‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 39 sur 179 · J. Frôbel, Ein Lebenslauf (1890), t. I, p. 210 et suiv · texte numérisé non relu

J. Frôbel, Ein Lebenslauf (1890), t. I, p. 210 et suiv

3. Oncken, Das Zeilalter des Kaisers Wilhelin I. p. iT9. Ans dem Lelu-it des Gênerais von Brandi, t. IH, p. 268.

allemand, mais il ne voulait pas amoindrir les droits de la monarchie prussienne. Il s'était signalé au parti conservateur par sa vigueur à réprimer les journées de mars i\ Breslau où il commandait le corps d'armée, et la camarilla espérait qu'il materait de pareille façon la démocratie berlinoise. Gerlach se rendit donc le 1 octobre à Breslau pour lui offrir le pouvoir : Brandcnburg repartit avec beaucoup de simplicité qu'il ne savait pas s'il en était capable, et se fit exposer la situation politique; il demanda ensuite vingt-quatre heures de réflexion; le lendemain il écrivit qu'il se mettait h la disposition du roi'. Les négociations sur la formation du cabinet se traînèrent pendant tout le mois d'octobre. Le parti féodal n'était d'ailleurs pas pressé, il attendait que l'Assemblée se mit, par ses e.xcès, sufTisamment dans son tort pour rendre naturelle Tinter\'ention du roi. Brandenburg pensait d'abord fi choisir ses collègues parmi les députés et Gerlach lui indiquait quelques membres de la droite, dont la conduite présentait les garanties nécessaires. Mais ceux-ci déclinèrent les propositions qui leur furent faites. Brandenburg se contenta de fonctionnaires et de militaires. Il était lié avec un directeur au ministère de l'Intérieur, Otto de Manteuffel ; il lui demanda d'être son principal collaborateur ; le choix était assez bon. Manteuffel avait parcouru tous les échelons de la carrière administrative, il y avait acquis la connaissance des hommes et des affaires, mais en conserva toujours une certaine timidité de « sousordre »), et pendant les dix années de son gouvernement fut plutôt un premier commis de la politique qu'un homme d'État ; comme Brandenburg, il était homme d'ordre, mais sans férocité , il avait conservé, en gémissant, sa direction depuis les journées de mars; il appelait de ses vœux \>' r< f.>in- <!.' l'au-

1 Gerlach, DenkwQrdigkeiten. T et 8 octobre 1848, I. I, p. îil-JIf.

lorité. Brandenburg, étranger aux difïicullés parlementaires et ministérielles, désirait vivement l'avoir pour « cornac », mais Mantcuffcl hésitait, craignant une conflagration générale'. A la demande de Brandenburg, Bismarck l'endoctrina et parvint à le décider « en lui rendant compte des mesures de sûreté prises pour assurer la sûreté personnelle des ministres ».

Quelqu'un pensa à Bismarck pour l'inscrire sur une liste ministérielle ; le roi raya son nom et, s'il faut en croire l'intéressé lui-môme, écrivit en marge cette annotation : « Ne pourra être ministre que si la baïonnette doit être maîtresse absolue". » Il importait, en effet, de ne point appeler au ministère des « réactionnaires rouges » dont le nom seul était un programme. Gerlach écarta de lui-même son frère, qu'on proposait pour le ministère de la Justice ^. L'attitude de Bismarck aux Diètes de 1847 et 1848 avait été telle que son arrivée au pouvoir eût fait scandale. Le roi préféra des noms moins significatifs, Ladenbcrg, Kiihne, Kisker ; le général de Strotha, appelé au ministère de la Guerre, s'y rendit avec une discipline toute militaire; Bismarck se chargea de lui enseigner la tactique parlementaire et de lui procurer un habillement civil.

Ces pourparlers n'avaient pu rester secrets ; ils étaient connus à l'Assemblée, et les députés se doutaient que la cmnarilia n'intriguait pas pour développer les libertés parlo-

1. Unter Friedrich Willielm IV. Denkwurdigkeiten des Minislers Otto von Manteu/fel, heraiisgegeben von Poschinger (1901), t. I, p. 21 et suiv.

'2. C'est ce qu'aurait raconté le général de Gerlach à Bismarck même. Pensées et Souvenirs, t. I, p. 66. D'après un diplomate autrichien, Vitzthum d'Eckslàdt {Berlin und Wien, 1845-1852 (Stuttgart. 1886, p. 247), la note du roi eût été plus énergique : « Réactionnaire rouge, sent le sang, à employer plus tard ». Mais Vitzthum tenait ce récit d'un inconnu et n'a pu le contrôler.

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