‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 137 sur 179 · Voyez supra, p · texte numérisé non relu

Voyez supra, p

2. Allen. Histoire de Danemark, t. H, p. 389 et suiv. Lavisse et Ram-

élait trop libérale pour les Irois Coui-s conservatrices; dans un manifeste du 28 janvier 1852 le roi posa les principes d'une nouvelle constitution et ils parurent contenter tout le monde; la Prusse et l'Autriche les approuvèrent, les autres puissances acquiescèrent, la Diète déclara que le manifeste respectait les dispositions du droit fédéral relatives au Holstein et au Laucnbour^^ (24 juillet 1852). Il n'y avait qu'à rédiger le texte constitutionnel : mais c'était malaisé, car on se trouvait en présence dintérôls inconciliables. Après de nombreux incidents, violents débats à la Diète, démission du ministère, dissolution de la Chambre populaire, un décret du 20 juillet 1854 promulf^ua une constitution qui souleva ur mécontentement général. Le 2 octobre 1854 une nouvelle constitution fut mise.en vigueur; elle fut accueillie favorablement par la jKjpulation danoise; mais onze députés du Slesvig, du Holstein et du Lauenbourg trouvèrent que les privilèges des duchés avaient été singulièrement négligés; ils prolestèrent, demandèrent que le nouveau texte fût soumis à leurs Etats provinciaux et remanié pour tenir compte de leurs droits; sur cette motion s'ouvrirent de véhémentes discussions et les députés des duchés allaient succomber lorsqu'arrivèrent des notes prussienne et autrichienne qui adoptaient les vues des protestataires et annonçaient une intervention de la Diète germanique si la constitution commune restait en vigueur ; (juin 1856 . L'affaire devenait fédérale : elle n'était pas près «le sa fin.

Bismarck avait suivi ces événements avec attention, car il y voyait une heureuse occasion pour la Prusse de diriger les revendications allemandes; il croyait, à tort scmble-t-il, que « le cabinet de Vienne profiterait de celte occasion pour

bauU. Ilviloire CénéraU, l. XI. p. WJ i«t sulv. (par M. Schefer). Vilbort. L'autre Je ii. de Itismatxk 11869), p. bi et suiv.

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S olUu'Iicr le gouvernement danois », cl lenaitd'aulanl plus à une intervention en faveur des duchés. 11 entretenait individuellement ses collègues de Francfort « de la violation dos droils garantis par la Confédération », et exprimait le dé.sir que les duchés adressassent à la Diète « une plainte fondée sur les traités et la résolution fédérale du 29 juillet 1852 ». 11 ne doutait pas que dans ces conditions la Diôle intervint « pour prendre sérieusement et avec {)laisir les intérêts des plaignants en main' ». Mais qui prendrait l'initiative de cette requête? Bismarck aurait désiré qu'elle vînt, non de membres isolés du Parlement, mais des Elats provinciaux du Slesvig, du Ilolslein ou du Lauenbourg. Or le temps s'écoulait en échange de notes, rapports, dt^pôches, et seuls des particuliers protestaient.

Lors de son voyage à Paris,. — motivé en partie par ces dilTicultés, — Bismarck eut l'occasion d'entretenir Napoléon III de la question des duchés; il le trouva insuffisamment « pénétré de l'esprit du droit féodal », et s'évertua à lui démontrer que les éléments germaniques ne pouvaient se laissei- « opprimer par les Danois avec la passion inhérente à une majorité parlementaire démocratique et fanatisée par le sentiment national ». Ainsi qu'il était dans la tournure de son esprit, Napoléon fit dévier la conversation dans de vagues aperçus sur l'union Scandinave; mais le Prussien était tenace, et, malgré son interlocuteur, ramena l'entretien sur la nécessité pour son maître « de protéger les sujets allemands contre l'oppression du roi de Danemark », et il fit entrevoir la possibihté d'une agitation en Allemagne si le gouvernement de Copenhague ne cédait pas aux aspirations légitimes des populations des duchés. L'empereur montra quelque étonne-

1. Bismarck à Manteuffel. il mai 1856. Correspondance diplomatique. l. Il, ]). 176 et suiv.

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meiil de celle t'vcnlualité; il désirail avant toules choses « ne |)as voir la paix de l'Europe compromise dans celle affaire », et comme son madré visiteur lui signalait l'intervention de la Diète comme toute pacifique, il approuva l'évocation de l'affaire à Francfort, pourvu que la guerre n'en résultât point '. El Bismarck le séduisit tout à fait en développant ù ses yeux le danger d'une domination de la démocratie à Copenliague. Le résultat de cet entretien ne fut pas direct et immé-

liat, mais Bismarck y avait posé d'utiles jalons pour faciliter rintervention de la Diète.

En automne, enfin, les onze députés protestataires et les Etals du Lauenbourg en appelèrent à l'Assemblée fédérale ; presque en même temps, la Prusse et l'Autriche invitaient la Diète à intervenir en faveur des populations germaniques des duchés. Le o novembre l'assemblée nommait une commission de sept membres, — les délégués de la Prusse, de l'Autriche, des quatre royaumes et de la Hesse

lectorale, — chargée de délibérer sur ces deux protestations.

Bismarck en suivit les séances avec une attention tendue ;

a correspondance officielle et privée prouve l'importance qu'il attachait pour son pays à cette affaire. Le délégué du Ihuiovre avait demandée la « Diète d'examiner si le gouvernement danois avait rempli ses obligations et, dans le cas contraire, de lui prescrire de tenir ses engagements ». La Cour de Vienne, hésitante et timorée, redoutait qu'une pareille injonction entrahiàt l'exécution fédérales! le Danemark refusait de s'y soumettre et proposiiit d'exclure de la commission le délégué hanovrien. Désormais Bismarck avait double raison de soutenir la pro|)osition du Hanovre : prendre la

t. Bismurck ù Manteuiïel, 1*' mai 1857. Correapotulance diploinalique, II. p. SlTetsuiv. A Gerlach, 11 avril 1857. Briffe an Gerlach, p. 312.

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■contre-partie de la politique autrichienne ; grouper, autour de la Prusse, le Hanovre et les petites puissances en favorisant leurs tendances allemandes. 11 y mil tout son cœur, à l'excès peut-ôtre, car le résultat le plus net fut de solidariser TAu- Iriche, la Bavière, la Saxe, le Wurtemberg, contre le nouveau groupement ; cependant, après des débats assez vifs, les M et 25 février, la Diète déclara fondées les réclamations du Holstein et du Lauenbourg et inconstitutionnelles les ordonnances de 1834 et 1856 qui ne donnaient pas aux duchés l'indépendance résultant du droit fédéral ; le gouvernement danois était donc invité à établir un état de choses conforme aux lois de la Confédération et à ses traités avec la Prusse et rAulriche.

Prises dans le sens désiré par le Hanovre, ces déclarations eussent entraîné à brève échéance une intervention armée ■dans les duchés. Mais le gouvernement de Vienne redoutait cette solution et ses satellites n'y voyaient aucun avantage. Le cabinet de Copenhague répondit donc aux injonctions germaniques par un copieux mémoire et les négociations se perpétuèrent à Francfort avec cette vitesse de tortue qui indignait si fort le délégué prussien. Celui-ci trouvait que « les sentiments pacifiques de la Confédération surpassaient l'attente du Danemark », et, en avril, il proposait de mettre en demeure le gouvernement danois « de faire connaître dans un délai de six semaines comment il comptait régler la situation des duchés ». C'était, sous une forme poUc, la menace d'exécution fédérale, et la Cour de Vienne le comprit ainsi ; mais «lie joua très finement la partie ; elle laissa entendre que la Prusse était naturellement désignée pour j)rendre les mesures <le l'exécution. Bismarck s'en émut. « 11 serait certainement très désagréable pour la Prusse, écrivit-il à son ministre, d'avoir à décliner cette mission d'honneur en présence d'une

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résolution formelle de la Diète, et pourtant ce serait chose

^■•rave de l'accepter'. »

Le Danemark profitait de ces tiraillements pour traîner les choses en longueur. Tout l'été passa en délibérations

ntre les délégués à la Diète, recours aux instructions des ouvernements, négociations avec le cabinet de Copenhague, \ovages de Bismarck à Berlin et à Bade où séjournait le prince de Prusse, interventions des ambassadeurs étrangers. Le gouvernement danois dut accorder quelques concessions et en novembre 1838 un manifeste ro^al abrogea pour les duchés les lois conslilulionnclles de 18o3, mais en réservant le droit du monarque de rétablir l'union constitutionnelle du Ilolstein et du Lauenbourg avec le reste de la monarchie. Les Etats du Holstein, convoqués en janvier 1850 pour donner leur avis sur le problème constitutionnel, manifestèrent « les dispositions les plus irréconciliables^ ». Et la dispute continua.

Tel était l'étal de la question au printemps de 1859. Elle n'était pas sortie des dispositions préliminaires, le provisoire so perpétuait; il devait se prolonger jusqu'en 1863, où le «lémêlé devait être brusquement aggravé par la mort du roi I "rédéric \'II, et compliqué par la récente arrivée de Bismarck "1 pouvoir.

Ces nj'gocialions n'avaient pas eu, à leurs débuts tout au moins une continuité telle que l'existence de Bismarck en eût

!<• entièrement absorbée. Dans l'été de 1857, il avait profité d'une invitation de chasse en Suède pour s'arrêter à Copenhague et s'y occuper « de musées et de politique ». 11 avait ''•'rtainemcnt médité le projet de visiter les diverses Cours avec

1. Bismarck iJ MunteiifTcl, 30 juin 18*>8. Corrftpondnuce diplomatique. t II, p. 3o7. Cpr. Uncken, Dos ZfitalUr d«s Kaiters Wilhelm, t. I. p. 482.

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