Déclaration ministérielle du 22 septembre
aux généraux une circulaire où il déclarait « ne pas souffrir de tendances réactionnaires ». Mais ces excellentes intentions étaient mal prises par les partis extrêmes ; la Chambre considérait le cabinet comme un suppôt de la réaction ; les officiers jugeaient Pfuel « un homme d'allures louches, toujours disposé h des concessions injustes ' »; Bismarck l'appelait tout carrément un traître et un castrat ".
Après quelques jours de tranquillité, la situation s'était d'ailleurs assombrie. Vienne était en insurrection et les deux capitales sœurs ont toujours influence Tune sur l'autre. La démocratie viennoise avait pactisé avec les Magyars révoltés et s'était opposée au départ des troupes pour la Hongrie ; le ministre de la guerre, Latour, avait été arraché de son hôtel et pendu à un réverbère; l'empereur s'était enfui à Olmtilz; ^^'indischgraelz massait des troupes autour de Vienne pour dompter les rebelles. A Berlin les débats sur la constitution commençaient par des orages ; le Parlement choquait comme à plaisir les convictions du roi, se perdait dans des discussions fiévreuses et sans fin ; la rue s'agitait à nouveau ; le 1 3 octobre, Bismarck assistait à une émeute, la garde bourgeoise chargeait contre les ouvriers du canal et plusieurs restaient à terre ; le i6, les ouvriers brisaient une machine pour se venger et faisaient des barricades; la garde ripostait à coups de feu, on relevait sept morts et de nombreux blessés. L'extrôme gauche fulmine, réclame le châtiment des cou[)ables, et comme l'Assemblée refuse de la suivre, la foule outrage les députés à leur sortie; l'un d'eux est menacé de pendaison, on lui montre gentiment la corde à ce destinée. Le bombardement de Vienne surexcite encore les démocrates berlinois. Leur raisonnement est précis et juste : « Si la réaction triomphe à Vienne, nous la
t Roon â Fischer, iâuctobre 1818. Itoon's UenktiOrtligkeiten, t. I.p. â08. i. Bismarck à son frère, i ci 10 novembre I8i8. Hiitnarckbriefe, p. 68-69.
verrons dans quinze jours répéter le même jeu à Polsdam et à Berlin'. » Ils proposent donc de venir à la défense des frères viennois, mais la majorité se contente de réclamer l'intervention du pouvoir central de Francfort. Une nouvelle émeute éclate dans la rue ; les députés de droite sont brutalisés ; le Président du Conseil, Pfuel, est menacé et ne doit son salut qu'à l'intervention d'un député de gauche, Georges Jung. I Une fois encore, la licence tuait la Liberté.
Le 31 octobre, Vienne était reprise ; les chefs de la révolte étaient exécutés ; un député du Parlement de Francfort, venu j)our apporter aux rebelles les encouragements de la démocratie allemande, Robert Blum, était fusillé -. Le 1" novembre, Pfuel donnait sa démission. La camarilla avait prévu son départ et préparé son remplacement.
Pendant tout le mois d'octobre, le groupe féodal avait agi sur le roi. Frédéric-Guillaume était dans une colère continue et le lu octobre il avait accueilli le bureau de l'Assemblée par une apostrophe virulente : « Vous ne laissez aucun droit intact, vous avez porté atteinte à mon droit, à la couronne que je tiens de Dieu; vous voulez m enlever mon droit divin ' .» 11 était donc disposé à l'action. 11 fallait un homme pour la conduire.
Dès le commencement d'octobre, Gerlach avait pensé au général comte de Brandenburg. Fils de Frédéric-Guillaume III et de la comtesse de Stolberg, oncle du roi, militaire dans l'âme, Brandenburg était un homme calme, de sang-froid, de sens rassis, ami de l'ordre par caractère et origine, mais sans exagération. Il ne manquait pas d'un certain patriotisme
1. Le député d'Elsnerà l'Assemblée nationale le 31 octobre 1S48.