Beust. Mémoires, t. I, p
Mouslier que « la puissance qui assumerait le rôle d'agresseur ne pouvait pas compter sur les sympathies de la Prusse ». Bismarck avait des vues plus nettes et des plans plus arrêtés; il était dépourvu de tout préjugé'; il ne craignait pas la « lutte fratricide » avec la « nation sœur » ; il savait que ces mots dissimulaient l'exploitation de son pays par l'Autriche et il ne connaissait, ne pratiquait que la politique des intérêts. Il « usait donc ses doigts » à limer des rapports pour empêcher l'entrée de la Prusse en campagne, « comme vassale de l'Autriche », sans s'assurer d'un dédommagement suffisant ^. « Il ne faut pas nous laisser entraîner par les souvenirs de 1813 à faire des folies, écrivait-il à son .'rère. Dès que nous interviendrons, la guerre d'Allemagne sera naturellement pour la France la chose principale, la guerre d'Italie l'accessoire et la Russie prendra certainement parti pour la France. Alors éclatera la danse à tous les coins, aussi en Orient et en Hongrie. Je crois que nous avons le pouvoir de restreindre la guerre à l'Italie et par là d'assurer à l'Autriche ses possessions en Allemagne. — Si nous aidons l'Autriche à la victoire, nous lui assurerons une situation comme elle n'en a jamais eu en Italie et en Allemagne depuis l'édit de reslilu-
1 I..e8 dépêches officielles adressées de Pétcrsbourg par Bismarck ne ' ii-tuellemciil l'objet d'un recueil distinct comme celui publit^ par
' r pour les rapports rédigés à Francfort. Plusieurs de ces
• ' •• '.'inmoins été publiées et se trouvent dans les divers recueils, ' ou dans les volumes du Bismarck- Jahrbuch. Elles n'ont
n - ,,,,^ .,1 même importance que celles envoyée» de Francfort. Bismarck na pas joué ii la Cour de Russie un rrtif aussi décisif «luauprès ,1,' l;i Iimi.v II s'est plaint, ù diverses reprises, d'être tciii: a !'.•( .ni luir le lit des Affaires étrangères de Ilcrlin. de "U-
n'adresser (pie rarenjenl des cotumuiiii .1 -.11
n y a doue pus {< dé|)lon*r outre mesure que l'ensemble ilc »»•» dfpéche» n .'iit |M> encore été ptibllé. Cette lacune peut être comblée tant par le» actuellement connues que par les nombreuses lettres adrettées ' I irck à sa famille ou A ses amis.
i. Keudell. Bismarck et iafamilU, p. 71. Bismarck. Penaéea9t Souvenir», t. I. p. i'.K).
M*TT«ii. — Bi»iB«r«k. •• — 30
lion pendant la guerre de Trente Ans, et il faudra un Gustave- Adolphe ou un Frédéric II pour nous émanciper à nouveau... Nous ne sommes pas assez riches pour user nos forces dans des guerres qui ne nous rapportent rien'. » Il ne prêchait pas l'alliance avec la France, comme Ton accusaient ses adversaires, mais il ne redoutait pas l'isolement de la Prusse, qu'il croyait de taille à se défendre seule, et toute sa politique se résumait dans ces mots : « Restons tranquilles. »
Le gouvernement auprès duquel il était accrédité avait une opinion analogue, mais moins débonnaire. Napoléon et Victor-Emmanuel s'étaient efforcés de lier le tzar à leur partie. Le moment était favorable à la Russie pour reprendre pied en Europe et forcer toutes les Cours à compter avec elle. Depuis la guerre de Crimée, une rancune profonde y régnait, non contre les vainqueurs, qui l'avaient emporté de haute et loyale lutte, mais contre l'allié infidèle qui avait tralii. La Russie avait sauvé l'Autriche en 1849 de la révolution hongroise, en 1850 de l'ambition prussienne ; au jour où il aurait dû payer sa dette de reconnaissance, le gouvernement de Vienne s'était dérobé et avait tourné à l'ennemi. L'irritation avait été profonde à Pétersbourg; elle durait encore en 1859; le Russe est lent à la colère, mais tenace dans ses ressentiments. « On n'a pas idée de la façon dont les Autrichiens sont regardés ici, écrivait Bismarck en avril ; nul chien pelé n'accepterait d'eux un morceau de viande...; on ne rêve qu'à la guerre, pour leur pousser la baïonnette dans le dos. . . ; la haine est sans mesure et dépasse toutes mes prévisions^. » Celte surexcitation, vive surtout dans les cercles miUtaires, s'était étendue à la cour; l'impératrice- mère parlait avec émotion