‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 127 sur 179 · Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. I, p · texte numérisé non relu

Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. I, p

« Des milliers d'objets de toutes sortes, écrit-il dont je ne sais pas le nom, et dont la masse rend impossible de s'intéresser à chacun dans ce bric-à-brac. On prendrait plusieurs semaines de son temps, rien que pour s'orienter ». Ahuri du tumulte des rues, lassé de l'Exposition, il cherche le calme dans les environs souriants de la capitale, Versailles, Saint-Gloud, Fontainebleau, où l'adorateur des bois et du plein air respire avec bonheur : « Une partie des environs est très jolie, écrit-il, quelque chose comme les rives du lac de Zurich, moins l'eau, sauf la Seine qui est plus petite que le Mein ; c'est mamelonné et vert, avec beaucoup de nids blancs de maisons, villes et villages, » ,

Ou bien il se délasse à rester le soir dans le jardin de l'ambassade, M au clair de lune, un bon cigare, tout près de la Seine, avec la vue sur celle-ci, les arbres et les lumières du jardin des Tuileries sur l'autre rivage' ». On y devise sur la vie parisienne, sa cherté, son luxe. « L'argent est tout à Paris, et un Montmorency ou un maréchal n'est qu'un chien h coté de Rothschild, Fould ou Pereyre ».

Il s'y trouve bien cependant, car il y prolonge son séjour, et, pour y rester, il sacrifie un voyage dans le Centre, un séjour aux bains de mer; et quand il part, il rôve d'y revenir. Il devait y retourner souvent, une fois de trop.

Il n'a pas été ébloui par les fôtes, il a regardé autour de lui et froidement observé. Il a remarqué que les casernes sont vides, sauf à Paris, Lyon et Boulogne, où l'on a conservé les ri'gimentsau complet; partout ailleurs, il n'y a que dpsdé|)ôts, où des vétérans exercent à lahAte dos recrues |>our les envoyer rapidement en Crimée; à Strasbourg, à Metz, la garde est tenue par des « non combattants », ouvriers de manu-

1. L'ambassade de Prusse, actuellement d'Allemagne, rue de Lille, a un Ik*uu Jardin qui s'étend jusqu'au quai d'Orsay.

factures militaires, gardes d'artillerie*. Bismarck ne parlera plus de la nécessité de protéger la frontière des jirovinccs rhénanes contre une invasion française. Malgré le clinquant des bals et le bercement des orchestres, il a relevé la lassitude de la guerre, l'inquiétude et les deuils des familles militaires, l'aigreur contre la politique astucieuse et cauteleuse de l'Autriche, un désir universel de paix. 11 apercé les « mensonges » des déclarations officielles, des congratulations solennelles, des notes au Moniteur, des discours et des proclamations. On se « désintéresse » même des nouvelles d'Orient, on veut la paix, du pain et des jeux.

La guerre était aux heures décisives et aux combats les plus acharnés. Le 16 août, la sanglante bataille de Tratkir donnait un résultat petit si on le compare au sacrifice des vies humaines qu'elle exigea; les véritables vainqueurs furent les Sardes, ils perdirent 28 hommes: à Turin, les patriotes avisés s'en réjouirent : « C'est avec ce sang, disaient-ils, que se fait l'Italie. )) Le 5 septembre, la malheureuse Sébastopol fut hachée en morceaux parle bombardement des pièces anglaises et françaises. Le 8 septembre, la prise de Malakoff, lutte acharnée, sanglante, livrait aux alliés la ville dont ses défenseurs faisaient peijidant la nuit un immense amas de décombres. Le 10 septembre, les Anglais et les Français entraient dans Sébastopol désert^.

L'Europe croyait la guerre terminée : les puissances qui y étaient restées étrangères cherchaient à tirer parti de leur prudence. L'Autriche soufflait plus fort que jamais dans sa « trompette guerrière en papier », et, pour excuser sa lenteur à mobiliser, accusait à Paris la Prusse delà paralyser; Bis-

1. Bismarck à Manteuffel, 14 septembre 18ao. Poschinger. Preussen im Bundeslag, t. IV, p. 237.

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