‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 30 sur 179 · Né en 1828, fils du prince Charles, frère du roi · texte numérisé non relu

Né en 1828, fils du prince Charles, frère du roi

croire, elle le reçut de façon désappointante, mais les récits de Bismarck sur ses relations avec les deux impératrices d'Allemagne ne doivent «Mre accueillis qu'avec beaucoup de réserve ; elle refusait d'indiquer le refuge de son mari, ne croyait pas que le roi pourrait se maintenir et tenait pour son devoir de sauvegarder les droits de son fils; avec indulgence, Bismarck en conclut qu'elle ambitionnait la régence. Déçu de ce côté, il chercha d'autre part ot se rendit auprès du prince Frédéric-Charles, élève de son ami Roon. Il lui représenta les devoirs de la « maison royale », le droit pour les princes d'agir personnellement puisque le roi n'était pas libre ; son émotion était communicative et toucha le prince ; mais celui-ci se trouvait trop jeune pour se mêler des afîaires politiques, comme un étudiant sans expérience. Bismarck se tourna vers son père, le prince Charles, mais il n'en obtint qu'une lettre pour parvenir jusqu'au roi. Le bouillant hobereau était résolu « h tenter l'impossible pour atteindre Sa Majesté ». 11 partit pour Berlin ; il y arriva à point, c'était le jour de la chevauchée héroï-comique. Pourètre conspirateur, Bismarck n'en était pas moins prudent ; depuis la Diète de 1847, son visage était connu ; il avait remarqué que des gens de mauvaise mine l'avaient suivi à Potsdam ; pour se défigurer il se fit tailler la barbe et planter sur la tête un chapeau àjarges bords, avec une cocarde aux trois couleurs allemandes, bien en vue. Mais sa haute taille, ses yeux énergiques dominés d'épais sourcils, le rendaient facile à reconnaître et dès la gare un conseiller à la Cour, vôlu en garde nationale et chargé de la quête pour les blessés des barricades, s'écria en le voyant : « Pour l'amour du ciel, Bismarck, quelle tête vous avez! Est-ce assez dégoûtant ce qu'on fait ici. » C'était bien l'avis de l'autre qui se rendit au château : mais il se heurta à une consigne inexorable, qui ne fiéchit pas devant lu lettre du

prince Charles. Bismarck dut donc se borner à envoyer au roi une lettre où il lui assurait que la Révolution était limitée aux p^randes villes etquo le monarque serait maître du pays s'il quillnil Berlin. Frédéric-Guillaume IV n'en fit rien, mais ce témoignage de loyauté dans une heure si troublée le toucha profondément et il garda longtemps cette lettre griffonnée ù la liAle, sur un méchant papier chiffonné, par un Prussien de l'ancien temps *.

Bismarck se mit à rôder dans les rues : elles lui parurent désertes, parcourues seulement par quelques troupes d'hommes en blouse qui faisaient ovation aux héros des barricades. ()uclques anonymes, qui le reconnurent, l'engagèrent t\ disparaître; d'ailleurs à Berlin, iln'avaitaucune influence, il repartit donc pourPotsdam.

Il était tenace, il tenta encore de galvaniser les généraux et de les pousser à une action personnelle, sans ordres du roi. « Comment voulez-vous que nous fassions cela ? » s'écria Prittwitz. Bismarck était assis à côté d'un piano, il esquissa le pas de charge de l'infanterie. Le général Mollendorf, ému par cette mélodie familière, se jeta à son cou en le priant d'agir lui-môme. Bismarck rétorqua qu'il était inconnu, son action serait dérisoire; il finit à force de supplications par ébranler les généraux qui se déclarèrent prêts à marcher si deux autres, Wrangel et Hedemann, les suivaient. Un ami fut envoyé à Wrangel, qui répondit qu'il ferait comme Prittwitz : cela ne le compromettait guère. Bismarck se chargea de la démarche auprès d'Hedemann, commandant à Magdebourg, mais auparavant retourna à Berlin *; il y assista à l'en-

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