces deux puissances protectrices de l'Allemagne, ayant parité de droits a cet égard. « Quelle eût donc été le but d'une intervention ? en SL'svig- Holstein, soutenir la population révoltée contre son souverain légitime; en liesse, p ru téger «des fonctionnaires et officiers qui déclarent ouvertement la guerre et refusent l'obéissance a leurs supérieurs... L'usage de nos routes militaires, nos intérêts matériels, l'intégrité de nos frontières, la sécurité de notre propre Constitution ne sont attaqués par personne. Nous ne voulons point faire de conquêtes.
« La principale question, — qui recèle la paix ou la gurrer, — c'est l'organisation de l'Allemagne, le règleraenl des rapports entre la Prusse et l'Autriche, la situation de l'Autriche vis-à-vis des petits Etais ; elle va être réglée par l'accord des gouvernements... L'Union, — dont en dehors de celte Chambre je n'ai jamais entendu parler qu'avec une teinte de gailé, comme d'une fantaisie de jeunesse, qu'on se
rappelle avec plaisir en pensant qu'elle n'a pas eu heureusesement de suites fâcheuses, — cette Union est tombée avec son principal auteur et soutien, M. de Radowitz. On traite l'Autriche d'étrangère. Je reconnais en l'Autriche la représentante et l'héritière d'une antique puissance allemande, qui a souvent et glorieusement porté l'épée de l'Allemagne. »
« Une guerre contre l'Autriche, conclut l'orateur, ne pourrait donc être qu'une guerre de propagande et de principes révolutionnaires. Il est du devoir du gouvernement de l'éloigner de nous. S'il n'y parvient pas, que tous ceux qui pouvaient empêcher celte guerre et qui ne l'ont pas fait, songent bien que le sang qui sera versé dans une pareille guerre restera porté à leur compte, que la malédiction du loyal soldat qui meurt pour une cause que, dans son cœur, il condamne et méprise, que cette malédiction pèse lourdement sur leur âme au jour du jugement. »
Ce discours contenait de l'audace, du mordant, de l'autorité. Certaines phrases présageaient l'homme de fer: «L'unique base d'un grand État, c'est l'égoïsme politique et non le goût romantique. » Mais la crânerie extérieure dissimulait mal un manque de franchise dans le fond ; en entonnant un hymne à la paix, le défenseur habituel de l'armée biaisait avec la la vérité, qui était la reculade de la Prusse devant un adversaire qu'elle avait sottement laissé grandir sans se préparer elle-même à une lutte inévitable. C'était d'une argumentation un peu grosse et lourde que parler des « orgies de la démocratie », à propos d'une politique hautement approuvée par le prince de Prusse. Bismarck s'en punit lui-même, quinze ans après, en la reprenant à son compte.
Mais il rencontra de 1864 à 1866 une incrédulité et une hostilité qui avaient pour cause directe la défaillance d'CHmiitz. Depuis l'avènement de Frédéric-Guillaume IV, plus
irEUFURT A DU1UTZ
tepuia 1848, la Prusse avait soivi une politique ni croire t sa mission allemande. En novembre 1850, réactionnaire [a renia toute et rendit à l'Autriche se situation prépondérante. Ce fui une rude déception poui ; de l'unité et un grave danger pour la P
■ . ■ i a i r- ■ ■ j a MlcriLi^ne. Lorsque Bismarck voulut
la fortune de son pays, il dut lutter contre l'opinion
entreprit, en 1866, une guerre de ■. principes
de révolution noires u ; il y triompha malgré et
li pûtes.
en 1850 la situation politique ètail inverse;
dail l'humble paix ; le Parlement tenait à une
ude cl rii.ilnli té d'OHo de Bismarck-Schûnhausen
■ |uîl pas. Malgré son discours, lu seconde
■■■- i le projel d'adresse a la commission pour
■■ i 'Iiiimii'iI. cl le lnulrrii.iiii, i décembre, les députés
.miles a voter un texte hostile au gouvernement el
qui déclarait la politique du ministère u incompatible avec
■ ■-.<■ de la Prusse el. dangereuse pour sa position en
■ ne ■>. Le projet d'adresse invitait le roi ■■ a travailler
Lion île la patrie commune qui répondit b la
de la Prusse en Allemagne et eu Europe... Si
i ■ tirée, le peuple prussien el les Chambres,
: nïi ni volontiers, [mur- une pareille guerre,
sacrifices. » Mais, dès le débul de la séance,
mentaîre fut ajournée an 3 janvier. Le cabi-
■ a imposer sa politique; il s'était remanié;
lile a la soumission h l'Autriche, avait donné
'■ prenail la présidence du conseil des
tfcmarck approuvait joyeusement toutes ces mesures; il avoir contribué el » remerciait le Seigneur de
n'avoir pas laissé sans bénédiction son modeste travail1 ». 11 trouvait légitime de prendre quelque repos, rejoignait Mme de Bismarck et ses enfants à Reinfeld, et « y passait les fêtes de Noël en famille, dans une vraie béatitude * ».
A la môme époque, le 23 décembre, les ministres des Etats allemands se réunissaient à Dresde. Ce fut le triomphe de Schwarzenberg ; M. de Beust l'avait logé dans le même palais que ManteufTel, mais non au même étage, comme pour marquer les situations respectives ; rien qu'à les voir, au premier le prince autrichien, avec des domestiques en livrée, de la vaisselle plate et du Champagne, au second le ministre prussien avec quelques garçons de bureau et des verres d'eau3, on comprenait lequel était le maître.
Schwarzenberg entendait bien tirer parti des conférences pour amoindrir l'autorité de la Prusse dans l'ancienne Diète4; les royaumes lui étaient dévoués et espéraient tirer quelque bénéfice de cet amoindrissement de leur puissant rival ; les petits princes étaient découragés et fatigués; la plupart s'abandonnaient au cours des choses. Tout alla d'abord à la volonté de l'Autriche : les commissions furent constituées de toile façon que la Prusse et ses alliés y étaient partout en minorité. Le prince de Schwarzenberg se rendit à Berlin et conquit t\ ses idées le souverain et ses ministres. Au commencement de janvier, il apporta un projet de réforme qui tuait l'influence prussienne : i\ la place du Conseil fédéral, on créait un pouvoir exécutif où la Prusse avait sur le papier une place égale à celle de l'Autriche, en fait une situation déri-
i . Bismarck à sa femme. 7 décembre 1850. Briefe, p. 222.