‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 29 sur 179 · Voyez infra p · texte numérisé non relu

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2. II ne resta que dix jours au pouvoir et fut remplacé à la présidence du conseil par Camphausen.

LA REVOLUTION DE 1848 i09

On apporte devant le chAleau les cadavres des morts aux barricades, plus de deux cents civières gisent devant le balcon du roi; à grands cris, on somme le monarque de venir, de se découvrir, de descendre, de s'incliner devant ses victimes. Il obéit, il n'est plus maître de ses nerfs, et le 21 mars, comme au carnaval, il chevauclie dans la ville entouré de ministres et de généraux, d'étudiants et de vétérinaires en délire, avec des oriflammes et des couronnes en carton, pour jurer que « dès ce jour, la Prusse se transforme en Allemagne* ».

Vingt-trois ans plus tard, Bismarck faisait pareille chevauchée à côté de l'empereur d'Allemagne : mais la couronne n'était plus en carton.

11 avait appris le 11) mars au soir la révolte berlinoise par des dames qui avaient fui de la capitale dans leur épouvante \ Le roi de Prusse obéissant à son peuple ! il crut que le monde était renvers<}. Le 20 au matin, des bourgeois de la ville voisine prétendirent hisser sur le clocher de Schoniiausen le drapeau allemand. Bismarck, prévenu par ses paysans, s'empressa de faire bAtonner les audacieux, distribua à ses fidèles des armes de chasse, requit tous les fusils disponibles, fit chercher de la poudre, mit le village en état de siège, puis, ayant fait llotler sur le clocher l'orillamme de Prusse, attendit; mais rien ne vint. Il se décida à quérir l'infAme Révolution dans les bourgades voisines, mais il ne rencontra que des paysans très afl'airés et qui parlaient do marcher sur Berlin, au secours du roi ; il les encouragea dans celle bonne voie quand il rencontra un fâcheux. Ce personnage engageait les laboureurs à s'occuper tranquillement des semailles prinlanières ; Bismarck le prit de haut, menaça de faire feu sur l'outrecuidant, et sur un tel ton, que l'autre se tint coi. Gepen-

1. Proclamation du roî à son peuple. 21 mars 1848. i. Bismarck, Pensées et Souvenirs, t. I, p. 27 cl suiv.

UQ BISMARCK

danl Bismarck avait beau chercher, dans les paisibles campaj^es de la Marche, l'hydre révolutionnaire, ses efforts étaient vains. Il résolut de partir pour Berlin.

Il s'arrêta à Potsdam pour prendre les nouvelles du jour. A la gare il rencontra M. de Bodelschwingh qui fut médiocrement heureux de se trouver en compagnie d'un tel réactionnaire ; les deux hommes échangèrent néanmoins quelques mots, le hobereau pour annoncer les dispositions belliqueuses de ses paysans, l'ancien ministre pour traiter le roi de « saltimbanque », et pleurer sur les temps. Bismarck passa près d'un bivouac, sur la place publique, comme en temps de guerre ; il lia conversation avec les soldats et constata qu'ils étaient furieux de leur retraite, pleins d'ardeur pour une nouvelle bataille : il en eut quelque plaisir et bon espoir. Il arriva au chAleau, où il cherchait son ami de Roon, précepteur militaire du prince Frédéric-Charles, neveu du roi'. L'officier le mit au courant de la situation. Tous deux se rendirent à l'hôtel Deutsches Haus où le vieux général Môllendort soignait les coups et le vaillant général Priltwitzles meurtrissures morales qu'ils avaient reçus dans la nuit du 18 au 19 mars. Il les trouvèrent tout endoloris, geignant contre le souverain, sans aucun enthousiasme pour une nouvelle lutte. Bismarck leur offrit ses paysans, Prittwitz préféra « des pommes de terre, du blé, de l'argent ». De celte conversation Bismarck conclut que le roi n'était pas libre, mais prisonnier de son peuple et se mit en quéle de quelqu'un pour le délivrer.

Il pensa d'abord au prince de Prusse, mais celui-ci était introuvable, retiré dans son petit château de l'île des Paons, entre Potsdam et Berlin, à la veille de partir en exil pour l'Angleterre. Bismarck ne trouva que la princesse. A l'en

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