‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 117 sur 179 · Sybel. Loc. cit., t. II, p · texte numérisé non relu

Sybel. Loc. cit., t. II, p

LA GUIiRRE DE CRIMEE 371

sance cl de récrasemcnt final de Thydre révolutionnaire. Deux ministres, plusieurs généraux influents, le prince Charles de Prusse, réclamaient une politique active en faveur do la Russie et profitaient d'un incident tragi-comique, — le vol par un agent de Manteuffel des lettres personnelles du général de Gerlach, — pour saper auprès du monarque l'influence de son premier ministre.

Frédéric-Guillaume IV hésitait, — c'était son habitude, — |)ris entre des scntimonts contradictoires. 11 s'abandonnait alternativement aux deux courants de ses conseillers habituels, qui depuis tant d'années l'avaient tourné et retourné. Tantôt Gerlach, son aide de camp, lui montrait dans l'héritier de Naj)oléon l'ennemi de la Sainte Alliance, et dans la Turquie ladversaire de toute la chrétienté : alors il prôciiait la guerre sainte et s'indignait de l'union « incestueuse » de l'Angleterre avec Napoléon et le Sultan. Tantôt, au contraire, Bismarck l'amenait h des idées nouvelles, de progrès, de civilisation occidentale et constitutionnelle ; alors le monarque envoyait à Londres, en décembre 18o3, lo comte Pourlalès pour proposer une alliance assez confuse, où la Prusse conserverait une neutralité armée « loyale et autonome ; si quelqu'un veut la battre, elle le battra ' ». Gomme prix de ce concours passif, rAnglelerre garantirai! à Frédéric-Guillaume ses droits 8UP NeuchAtel. Pareille proposition fit sourire à Londres,

Parmi ces opinions diverses, Bismarck avait pris la sienne, conforme h l'ambition qu'il avait d'assurer l'indépendance entière de son pays. A Francfort, en lutte ouverte contre l'Autriche, il avait soufl'erl de la situation subordonnée de la Prusse. Dans l'Allemagne telle que l'avaient faite les traités do \H\l\, il n'y avait pas de place pour deux égales; tant que

l l'ridirir Ciuillaiimc IV ik Bunsen, Ojanvicr 1854. Rankc, Auadem lirief

ueclisvl l'iii-ilrxcl, Wilhrlm-, IV mil lîuiisrn. p 3ii

la maison de Habsbourg- aurait la présidence de la Confédération, les Hohenzollern ne tiendraient qu'un rang subalterne. Tout ce qui atteindrait au contraire TAutriche élèverait la Prusse. Dans la guerre d'Orient, la Cour de Vienne prenait parti contre la Russie, la Cour de Berlin n'avait rien à espérer à son côté, elle pouvait attendre quelque résultat de son insuccès : donc Bismarck était naturellement favorable à la Russie. Mais, par contre, la Prusse n'était pas troublée par la guerre ; pour la première fois depuis longtemps, le conflit de plusieurs pays n'atteignait pas l'Europe centrale ' ; rester en paix, lorsque ses voisins sont en guerre, c'est pour un Etat une fortune heureuse, car il peut intervenir à son heure et, comme l'animal de la fable, tirer les marrons du feu : le cabinet de Vienne l'essayait alors, mais il ne parvint qu'à s'échauder les doigts en attendant les brûlures do 1859 et 1866; le gouvernement de Berlin le fit plus habilement et prépara la neutralité bienveillante delà Russie en 1864, 186C et 1870.

A intervenir brutalement en faveur de la Russie, la Prusse courait grands risques ; la guerre eût été portée sur son propre territoire, et elle n'était pas de taille à résister à une invasion par l'Ouest et le Sud. Elle était en outre menacée d'un mouvement dans la province de Posen, une insurrection des Polonais de Prusse et de Russie contre la domination étrangère. La conduite de la Prusse était donc dictée par sa situation : rester dans la neutralité pour le moment, indiquer, en même temps, que les s^'^mpathies de la Prusse étaient acquises à la Russie, laisser suspendue une vague menace d'intervention, telle était l'attitude conseillée par Bismarck. « Une poUtique lâche, écrivait-il en avril 1834 à Gerlach, nous a toujours porté mal-

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