‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 41 sur 179 · L'iiruh. Erinntruiujen, p · texte numérisé non relu

L'iiruh. Erinntruiujen, p

t. Uii^rnarck û son frt-n*, i novembre 1848. BUmarckbnefe, p. 68.

:;. Bismarck u sa fcmn»*, novembre* 1848. Briefe an Braut und Galtin, p. 1 1 7.

Avec un calme parfait, le général lut un ordre royal qui constatait les désordres de la rue et les empiétements de l'Assemblée ; le souverain ajournait donc la Chambre au '21 novembre et la convoquait pour ce jour à Brandebourg-. Et, avec sérénité, le comte invita les députés à quitter la salle. Ce fut un beau tumulte ; la droite se leva et suivit le ministre, la gauche entra en fureur, suspendit la séance, la reprit le soir, se déclara en j)ermanence, pesta et tempêta. Mais le ministre était décidé à l'action et le 15 au matin, le général W'rangel, superbe, narquois, chamarré de tous ses ordres, familier et blagueur, amenait ses troupes par les Tilleuls devant le Tiiéâlre royal. Le commandant de la garde bourgeoise, Rimpler, esquissa une inutile protestation. Wrangel s'assit sur une chaise et donna quinze minutes à l'Assemblée pour se dissoudre. Il n'y avait pas à résister ; avec une calme dignité, les députés sortirent deux par deux, leur président en tôte.

Et Bismarck n'était pas content. Il reprochait à Wrangel d'avoir « négocié avec la garde bourgeoise pour la décider à se retirer de son plein gré. C'était une faute politique, ajoutat-il plus tard, s'il y avait eu la moindre petite affaire, Berlin n'eût pas capitulé, il eût été pris de vive force et dès lors le gouvernement se fût trouvé dans une situation toute autre ' ». Le parti féodal, en effet, espérait mieux, il comptait avoir ses journées, comme à Vienne et dans les lettres de Bismarck perçait l'espoir « qu'il faudrait arracher les députés du Théâtre », que « cela ne se dissiperait pas sans un conflit ». Les junkers étaient déçus de n'avoir pas bomb£u*dé Berlin, à la mode créé par Windischgraetz à Vienne. Brandenburg et Wrangel se montraient vraiment trop concihanls.

i. Bismarck, Pensées et Souvenirs, l. I, p. 69. Lettres de Bismarck u ^dii frère et à sa femme, du 10 novembre 1848. Loc. cit.

Leur mansuétude était pourtant relative. Les députés de gauche avaient continué à se réunir on Parlement séparé, Rumpfparlamejit , et voté le refus de l'impôt. Wrangel leur envoya un piquet de troupes pour les dissoudre et les pourchassa jusque dans les cafés. L'état de siège était proclamé. Les clubs étaient fermés, dans un seul on arrêtait le président et 48 personnes pour les traduire en conseil de guerre. La garde bourgeoise était désarmée. La ville regorgeait de troupes : les soldats « brûlaient » d'ardeur. Bismarck s'attendait chaque jour à quelque émeute, tout au moins, le 14 novembre, à une « musique de chats » pour l'anniversaire de la reine ; mais Berlin était assez calme ; des protestations et des pétitions circulaient ; quelques attroupements se formaient, vite dissipés ; dans les quartiers ouvriers, à la sortie des ateliers, quelques cris étaient poussés, promplement étouffés par d'énergiques arrestations. Gomme l'écrivait joliment Bismarck, « les gens faisaient plus avec leur bouche qu'avec leur fusil' ». Un sentiment de lassitude avait envahi la population berlinoise : neuf mois de discours, de manifestations, d'émeutes, de barricades avaient produit une fatigue générale ; on aspirait à Ja tranquillité.

11 en était de môme en province : dans de rares villes, les clubs, la garde bourgeoise parlaient de marcher sur Berlin; le ministère avait des arguments frappants pour les calmer. Presque partout régnait une complèlo indifférence. Dans plusieurs districts, les paysans, habiloniont travaillés parles hobereaux, s'agitaient en faveur do la monarchie, offraient de courir sus à la Révolution, envoyaient des délégations à Potsdam pour affirmer leur loyalisme et proposer le secours de leurs fauLx et de leurs vicu.x fusils. Le roi les recevait

I. Bismnrck à sa femme, IS novembre 1848. Briefe an teint Braul und (ialtin, p. liU.

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Uô BISMARCK

avoc reconnaissance, leur donnait de belles paroles, son meilleur malaga, et les renvoyait avec sa bénédiction.

Frédéric-Guillaume IV était un autre homme depuis qu'il avait pris ses décisions par la volonté de la camariUa. Il avait relevé la tête, il avait complètement oublié la chevauchée du 21 mars, il se souvenait de sa mission divine. Le 15 novembre, Bismarck dînait à sa table ; après le repas, le roi l'entraîna dans sa chambre et lui tint un long discours en le priant do répandre la bonne parole : il avait la ferme intention d'exécuter ses promesses sans aucune réserve, mais il était décid«'' à maintenir intacts les droits de la Couronne, « tant qu'il posséderait encore un soldat et un pied de terre prussienne ; on avait douté de lui à cause des événements écoulés pendant les sept derniers mois ; mais on devait l'en croire, tout essai d'intervention ou de revirement, tout changement dans sa conduite, aurait précipité le pays et lui-même dans les abîmes de l'anarchie' ». Bismarck approuvait, croyait h. un retour de la bonne vieille autorité sans contrôle. Un avenir prochain devait lui montrer que le roi était sincère quand il parlait de remplir ses promesses de constitution.

Le 27 novembre, l'Assemblée nationale se réunit à Brandebourg ; mais elle n'était pas en nombre pour délibérer et s'ajourna. Le l" décembre, 80 membres de la gauche parurent, mais pour disparaître presque immédiatement. Les députés de droite attendirent fidèlement. Le 5 décembre, le gouvernement dénoua la situation avec éclat.

Manteufîel avait du sens politique ; il avait regardé avec calme le cours des événements, il avait compris leur gravité, la durée de leurs conséquences ; un mouvement d'une pareille ampleur laisse des traces dans un pays ; le traiter par

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