‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 115 sur 179 · Lenz. Geschichte Bismarcks, p · texte numérisé non relu

Lenz. Geschichte Bismarcks, p

sentis v[ résiliables, écrivait-il, nous créerions des relations particulières, imposées par les circonstances, ^n\ce auxquelles nous pourrions arriver fi des résultais que la Confédération rend im|X)Ssibles par sa composition hétérogène et défavorable I nos intérêts'. » Mais il n'entendait pas faire une politique confessionnelle : elle lui répugnait, et il la trouvait dangereuse. Il craignait, en partant en guerre contre l'Eglise romaine, de suivre la voie des démocrates de 1848, dont il se rappelait les diatribes contre l'ultramontanisme, et dont la politique lui avait fait horreur. Il redoutait, de plus, qu'une politique confessionnelle groupât les Etats catholiques autour de l'Autriche et coupât l'Allemagne en deux parties ; il craignait surtout l'alliance des cours de Munich et de Vienne et cherchait par tous moyens à réveiller la vieille rivalité des maisons de Habsbourg et de Wiltelsbach pour rapprocher la l 'russe et la Bavière. Par goût et par politique, il tient donc 1 la liberté religieuse, et s'en inspire lors du conflit badois.

Pendant les années 18.*)1 et I8!'j2des luttes de compétence iivaient éclaté entre le gouvernement badois et l'évoque de l'ribourg, combat perpétuel sur les relations de l'Eglise et de l'Etat. Le gouvernement décide pour en finir, en novembre 18.'J3, que nul prôtre ne pourrait publier un mandement sans l'approbation du commissaire civil. L'évèque rt'pond par un édit d'excommunication et une lettre pastorale, qui constituait une véritable déclaration de guerre. Le gouvernement fait arrêter et détenir quelques jours les curés qui ont donné lecture de l'épîtrc ; Monseigneur s'indigne et su.spend de divers cùlés l'exercice du culte.

Le premier mouvement de Bismarck est de partir en guerre ; il voit dans le conflit « la cause de toutes les autorités pro-

1. Bismarck à Manlcuffel. 9 février 1854. Corretpondance diplomatique,

lestantes, menacées par cet esprit belliqueux, insatiable, irréconciliable dans les pays gouvernés par des princes protestants, qui depuis les dix dernières années anime une partie du clergé catholique, par cet esprit pour lequel les concessions obtenues forment toujours la base de concessions nouvelles, et dont tous les gouvernements doivent hésiter îi accueQlir les prétentions, parce que l'expérience apprend qu'il ne désarme qu'à la condition d'exercer une domination absolue* ». C'est déjà le ton du Kulturkampf.

Mais Bismarck se rend à Carlsruhe et le ministre de Prusse près la Cour de Bade, Savigny, qui est catholique, lui conseille « avec une prudence et un tact parfaits » d'éviter toute démarche ostensible et toute pression sur le gouvernement badois. Il apportedonc simplement au Régent du Grand-Duché « l'appui sérieux et effectif de la Prusse » et l'engage « à montrer dans les négociations avec Rome la fermeté que donne la conscience du bon droit ». 11 comprend d'ailleurs que le gouvernement doit tenir compte de la majorité catholique de ses sujets et engage « les excommuniés à solliciter eux-mêmes leur rentrée dans le giron de l'Église, conformément aux lois ecclésiastiques ». Il profite de l'incident pour souder étroitement les Cours de Berlin et de Bade en confirmant les ministres du Grand-Duché dans la pensée qu'il y a là « une tentative faite parl'Autriche et le parti ultramontain pour renverser le ministère badois et le remplacer par un cabinet autrichien et catholique ». Lorsque le conflit religieux s'étend à la Hesse-Nassau, il se rend à ^^'iesbaden, félicite le duc de son calme et de sa prudence, susurre que les menées de TAutriche ne sont pas étrangères aux difficultés en cours, et constate avec satisfaction que la conduite du cabinet de Vienne a excité dans

1. Bismarck à Manleuffel, 29 novembre 1853. Correspondance diplomatique, t. I, p. 198-199.

l'esprit du duc « do rinquiélude et de l'irritation ». Ces divers conflits s'apaisonl, mais Bismarck en a bien joué; il a posé le gouvernement prussien auprès des populations catholiques comme Tapôtre des libertés religieuses, auprès des princes comme le champion du protestantisme. Proitesch hurle de colère et dénonce Bismarck comme se mettant à la tète des détracteurs de l'Eglise'.

Dans les années assez calmes qui précèdent la guerre d'Orient, toute difficulté est prétexte à négociations interminables et les questions de personnes prennent une importance prépondérante. Bismarck est trop nouveau dans la diplomatie pour s'en désintéresser : il médite de forcer M. de Bcust à la retraite, se préoccupe de la question constitutionnelle dans la principauté de Lippe-Detmold, — un Etat de mille kilomètres carr(?s, — s'inquiète de la composition et des tendances du Sénat de Franc foi't. Surtout il prend feu sur ce qu'il appelle gravement « l'alTuirc deCanitz ». Le ministre de Prusse à Darmstadt, baron de Canitz, avait reproché au président du conseil des ministres en Hcsse, baron de Dalwigk, de manquer à son égard de confiance et d'esprit conciliateur : la conversation n'avait pas dépassé les bornes d'une simple aigreur diplomaliciue. Mais Dalwigk prit mal l'observation, et envoya son ambassadeur à Berlin, comte de Gœrtz, se plaindre à ManteufTel des paroles blessantes prononcées par M. de Canitz. Celui-ci, invité par son gouvernement à s'c.\|)liquor, proteste de la correction de son attitude, nie les propos incriminés et appelle Bismarck h son secours. Le bouillant délégué écrit « ù la hâte ' » & son ministre pour

t. Prokosc-hà Utiul, 3i décembre 1853. Aiu den liriefen des Grafen t'rokeach, p. 350.

2. Bismarck h ManlcufTcl, 15 mai 1853. Correspondance diplomatique, l I. p. 137 et Buiv

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garantir la politesse et les formes irréprochables de Ganilz « auquel on ne peut reprocher que ses manières trop conciliantes à regard deDalwigk », et élargit la querelle : c'est un coup monté par le ministre hessois pour éviter une chute prochaine; s'il réussissait, « il en résulterait une sérieuse intimidation des agents de la Prusse auprès des petites Cours, et, ajoute Bismarck, notre condescendance serait un triomphe et un encouragement pour nos adversaires coalitionnistcs ' ». C'était, somme toute, une petite affaire, une querelle de mots, peut-être un malentendu. Mais Bismarck y voit un moyen d'atteindre un cabinet partisan de l'Autriche, et celle-ci môme ; il se rend à Darmstadt, il glisse au grand-duc que le départ de M, de Dalwigk simplifierait toutes les difficultés, il rend visite au ministre môme, mais il obtient simplement que le gouvernement renonce à demander le rappel de M. de Canitz. Ce n'est point une réparation suffisante, le cabinet prussien décide de rompre les relations diplomatiques avec la cour de Darmstadt ; Bismarck, l'ambassadeur prussien le plus proche, fera l'intérim; et ce n'est pas une sinécure, il retourne à Darmstadt, il rédige d'interminables rapports au roi, au ministre, au grand-duc lui-môme. Il négociera pendant dix-huit mois : en décembre 1854, enfin, il aboutit à des excuses indirectes de M. de Dalwigk qui lui déclare « combien il regrette la rupture avec la Prusse et combien avaient été désagréables et inattendues les suites de sa conduite envers Canitz ». Bismarck est si ravi de cette réconcihalion qu'il soUicite une décoration prussienne pour le ministre hessois*. Et de fait, il se l'est attaché comme ami poUtique, allié dans

1. Les membres de la coalition de Dai-mstadl, formée à propos de l'union douanière.

â. Bismarck à ManteufTel, 23 décembre 1854. Ibid, p. 354 ; à Gerlacb 27 janvier iSîio. Bismarck's Brie/'e an Gerlach, p. 187.

NOMINATION liT DEBUTS A FRANCFORT 351

l'opposition à rAulriche : à ce moment même, la Hesse- Darmsladl refusait de suivre la politique de Buol dans les affaires d'Orient.

Un autre différend fédéral se prolonge indéfiniment, il s'agit des duchés danois. Oniciellement l'incident est clos ; la paix a été rétablie entre le Danemark et la Prusse, les troupes danoises ont repris le Slcsvig ; le sort du Holstcin a été provisoirement réglé à Olmulz ; les soldats autrichiens ont occupé ce duché que gouvernent trois commissaires au nom de l'Autriche, de la Prusse et du Danemark. Mais il est des questions fatales, qu'on ne peut enterrer, qui renaissent toujours, jusqu'à l'heure où elles se posent si impérieusement, si brutalement, qu'elles produisent une conflagration générale. La question des duchés est de celles-là : il importe encore de régler l'ordre de succession au trône de Danemark; l'empereur de Russie, le prince Frédéric de Messe, qui avaient quelques droits à y prétendre, ont renoncé en faveur du prince Christian de Gliicksburg*. Mais un parent, le duc Christian-Auguste de Slesvig-Holstein-Sonderburg-Augusleidnirg, émet quelques prétentions à l'héritage des duchés de l'Elbe ; son père y a bien renoncé par acte très solennel, mais lui-même interprète le document à sa fa^on. Bismarck est chargé par les gouvernements de Prusse et de Danemark de le mettre à la raison par des arguments sonnants et trébuchants ; le duc daigne accepter une indemnité de 2.21)0.000 Ihalers prussiens et le paiement de ses dettes, en jurant renonciation à ses droits, et s'cngageant « delà manière la plus solennelle, en son propre nom et en celui de sa famille, à ne rien entreprendre (|ui soit de nature à troubler ou à compromettre, de quelque manière que ce soit, la paix des

i Allen. Uialoire de Uanemarck, ( II, |). 300.

Étals du Roi ' ». Le duc s'engage, promet, jure. Les grandes puissances ratifient par le traité de Londres, le 8 mai 1852, le règlement futurdelasuccession danoise. Bismarck cherchait même à obtenir l'accession de la Diète fédérale à ce traité ; il n'y parvenait pas, sans se douter quel parti il tirerait plus tard de cette abstention ; car toutes ces précautions devaient être inutiles, la question des duchés n'était qu'en attente, elle devait s'imposer encore à la mort du roi Frédéric VII et Bismarck seul devait la régler avec quelque éclat.

Telles sont les grandes questions; les petites se multiplient : débats de procédure fédérale et de préséances diplomatiques; campagnes de presse, et Bismarck trouve naturel d'inspirer les journaux défavorables à l'Autriche, mais il s'indigne quand la découverte dans un vieux secrétaire de papiers personnels à Prokesch révèle que l'ambassadeur autrichien rédige pour diverses gazettes des articles hostiles à la Prusse ; discussions financières, commerciales, scientifiques môme, car Bismarck rêve de relier à l'Académie de Berlin les associations scientifiques des villes du Sud pour faire de Berlin la capitale intellectuelle de l'Allemagne. Mais au fond il n'y a qu'une question, qui revient dans les dépèches de Bismarck comme un leit motiv, la rivalité de la Prusse et de l'Autriche, la lutte pour la suprématie.

Le défenseur du pacte d'Olmiilz, le partisan de l'alliance austro-prussienne est devenu par la force même des choses l'adversaire résolu, farouche, de la politique de Vienne ; il n'y a pas place en Allemagne pour deux égales ; il faut que l'une des deux puissances l'emporte, soit en écrasant l'autre, comme Schwarzenberg avait tenté de le faire à la Prusse, soit en la jetant hors de l'Empire, comme Bismarck le réali-

1. Note du duc d'Auguslenburg. Correspondance diplomatique, t. I. p. 39.

sera au détriment de rAulriche, Il l'a compris avec précision en trouvant petite et humble la place laissée pour la Prusso à la Diète ; il a ressenti fortement l'humiliation d'Olmiitz qui ne l'avait pas touché dans la bataille parlementaire; et toutes ses récriminations contre Thun, contre Prokesch, ne sont que des manifestations de la susceptibilité de son patriotisme prussien, l'rokesch Tavail senti, mais d'insuffisante façon : « La Prusse,

•rivait-il de Francfort, travaille à coups de massue à démolir la Confédération pour que sa pleine égalité avec TAutricho paraisse le seul moyen de maintenir cette Confédération. C'e^t le programme inscrit dans le cœur de tous les Prussiens, du

)i et du prince de Prusse, de M. de ManteufTel et de M. de liismarck'. » Prokesch se trompait sur un point; Bismarck entendait faire delà Prusse non l'égale, mais la suzeraine de l Autriche.

1\'. — La vie de Francfort n'absorbait pas Bismarck ; il faisait sans cesse le voyage de Berlin, « fumant un cigare après l'autre ou dormant d'un excellent sommeil ». Il y allait pour •>umettre au roi ou à Manteuiïel les questions en cours à la Uièle, pour suivre les débats des Chambres, pour conseiller le monarque sur la politiciue générale.

A la suite de Sii nomination aux fonctions de ministre plélipotenliairc, il avait dû solliciter des électeurs sa réélection, l'ils lui avaient d'ailleurs accordée sans ditïiculté. En janfier 18.*i2, il s'était rendu à Berlin j)Our l'ouverture des Ihambres, voyage désagréabl»*, coupé d'accidents cl qu'il icontc à sa manière humoristique, « un tuyau de locomotive îlalc tout doucement ; nous restons en panne; je deviens \a

i. Prokesch à Buol. 13 août 1853. Au* den Brirfendes Grafen Prokesch.

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proie d'un collègue berlinois de la Chambre et de plusieurs juifs de foire ; à Halle, le train de Berlin était parti ; il y a là près de la gare deux hôtels : j'ai pris le mauvais. Un gendarme se promène de long en large dans la salle d'un air soupçonneux, toise ma barbe pendant que je m'ingurgite un beefstake moisi; j'avalerai encore un reste d'oie, je boirai un peu de porto par-dessus, et j'irai me mettre dans les draps '. » A la Chambre, il s'ennuie et aspire au retour. « Les intrigues des députés, écrit-il, me paraissent désespérément mesquines et misérables. Celui qui vit toujours là-dedans s'abuse lui -môme et finit par prendre ces misères au sérieux. Lorsque j'arrive de Francfort en pleine possession de mon sang-froid, je me fais l'elîetd'un homme à jeun qui tombe dans une compagnie de gens ivres ^. » Il se mettait vite au diapa- .son. A propos de la solde des offîciers, il échangeait de vives répliques avec Vincke, le chef du parti libéral : « Il est possible, disait Bismarck, que malgré les dispositions pacifiques de tous les Etats européens, nous soyons dans six mois à môme de vous voir exercer vos talents militaires sur un autre champ qu'ici. — Si l'on pense à se servir de la Landwehr, rétorqua Vincke, se prépare-t-on à revenir à la parade d'Olmutz ou à une bataille comme celle de BronzelP. » Le lendemain, 22 mars 1832, Vincke railla de nouveau les paroles guerrières de Bismarck et en tira parti pour combattre un crédit demandé pour la réfection du ciiâleau de Hohenzollcrii; il proposa de transférer cette somme au budget militaire : « Quand, dit-il, d'une telle bouche, d'un diplomate tenu par la réserve professionnelle, à cette tribune et dans cette Chambre

i. Bismarck à sa femme, 7 janvier 1852. Briefe an seine Braut untl Gailin, p. 330.

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