Varnhagen. Tagebùcher, t. IV, p
2. Lettre de Frédéric-Guillaume IV à Bunsen, traduite par S'-Ren6-Taillandier. Dix ans de l'histoire d'Allemagne, p. 53 et suivantes.
Berlinois profilèrent de la douceur de l'atmosphère pour aller avec curiosité aux nouvelles; la place du ChAteau, centre des racontars, était couverte d'une foule nerveuse, vibrante, tantôt enthousiaste, tantôt inquiète, prête à acclamer ou à sifller. Sur la vive insistance d'une députation rhénane, le roi signa une patente où, au milieu de promesses admirables et qui devaient transformer l'Allemagne, il hâtait la réunion de la Diète, la fixait au 2 avril. La foule, joyeuse, pousse des milliers de hoch et appelle à grands cris son roi bien-aimé. Il apparaît au balcon ; on applaudit; le souverain se retire; on le réclame encore ; il rentre définitivement pour se mettre au travail. Ses ministres cherchent à rétablir le calme; mais Bodelschwingh a perdu son sang-froid habituel et le gouverneur militaire de Berlin, général de Pfuel, choisit ce moment critique pour vaquer à ses affaires personnelles et confie la direction des troupes au général de Prittwitz. Avec maladresse, puis avec brutalité, les soldats cherchent à dégager la place du château; la foule devient fiévreuse; quelques bousculades se produisent ; deux coups de feu partent, peut-être par accident; ce fut le début d'une débandade générale et bientôt d'une insurrection.
Dans les rues avoisinantes, les bourgeois ont entendu le bruit des détonations ; ib croient à une fusillade et les barricades surgissent. La population, môme la plus paisible, est atteinte d'une fièvre de révolte : étudiants, artistes, commerçants renversent des voitures, dépavent les rues, tendent des fils de fer; deux canons sont chargés de billes de pierre, de ferraille et de débris; les tireurs se dissimulent aux angles des rues, sur les toits, dans les recoins. Le général de Friltwitz met en œuvre toute sii force armée, 14000 hommeset30canons, conduit une bataille de rues, enlève les barricades; au matin, il est maître des principales positions.
Frédéric-Guillaume est stupéliiil de celte bourrasque subite : il erre dans son chAteau, agité, comme fou, peut-être le cerveau atteint'. Tantôt il prétend mater la rébellion, tantôt il supplie qu on suspende la répression. Tout bouillonne autour de lui : les ministres et les députations, les ofFiciers et les officieux, tous l'atteignent, l'accablent de leurs conseils. « On se serait cru dans la salle de la Bourse », a dit un assistant. A cinq heures du matin, le roi donne l'ordre d'arrêter le feu, il rédige une proclamation « à ses chers Berlinois » pour les supplier de rentrer dans le calme. Mais encore quelques barricades résistent; le brave général de Pritlwitz prend peur et conseille courageusement la fuite. Frédéric-Guillaume consulte : son frère, le prince de Prusse, réclame la résistance par la force ; Bodelschwingh, le bourgmestre de Berlin, l'évêque Neander conseillent de céder. Le roi fait appel au comte d'Arnim-Boïtzenburg, le charge du ministère, se retire avec lui et Bodelschwingh pour délibérer en secret : les deux hommes l'engagent à la conciliation et le 19 mars 1848, vers onze heures du matin, le roi de Prusse ordonne à ses soldats de quitter la capitale des Hohenzollern. Debout à une fenêtre, droit, impassible, le prince Guillaume regarde la retraite; on l'entend murmurer : « Maintenant tout est fini. »
Dans la journée, Frédéric-Guillaume constitue le nouveau ministère où les députés de la Diète de 1847 tiennent les premières places, le comte d'Arnim% le comte Schwcrin, Alfred d'Auerswald, Camphausen. Mais la foule, maîtresse de la ville, est encore irritée de sa sanglante victoire : elle s'installe dans des bâtiments meublés, décrète le palais du prince Guillaume propriété nationale, exige l'armement des citoyens.