La lettre ne parait pas avoir été retrouvée
2. Ce second voyage à Berlin n'est pas raconté par Bismarck, mais résulte dune lettre de Roon à sa femme le 22 mars ; Denkwilrdigkeilen von Roon, t. I, p. 167.
lorremenl solennel des morts aux barricades, toute la ville en deuil, le cortège suivi des corps de TElat, de l'Université, de r Académie, le roi au balcon, entouré de ses ministres, s'es-
uyant les yeux avec un mouchoir blanc. Tous étaient émus, fors Bismarck. Il revit le soir encore Roon à Polsdam et partit pour Map:dcbourg. Une nouvelle déception Ty frappa ; il ne put voir le général Hedemann, mais s'ouvrit de son plan de conspiration à un officier d'ordonnance qui s'empressa d'en faire part à son supérieur. Celui-ci se fâcha contre cet impor-
iin ; c'était un homme de bon sens, il fit menacer Bismarck d'une immédiate arrestation pour crime de haute trahison. Et lo Don Quichotte de la monarchie prussienne n'eut qu'à rejoindre son castel, déçu, navré, furieux.
1! raconta ses désillusions aux paysans de SchOnhausen ; ceux-ci ne le crurent pas et le soupçonnèrent de pactiser avec !*' diable. Pour les convaincre, il emmena une délégation de
iilli valeurs à Potsdam. A leur entrée dans la gare ils trouvèrent une foule considérable ; le roi arrivait de Berlin ; Bismarck voulut présenter ses paysans au souverain, mais les briives gens, pris de peur devant la majesté royale, s'enfuirent. Bismarck salua le roi, qui ne reconnut pas son fidèle, puis il se glissa dans le cortège. îl arriva ainsi au château. Les
>rficiers de la garde attendaient le souverain dans la salle de marbre ; toujours vibrant d'élocjuence, Frédéric-Guillaume IV l»'ur adressa un discours 'que Bismarck écoutait abasourdi. Dans un pèle-môle extraordinaire, le roi parlait de la grandeur de l'Allemagne, du désarroi à Berlin, des devoirs de l'année, des sacrifices de la Couromie, mais, comme un leitmotiv^ revenait sans cesse une phrase : « Je n'ai jamais été plus libre ni plus en sûreté à Berlin que depuis le départ des troupes. »
I (icriach, DenkwUntigkeilen, l. I, p. 148.
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Les officiers le prirent mal, et « des murmures et un cliquetis de sabres se firent entendre, tels qu'aucun roi de Prusse n'en a jamais entendu, et n'en entendra jamais au milieu de ses officiers* ». Ce spectacle dissipa les dernières illusions do Bismarck. Il rejoignit ses paysans et, l'ûme meurtrie, retourna à SchOnliausen.
II. — Tout le royaume était dans le désarroi ; à Kœnigsberg, h Aix-la-Chapelle, à Trêves, éclataient des émeutes à la mode de Berlin avec barricades et fusillades. Dans la province de Posen se préparait une formidable insurrection qui devint bientôt maîtresse d'une partie du pays ; les troupes prussiennes, obligées d'abord de battre en retraite, reprirent l'offensive, mais avec difficulté et ne purent écraser leurs adversaires qu'après deux mois de lutte, des sièges en réglé, des combats de forêts et de sanglantes représailles. Le trouble était le même dans toute l'Allemagne. Dans le grand duché de Bade, deux patriotes avaient soulevé une insurrection pourréclamer la république. Dans les duchés danois, Kiel était en révolte; un prétendant, le duc d'Augustenborg, s'emparait de la citadelle et appelait la Prusse à l'aide ; Frédéric-Guillaume IV espérait fournir à son peuple une diversion patriotique et envoyait quelques troupes ; pendant le cours du printemps, l'affaire s'envenima, aboutit à des combats entre les troupes prussiennes et hanovriennes et fut close provisoirement en juillet et août par les armistices de Malmoë. Cependant le 31 mars se réunissaient à Francfort, en Vorparlement, des députés et citoyens notables de toute l'Allemagne, pour préparer les voies de l'empire futur : ce fut une réunion pompeuse, émouvante, abondante en discours, bien dans le st^le de l'année.