‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 20 sur 179 · Bismarck à M''« de Puttkamer, 18 mai 1847. Ibid · texte numérisé non relu

Bismarck à M''« de Puttkamer, 18 mai 1847. Ibid

nelles, la maladie de sa fiancée, l'étal mortel d'un neveu, augmentaient son énervement. Un incident le jeta dans la

lutte.

Un membre du parti libéral, le colonel de Saucken-Tarputschen, avait évoqué les souvenirs de 1814 et affirmé que la renaissance de la Prusse s'était faite par l'accord de la monarchie et du peuple, non par haine contre l'étranger. « Un peuple noble et éclairé, comme le peuple prussien, ne connaît pas de haine nationale. » Ces paroles indignèrent Bis- Biarck : pas de haine nationale ! Et les souvenirs de Schônhausen, l'arbre généalogique lacéré, les récits du vieux parent, les traditions des Bismarck? Il bondit 5 la tribune et, en quelques phrases incorrectes et iieurlées, il exhala sa colère : « J'éprouve, dit-il, le besoin de contester ce qu'on a si souvent fait entendre aussi bien à la tribune qu'en dehors de cette salle, lorsqu'il était question des demandes de constitution : — comme si le mouvement populaire de 1813 devait être attribué à d'autres raisons et qu'il fallût un autre motif que la honte de voir l'étranger commander dans notre pays... [Violents murmures)... Ce serait à mon avis, rendre un mauvais service à l'honneur national... [XouveauT murmures)... si l'on admettiiit que l'oppression et l'humiliation que les Prussiens avaient à souffrir de la part d'un dominateur étranger n'eussent pas suffi pour faire bouillir le sang dans leurs veines et pour étouffer tous les autres sentiments sous la haine de l'étranger. » (Grand bruit. Plusieurs députés s'élancent à la tribune^.)

1 ni>marck A la riirie des Klals. 17 mal 1847. Il y a plusieurs Mitions (l(> tli^roiirs ili> Bismarck, la meilleure est celle de Horst Kohi. Die Reden von nUmarck Celle de .M Hiodel a été traduite el publiée chez Boll. à Berlin, 1 et 8 volume». Le premier intitulé M. de Rismarck, député, 1847- 1851. » (>rii|>ri<nd les discours du futur chancelier 6 la Dii»te unie, a la sccuiiUi- Cliatnbre prussienne, à r.\ssemblée d'Erfurt

Ce fut une vive surprise de voir ce grand gaillard, inconnu de tous, sans passé politique, venir confesser avec crânerie son patriotisme exclusif. Il s'affirma du premier choc par son audace, la fermeté de ses convictions, la vigueur de ses déclarations. Il n'était pas orateur, il ne le fut jamais, mémo à l'époque de sa splendeur où sa situation lui assurait une autorité de fait, supérieure à l'éloquence des mots. Sa voix manquait de force et son élocution de facilité courante ; sa parole était parfois coupée d'un bégaiement, comme s'il cherchait l'expression qui rendît le mieux sa pensée* ; souvent il s'irritait, prêt à s'emporter, puis repartait d'un ton naturel; il avait dominé sa colère qui sortait seulement par quelques traits mordants. Il n'avait pas le langage noble et cadencé qui plaisait aux assemblées de 1848 ; mais sa parole était incisive, simple, animée par la profondeur de la conviction et la volonté d'enfoncer l'adversaire, relevée par quelques pointes familières, spirituelles ou méchantes. Beaucoup d'audace et de confiance en soi ; il avait un jour soulevé un vif tumulle par des coups de boutoir, et la majorité prétendait interrompre son discours; il tira avec sérénité de sa poche un journal qu'il lut à la tribune en attendant le retour du calme'.

Ces quelques paroles avaient suffi pour le lancer; il n'en fut pas étonné, il connaissait sa force ; il n'en tira pas vanité, mais une certaine joie en constatant qu'il avait réussi « à exercer quelque influence sur une grande multitude, à gagner quelques députés du soi-disant parti de la cour et d'autres ultra-conservateurs de plusieurs provinces. — J'en profite, ajoutait-il, pour les détourner de toute évasion fâcheuse ou de tout écart malencontreux, ce que je peux faire sans être

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