Une des plus longues rues de Berlin
3. Bismarck à sa femme, 27 août et 2 septembre 1855. Briefe an seine Braul und Gallin, p. 367-368.
4. Tous les passages en italique sont en français dans le texte allemand.
5. Bismarck à Gerlach, 15 septembre 1855. Bismarck an Gerlach,p. 246.
prince Adelberl de Bavière, frère du roi, donnait à l'ambassadrice l'occasion de réunir à dîner en son honneur une quarantaine de personnes, le général Ganroberl, la marquise de Contadcs, M. de Bismarck. Le vieux maréchal deCastellane s'entretenait avec le diplomate prussien : « 11 est grand et poli, note-t-il dans son journal, a l'air plus épais que distingué. II passe pour avoir des tendances russes'. »
Présenté à Xapoléon III par son ambassadeur, il eut avec l'empereur un entretien de quelque durée. Pour la première fois se trouvaient en présence deux hommes dont les relations devaient être heureuses pour la patrie de Tun, fatales pour le pays de l'autre. Dans sa politesse bienveiljante, mais vague, Napoléon « se montra bien plus indulgent que l'Angleterre et l'Autriche pour les péchés dont la Prusse s'était rendue coupable envers la politique des puissances occidentales ». Le souverain désirait un accord intime entre la France et la Prusse. A l'en croire, les deux Étals voisins^ placés à la tète de la civilisation par leur culture intellectuelle et leurs intitulions, se devaient un appui mutuel". Touché par ces compliments, Bismarck délivrait à l'empereur un pronostic de long règne. « Tant qu'il vivra, écrivait-il, je crois qu'il se maintiendra. Il a dans la garde et la gendarmerie, trop de gens bien payés, qui désirent que tout reste en l'état actuel, et ils sont assez nombreux pour tenir Paris en bride. » Il comptait sans sa propre intervention.
Paris élait alors lieu de rendez-vous pour les tètes couronnées. La reine d'.\nglelcrre y arrivait en même temps que Bismarck et le diplomate prussien lui fut présenté par le duc de Batibor. Aimable et courtoise, elle échangea avec lui quelques paroles en allemand, ni très longues, ni très com-
t Journal du marquit de Coatellane, I. V (1897), p. 103, 108. i BUmarck. l'enséea el Souvenirs, t. I, p. SOO.
promettantes : « Je lui ai dit, remarque-t-elle dans son journal, que Paris était beau; il m'a répondu : « Encore plus beau que P(';tersbourg * . » Et Tentretien finit sur ces grandes paroles. La conversation fut plus longue avec le prince Albert, « en uniforme noir, beau et froid ». Il n'ignorait pas les tendances russes de Bismarck et lui fit sentir sa désapprobation avec un ton d'ironie supérieure : poli, correct dans son rôle officiel, l'autre répondit avec tranquillité, mais quarante ans plus tard il avait encore un vif ressentiment contre celui qui n'avait pas compris son patriotisme prussien, son horreur des influences étrangères, son mépris d'une politique à la remorque^.
Cette conversation avait lieu à Versailles, au grand bal donné en l'honneur de la reine Victoria. La fête lui plut sur le moment, il la déclara magnifique, pratchvoll. A la réflexion, il lui trouva des défauts que sa haine de la France, de la Babylonc moderne, exagérèrent à plaisir : le ton des invités, l'organisation des entrées et des sorties, le « désarroi » du souper, r « approche tumultueuse » et les « collisions » dans les couloirs, le matériel, la cuisine même, tout est persiflé dans ses Mémoires. Rien n'en apparaît en 1855 dans sa correspondance intime avec sa femme ou amicale avec Gerlach; il y loue les attentions dont il est l'objet, la beauté de l'impératrice « plus jolie que tous les portraits que j'ai vus d'elle, gracieuse et aimable d'une façon incroyable..., des yeux et une bouche superbes et naturellement des diamants fabuleux ».
Une chasse à Fontainebleau, un dîner chez le comte Walewski, un second banquet à l'ambassade, des soirées au théâtre, les longues distances de Paris finissent parle fatiguer.
11 parcourt l'Exposition, mais sans plaisir, sauf aux tableaux :
1. Journal delà reine Victoria. Cpr. Chevalley. Vicloria (1902), p. 171.