Bismarck à Wentzel. 16 juin 1860. Bismarckbriefe, p
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me donnerait salisfaclion. Mais je reçois dt-s iiouvcllt'ï> indirectes qui résonnent tout autrement : nous n'aurions pas conclu de traité de garantie écrit, mais nous nous serions obligés oralement à appuyer l'Autriche en toutes circonstances, si elle était attaquée par la France en Italie... Un correspondant bien informé, mais un peu bonapartiste, m'écrit de Berlin : « Nous avons été rasés de la plus belle manière à Teplit/ avec toute la grâce viennoise, et vendus pour rien, môme pas un plat de lentilles*. »
Bismarck prôcliait dans le désert, on ne l'écoutaitplus. Dans la presse, sa politique et sa personne étaient vivement critiquées; le Nationalcerein, la Gazette de Magdebourg, la Gazette de la Prusse orientale menaient campagne contre ses sympathies napoléoniennes et prétendaient qu'il « aurait appuyé des ouvertures pour une cession de la province du Rhin moyennant un agrandissement à l'intérieur ». 11 croyait que ces attaques venaient du duc de Cobourg, chef du parti allemand ; peut-être avaient-elles leur origine à Berlin niôme et dans les sphères ministérielles. 11 était dans une période d'effacement de sa carrière politique, et pendant une année, le seul acte qu'on lui demanda fut d'accompagner le régent à Varsovie.
L'été de 18G0 avait été mouvementé en [wlitique : Garibaldi avait continué sa victorieuse expédition des Mille, conquis la Sicile, passé le détroit et fait son entrée solennelle dans sa bonne ville de .\aples ; on pouvait craindre que la révolution s'étendit par contagion aux États du Pape, h la Vénélie, à la Hongri»-, à la Pologne. .Napoléon III, malgn* son entourage clérical et ses affirmations réactionnaires, inciuiétait
\. Bismarck a Uelow. ii août 1860; à WeiiUoI, » scplcmbro i8M. Bminaickhrieff, p i9:j et suiv. Cpr. sur loa entrevue» de Tcpliti et Varsovie. II. Hiiym, Uas l.ebcn Max Ihinri^.. ,> i\i\ .1 ,iiiv
par ses allures mystérieuses et sa duplicité; il flattait tous les |)artis, rappelait son ambassadeur de Turin alors qu'il recevait Cavour, et proposait un Congrès pour régler les affaires italiennes. Les trois souverains de droit divin se réunirent donc en octobre à Varsovie pour délibérer sur la situation de l'Europe et plus spécialement sur le projet de Congrès. Alexandre se montrait enclin à l'accepter ; Guillaume et François-Josepli se dérobèrent. L'empereur d'Autriche était arrivé avec un projet de coalition contre la France ; ses deux interlocuteurs l'engagèrent vivement « à se renfermer dans une réserve prudente » ; pour le calmer, ils lui déclarèrent tout net que s'il prenait l'offensive, « ils l'abandonneraient à ses propres forces * ». Bref, rien n'advint de ces solennelles assises, qu'une amélioration dans les relations des Cours de Vienne et Pétersbourg. Bismarck ne fut pas mécontent de ce résultat négatif : dans un long entretien avec le prince de HohenzoUern, il avait insisté pour une politique d'entente avec la Russie, de réserve envers l'Autriche * ; les conférences de Varsovie n'avaient rien compromis, elles avaient môme signalé les divergences des politiques nationales sans les fondre ; cela lui suffisait. A la fin d'octobre, il se hâta de retourner à Pétersbourg, où on le laissa plus que jamais à l'écart; en mars 1861, il se plaignait de n'avoir pas reçu de correspondance par courrier depuis de longs mois ; pour qui sait l'indiscrétion de la poste russe à l'époque, cela signifiait qu'il n'avait aucune communication sérieuse avec son ministère.
11 passa une année dans ce calme à Pétersbourg, de juin 1860 à juin 1861, sauf la courte interruption du voyage à
1. Montebello à Gramont, 3 novembre 1860. Belcastel à Gramoiii. 6 novembre. Thouvenel. Le Secret de l'Empereur, t. 1, p. 281 et suiv.
2. Cpr. FUrst Karl Anton von Ilohenzollern dans la Revue Nord und Sud, novembre 1884.
\'arsovic. II jouit avec volupté de la vie de famille, dont il avait été sevré pendant si longtemps ; car ce lutteur, au <aractèrc complexe, était un homme d'intérieur, aimant l'existence intime et de ménage, le piano de sa femme, les cris joyeux des enfants, les longues conversations avec un ami, dans la joie d'un bon cigare et d'une chope mousseuse.
Il avait loué sur le bord de la Neva une maison spacieuse et élégante ; son cabinet de travail avait « vue sur le fleuve, un pont, dans le lointain l'orée d'un bois ». 11 y passait la grande partie de son existence à travailler ou à fumer en regardant l'avenir ; il écrivait à (juelque ami sur le sujet du jour, ou à son frère, à sa sœur, des lettres où les événements politiques, la société russe, les mille riens qui sont la haute pOi'sie do la famille étaient mélangés en une salade aguichante et qu'assaisonnait sa verve caustique. Un visiteur arrivait d'Allemagne, Keudell, pour se griser de musique avec M"" de Bismarck, Kcyserling pour causer des souvenirs universitaires; il promenait l'un ou l'autre aux îles en voiture découverte, « avec de petits chevaux qui filaient ventre à terre sur le pavé et le macadam, dans des sapinières, des bois de bouleaux, d'aulnes et d'érables qui encadrent de vastes pelouses ' ». A midi, il recevait ù dîner ses intimes, « à la fortune du pot, car un ambassadeur qui ne touche que trente mille Iha* 1ers est obligé de se restreindre* ». Le soir venaient les membres de la colonie allemande, de riches n<''gocianLs, un colonel au service de la Hussie, un compositeur jadis célèbre, Adolphe de Henseldt ; avec les membres de la légation, on buvait en causant du pays et chacun se retirait à onze heures, car la santé du Chef exigeait encore quelque ménagement.
Il ne se confinait pas dans cetl«; vie de famille et montrait