‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 26 sur 179 · Baron de Friesen, Erinnerungen aui meinem Lebtn · texte numérisé non relu

Baron de Friesen, Erinnerungen aui meinem Lebtn

la Icmpôle. Il ne manquait pas d'iiilelligeiicc politique et de hardiesse généreuse. Les allures indé|)cndaiites de la Diète unie l'avait choqué, rebuté môme pour un temps; mais Tété avait dissipé son irritation; en automne il était revenu à ses hautes ambitions et s'abandonnait à l'influence du plus noble de ses amis, Radowilz. C'était quelqu'un : né en Saxe, mais depuis 1823 au service de l'armée allemande, militaire et historien, homme de sciences et de lettres, épris de philosophie et de théologie, le général de Radowilz embrassait toutes choses de haut, mais de trop haut; il n'en voyait pas les détails misérables et les nécessités pratiques ; son éloquence splendide s'étendait en périodes balancées, développait des pensées profondes, enlevait l'enthousiasme, mais elle n'apportait pas de solution aux difficultés politiques ; c'était un penseur toujours, un poète parfois, mais jamais un homme d'Etat. La Révolution de 1848 vit quelques hommes de ce style.

Radowitz avait remis en novembre au roi de Prusse un mémoire sur la nécessité de rajeunir la Confédération germanique par la création d'un tribunal fédéral, l'unité de la législation commerciale, douanière, postale, la refonte de l'armée, l'entreprise des chemins de fer. Enthousiasmé, Frédéric-Guillaume IV avait envoyé le fidèle interprète de sa pensée à Vienne pour en délibérer avec Metternich ; celui-ci, absorbé dans les négociations relatives au Sonderbund, avait opposé quelque moyen dilatoire. Le roi de Prusse, intéressé aux affaires de Suisse par Neuchâtel, sa principauté, avait remis à plus tard la question allemande et s'était préoccupé des institutions intérieures de son pays. Quelques hommes de progrès lui conseillaient une nouvelle réforme, la périodicité de la Diète unie, sa transformation en parlement à deux chambres';

1. Lettre du comte Dohna Lauck à Bodelschwingh, Treitschke, Deutsche Geschichle, t. V, p. 646.

Frédéric (iiiillaunie hésitait, manifestait ses bonnes intentions en convoquant les Délégations, remettait le reste au lendemain. Demain, toujours demain. Les peuples se lassent des vaines promesses et se rebiffent.

La campagne des banquets se transforme soudain en Révolution. Louis-Philippe est en fuite, La République est proclamée. Tout événement en France à sa répercussion sur le Rhin. Dès le 27 février, à Mannheim, une assemblée populaire expose les « revendications du peuple » : la liberté de la presse, l'armement du peuple, la convocation d'un parlement germanique. Le mouvement avance, chaque jour il gagne un Etat ; le 28, les \Vurtembergeois exhalent les mômes appels que les Badois. Les Universités s'émeuvent, rédigent de savantes pétitions. Les municipalités suivent et envoient des délégations. Les associations patriotiques s'ébranlent : des avocats, des publicisles, des professeurs se réunissent le 5 mars à Heidelberg, annoncent la prochaine fusion de l'Allemagne, nomment un comité pour préparer les voies et moyens que devra décréter un Parlement préliminaire, Vorparla)nent. Les villes d'industrie s'agitent et déjà se dessine le mouvement social qui a débuté en 1848, a été étouffé par la réaction, pour reprendre depuis lors avec puissance et succès. A Cologne, le peuple assiège l'hôtel de ville et réclame la protection des ouvriers, la garantie du travail, l'entretien des enfants. En Silésic, dans les centres manufacturiers où déjà des troubles s'étaient dessinés en 1841 ', les ouvriers remuent; à Breslau, une émeute n'est maîtrisée que par la cavalerie et dans le sang. .\ Kœnigsbcrg, J. Jacoby, chef du parti radical de Prusse, rédige une pétition pour réclamer la lijjerlé de la presse et la création d'un parlement allemand ; on accourt pour la signer,

l.G. Kaufmann, Poliliiche Geachichte DeuUchlantU im ntunzehnlen Jahrhunderl (1900), p. 310.

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les étudiants font quelque bruit et la police du zèle ; la garnison charge, les blessés sont nombreux. Le petit peuple do Neuchfttel, pratique et malin, profite du trouble général pour s'affranchir de la tutelle des Hohenzollern.

Les princes prennent peur et plient. Le roi de Wurtemberg. les grands-ducs de Bade et de Hesse, le Sénat de Francfort décrètent la liberté de la presse. La Diète est prise de vertige : le 1*' mars, elle implore « la vieille fidélité et l'intelligence mûrie du peuple allemand » ; le 8, elle décide la revision du pacte fédéral « sur des bases vraiment nationales » ; le 9, elle adopte pour couleurs fédérales les noir-rouge-or, jadis interdits, poursuivis, mis au pilori ; le 10, elle convoque les gouvernements à envoyer des délégués pour s'entendre sur la revision. On dirait qu'en une fois, la Diète voulait expier les nombreux péchés dont elle s'était rendue coupable pendant trente-trois ans envers le peuple allemand *■.

Frédéric-Guillaume IV était entraîné par ce tourbillon. L'enthousiasme, les actions de grâce, les pétitions, les délégations, les appels au Saint-Empire germanique, tout convenait à son âme vibrante, éprise du moyen âge. Ses conseillers, Radowitz, Donhoff, délégué à Francfort, homme de progrès, l'engageaient vivement à prendre la direction du mouvement allemand. Le 28 février, après délibération en conseil de gouvernement, le roi décida d'envoyer à nouveau Radowitz à Vienne pour reprendre les négociations sur le rajeunissement de la Confédération. Metternich, adouci par les événements, I acceptait de collaborer « à une œuvre de salut commun, si toutefois on peut sauver encore quelque chose- ». Il conviait les princes à S(; réunir en congrès à Dresde le 25 mars : à cette date tout fut noyé dans le grand remous. En même

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