Bismarck. Pensées et Souvenirs, (. I, p. 301 et suiv
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lail rejoindre son poste dont il' était absent depuis dix mois ; un chargé d'affaires, Perponcher, y avait été nommé pour suppléer ù rinsuffisance des secrétaires; mais l'ambassadeur aspirait à son installation, à la vie de famille. Il demandait au prince Guillaume son audience de départ ; à plusieurs reprises, le n'gent la lui accorda, pour le retenir au dernier moment. Il étail môme question d'accorder à Schleinilz un congé de deux mois et de confier provisoirement à Bismarck le ministère des Affaires étrangères, comme à titre d'essai ; perspective fort désagréable à Bismarck", car il n'aurait eu aucune initiative ni action personnelle pendant un si court délai. Trois événements hâtèrent la décision du régent : Garibaldi avait brusquement commencé l'expédition des Mille, abordé h Marsala, assiégé Palerme; le régent se demandait jusqu'où |)Ousserait « l'audace révolutionnaire » ; — devant l'opposition de la seconde Chambre, le ministère avait retiré le })rojet de loi militaire et s'était contenté d'un crédit supplémentaire, y millions de thalers pour quatorze mois; la Couronne n'avait donc plus besoin de dompteur parlementaire; — enfin sur l'insistance du Napoléon lll, le régent s'était décidé à lui accorder une entrevue, mais dans des conditions telles que la réception était un acte d'hostilité plus que d'amitié. Bismarck n'était donc plus ni utile ni écouté à Berlin. Le 23 mai, il partit pour Pétcrsbourg.
La visite de Napoléon eut lieu à Bade au milieu de juin ; les ennemis de la France avaient répandu le bruit que l'empereur espérait « obtenir quelque agrandissement du côté du Bhin et disloquer la ligue germanique ». Pour riposter par avance, le prince Cuillaume avait convié tous les princes allemands ù l'accompagner à Bude, vu .sckiIc d'hoimeur et
1. Bismarck à sa femme, 11 mal 1860. Drie/< ,,,. .. .... Itraut und Gattiii,
de protection; ils y vinrent tous, curieux et inquiets; Napoléon entretint le régent de ses dispositions pacifiques, puis il reçut les princes; mais ils étaient hérissés de terreur, et nul ne se livra « au grand désappointement de Napoléon... C'est un coup manqué' ». Le lendemain de son départ, 18 juin, était la date anniversaire de Waterloo; le prince régent réunit solennellement tous les souverains venus à Bade et leur parlant avec ostentation « des dangers qui pourraient menacer TAllemagne un jour » leur promit de « défendre l'état territorial de la patrie commune ». Et le mois suivant, comme pour se laver des souillures de Bade, il avait à Teplilz une entrevue avec l'empereur d'Autriche. Ainsi la visite de Napoléon, loin de rapprocher la Prusse et la France, avait ramené le gouvernement de Berlin à une entente avec la cour de Vienne.
Bismarck, parti de Berlin mécontent, un peu aigri, raillait avec mordant le « nouveau parterre des rois » de Bade. « Ces messieurs, écrivait-il à un ami, ont perdu l'instinct de leur dignité. Une entrevue d'affaires et de politesse de notre prince avec Napoléon était quelque chose de tout naturel. Par leur adjonction importune, c'est devenu une réunion corporative des princes allemands, dont Napoléon saura bien se servir pour contrarier l'un par l'autre et nous compromettre -. » 11 n'était pas moins mécontent de l'entrevue de Teplitz où les souverains d'Autriche et la Prusse scellaient à nouveau une amitié qu'il regardait comme néfaste pour son pays. « Nous pargdssons n'avoir rien promis de définitif à Teplitz, écrivaitil, mais subordonné nos sacrifices à cette condition que l'Autriche prouvera d'abord pratiquement ses bonnes intentions; cela fait, elle pourra compter sur notre reconnaissance. Cela
1. Malmesbury. Mémoires d'un ancien ministre, juin 1860, p, 308.