‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 119 sur 179 · Sybel. Loc. cil. t. II, p · texte numérisé non relu

Sybel. Loc. cil. t. II, p

correspondance avec Gcrlach, il se contient, et, suivant son expression en français, « fait bonne mine » ; mais il laisse percer la crainte que « rAutriche va jouer, sinon seule, du moins plus que la Prusse, le rôle d'une puissance européeinie, tandis qu'il ne nous restera que celui de chef du chœur des Etats allemands ». 11 espère qu'une convention secrète a réservé et précisé les cas de guerre. Un sourd mécontentement se lit entre ses lignes. Il éclate dans une note autographe jointe à la minute d'une dépèche : « Par le traité du 20 avril, la Prusse promet plus que par celui de mars 18'ji \ Le 2(} avril déçoit l'attente des États allemands et discrédite la Prusse auprès d'eux ; ils voient que l'Autriche est maîtresse ! Les bouches du Danube ont fort peu d'intérêt pour Y Allemagne : la mer Adriatique, la domination de l'Angleterre sur la Morée en ont dix mille fois davantage, » Cri de colère, étouffé par la correction diplomatique, confié à un seul morceau de papier".

Ses fonctions l'obligeaient cependant à demander l'adhésion à ce traité des gouvernements allemands. Les deux grandes puissances leur avaient adressé une circulaire et Bismarck, délégué de la Prusse à Francfort, devait naturellement insister pour une prompte réponse. Mais, à sa joie secrète, les Etats moyens montraient peu d'empressement et comprenaient à nouveau combien leurs intérêts les rapprochaient plus de la Prusse que de TAutriche. Us n'avaient aucun intérêt à la guerre où ils perdraient des hommes et de l'argent, et n'avaient rien à espérer, même en cas de succès. « Ils désirent primo loco la neutralité et la paix, écrivait Bismarck avant la con-

1. Le traité de mars 1851. signé après l'incident dOlmûtz, liait les deux Etats d'une alliance fraternelle. Voyez supra, p. 279.

2. Note de Bismarck en marge d'un rapport du 27 août 1854. Correspondance diplomatigve, l. I. p. 261.

clusion du Irailé... Ils voudraient affirmer leur participation h la politique européenne par Torgane de la Diète... Mais si le désir de donner une preuve formelle de leur importanc*' politique figure au premier rang chez la plupart des gouvernements, les vœux qu'ils forment relativement au fond de celte politique sont à peu près les suivants : en première ligne se place celui de conserver la paix et les positions actuelles; les tendances belliqueuses sont aussi mal vues de la masse de la population que des gouvernements, et, sans se faire une idée nette de la nature et de Tétendue du danger, dont une guerre européenne menacerait les petits Etats, les souverains n'en craignent pas moins que les traités de paix qui termineraient la guerre ne fussent conclus à leurs dépens plutôt que pour les dédommager de leurs sacrifices'. »

Seule la Saxe royale détonnait par ses fanfares belliqueuses : le chef de son gouvernement, M. de Bcust, n'avait pas oublié le service rendu par la Russie aux Etals moyens en rognani ù OlmiJlz les ambitions de la Prusse. Depuis l'été de 1853, il préparait une alliance des royaumes, pour aboutir à celle « triade » allemande si redoutée de Bismarck. Il n'avait pu t^alvaniscr l'apathie pacifique des rois, mais la convention du 20 avril lui donnait une occasion favorable de resserrer \v groupement des Élats moyens, et, sur son initiative, les ministres de ces puissances se réunirent en conférence le '2T} mai .'i Bamberg*; c'était le j)endanl des conférences de Darmsladt, relatives au rcnouvellemenl du Zollverein. Les ministres y rédigèrent une note identique où, tout en acceptant «' avec joie » d'adhérer à laconvenlion du 20 avril, ils exprimaient, au nom de leurs gouvcmemenls, a la volonté nette

i. BiMmarck ù ManleufTcl, 31 inar» et 7 avril \^hk. Corutapondanct diplo' matiqiie, I. I. p. S(8et»uiv.

2 Bousl Mémoires, t. I. p. lU.

de défendre les droits et intérêts allemands », demandaient une action directe de la Confédération dans les négociations diplomatiques, et réclamaient une neutralité absolue, manifestée par une invitation, tant aux puissances occidentales qu'à la Russie, de suspendre les hostilités.

La Cour de Vienne en eut « un grand mécontentement » que Bismarck enregistra avec un secret plaisir; M, Prokesch se flattait que la discorde ne tarderait pas à se glisser parmi les confédérés *; mais la discorde arrivait trop lentement au gré du ministre autrichien, Buol, qui dépêchait le 3 juin à Pélersbourg le comte Szechenyi avec un ultimatum appuyé sur la convention du 20 avril : il se flattait de mettre les confédérés en présence d'un fait accompli et de dissimuler à la Russie les discordes du camp allemand. Il n'y parvenait guère : avec un rare talent de temporisation et de lenteur, les cabinets de Munich, de Stuttgart, de Dresde, promettaient, retenaient, objectaient, tergiversaient. Ils avaient décidé que l'adhésion au traité austro-prussien était une question fédérale et ne pouvait recevoir solution que de l'assemblée de Francfort ; or, comme le constatait Bismarck, « la marche des affaires était lente à la Diète ». Ainsi les mois s'écoulaient, les troupes anglaises et françaises arrivaient à la mer Noire, les Russes évacuaient les Principautés et on délibérait encore à P'rancfort sur un projet d'invitation à la France et à l'Angleterre de conserver la paix, à la Russie d'abandonner les Etats danubiens : le double fait était acquis, des premières par un refus, de la seconde par une acceptation ; mais la Diète délibérait toujours. Et cela était très dans les traditions du « Bundestag ».

Le 25 juillet enfin, plus de trois mois après la signature de

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