Gerlach. Ifrnkuaaligkeiten. 7 février I8i9. t, 1. p.iifj
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Dans les grandes lignes, ce programme élail bien conforme aux opinions de Bismai'ck qui allait ôlre pendant deux ans le champion du parti féodal. Sa naissance et son éducation première, ses années de retraite à la campagne et la secousse di' ISiHlui avaient inculqué le culte de la monarchie autoritaire, le respect de la hiérarchie traditionnelle, un patriotisme exclusivement prussien, l'horreur de la Révolution ; il poussait ces sentiments jusqu'au paroxysme, écartant les yeux fermés tout ce qui n'y était pas strictement conforme. Pour lui donner des idées plus larges, il faudra des années de lutte parlementaire et diplomatique, l'usage et l'expérience des grandes affaires ; et sur son vieux fonds de féodalité il brodera les variantes d'un modernisme intense.
Le roi ouvrit en personne la session des Chambres le 26 février 1849 dans la Salle blanche du château. Il était dans un jour heureux et son discours refléta son optimisme. Louangeur de ses propres actions, il légitima avec enthousiasme sa conduite envers la précédente assemblée et approuva fort la constitution qu'il avait octroyée; il reconnaissait néanmoins la possibilité d'une revision, promit aux députés de leur soumettre la question de l'état de siège et les budgets annuels. Sans rien préciser, il se déclara favorable à « l'union plus intime des Etats allemands en un État fédératif. » En résumé, il entonnait le cantique de la paix et de la concorde, sur un mode moyen, sans éclat ni noie discordante.
Dès les débuts, il apparut que l'assemblée contenait d'excellents éléments, mais disparates et sans cohésion, comme des morceaux de mosaïque sans ciment. 11 y avait bien une opinion moyenne, ce « juste milieu » qui faisait la terreur de Gerlach, de royalisme modéré, de tendance libérale, d'esprit allemand. Mais il n'y avait pas de direction, de marche coni-
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imine ; on trouvait un groupement de particuliers plutôt qu'un parti môme. Vincke, qui prit rapidement dans la seconde (Chambre le rôle de premier ténor', n'arriva pas à rôuiiiili*s dL'|)utés de son avis en une masse commune. Ils s'émietlaient en petits groupes et votaient au hasard ; les décisions ^c prenaient à la majorité d'une ou deux voix, et rien à l'avance ne permettait de prédire quel en serait le sens, car chacun ignorait sa propre opinion. A droite, la « contreupposilion » organisée par la caniarilla jouait bruyamment son rôle, et intervenait à grand fracas dans chaque délibération ; mais elle était trop restreinte et d'opinion trop cxlrénuï pour prétendre au pouvoir. Le ministère était donc conti'aint de louvoyer pour naviguer, et on pouvait prévoir qu'en raison des incertitudes de celte Chambre, il finirait par la dissoudre -.
Bismarck prenait au sérieux son rùle de député ; il ne man- <juait pas à une séance, et avant d'intervenir en personne, il étudiait soigneusement son terrain. Pour suivre plus aisément les débats parlementaires et les intrigues extra-parlementaires, il avait quitté Schonhausen et avait installé son ménage en commun avec celui de sa sœur. M"'" d'Arnim, dans un élégant apj)artement de la Willielmslrasse, presque en face du ministère où il habita si longtemps''. Il était assidu à la seconde Chambre, aux réunions de son groupe, et aux duiers patriotiques. Il surveillait attentivement les débats pour parler à son hfMin*. o( se bornait ii do< ini.Mrupliofis
I Uerlach. DenkwUrdigkeileu. 2 uvril 184'.). t. I, p. 307.
■-. Unruh. Erinnerungen, p. iH.
3. Bismarck à sa femmo, 29 mur» 1840. lirieff an srine Ihatil und lialtin, I». Ii8 ri suiv. Diiu.s celte U;llr»î pcrco pour la pri'mitrr fois un siMitimcnl lie limiditù de UiMtiiurck cnverH »a femme. <pii reparaîtra à nombreuses reprises pendant les années suivante». Cp. infra, p. 301).
l.iS BISMARCK
|)Our prolesler contre la « lâcheté » des tribunaux et de Tadministralion, ou la « grossièreté » de ses adversaires.
Confoi'mément î\ la mode du temps, la Chambre délibérait sur l'adresse en réponse au discours du trône, et c'était l'occasion pour les députés d'exposer leurs opinions sur toutes choses politiques ou autres. A la demande de Waldeck, un des chefs de la gauche, la Chambre examina la question de l'état de siège qui pesait sur la capitale depuis le mois de novembre : l'opposition demandait sa main levée immédiate, Bismarck prit la parole le 21 mars pour combattre cette proposition.
Son discours* est un long cri de fureur contre les événements de 1848, dont il ne voit que les excès. 11 conteste les inconvénients de l'état de siège, il critique la liberté de la presse et le droit de réunion « qui forcent le gouvernement à être constamment sur le pied de guerre. Nous l'avons vu l'été dernier quand, ù Berlin, le feu de la politique des rues était activé par le souflle de la presse à placards et les clubs ; alors se produisirent des scènes qui comptent parmi les plus ignominieuses dans l'histoire de Prusse, et contre lesquelles les lois se montrèrent impuissantes. » A l'en croire, cet esprit d'insurrection n'est pas anéanti, à peine assoupi et pour en convaincre la Chambre, Bismarck récite les chansons composées pour l'anniversaire du 15 mars :
Nous teignons bon teint,
Nous teignons bien,
Nous teignons avec le sang des tyrans.
Le seul devoir de la Chambre est donc « d'exprimer au ministère sa reconnaissance de ce qu'il a protégé notre liberté par des mesures exceptionnelles ».
i. Bismarck, Député, p. 85 et suiv.
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Le lendemain il aggravait encore ces déclaralions et prenait plaisir à développer à l'outrance la profession de foi du campagnard prussien. Le parti progressiste demandait l'iimnistio pour tous les crimes et délits politiques commis depuis le 18 mars 1848. Le député de Brandebourg se lève pour contester la compétence de la Chambre. A son avis, Tamnistic est un privilège de la couronne, qui doit l'exercer spontanément et en toute indépendance ; un vote de la Chambre transformerait en une charge imposée ce qui ne peut être qu'un libre droit. Cette amnistie, d'ailleurs, doit être repoussée, car elle ébranlerait profondément le respect de la loi. Et, se tournant vers ses adversaires, Bismarck leur lance cette aj)os(roplie : « Par de tels discours, vous répandez dans le peuple l'opinion que le droit public repose tout entier sur les barricades, que chacun à qui une loi déplaît ou qui la trouve injuste, a le droit de la tenir pour non avenue, que chacun est en droit de réunir une troupe suffisante pour intimider un gouvernement faible, ou, si ce gouvernement résiste, pour le renverser au moyen de barricades. » Cette amnistie, enfin, il la faut repousser au nom môme de l'humanité, car elle faciliterait de nouvelles insurrections ; le soldat, étonné de refaire toujours les mêmes prisonniers, les passerait par les armes. « Et la sentimentalité larmoyante de notre siècle, qui voit un martyr dans chaque rebelle fanatique, dans chaque individu • mbauché pour combattre sur les barricades, fei-a verser plus de sang qu'une justice ferme et sévère ne |t()iirr;iil Ir faire'. »
Il faut le reconnaître, ces discours étaient d'une argumentation un peu grosse et d'une politique très simpliste. Sans se préoccuper des causes de la grande lévolulion et des
1. Bisniurck à la seconde Chambre, 22 mars 18(9. Bismarck- Dt'puté, p. 9t ri stiiv.
besoins nouveaux, Toraleup affirmait la turpitude de la première et niait les seconds; il ne répondait guère au danger des barricades que par des arguments en coups de bAton, mais parfois sonnait une phrase où s'essayait déjà le futur chancelier de fer. Parlant de l'antagonisme des principes de liberté et d'autorité, il ajoutait : « Sur ces principes, ce n'est point par des débats parlementaires, des majorités de onze voix qu'il est possible de décider; tôt ou tard, dans cette lutte, le Dieu qui préside aux batailles doit jeter le dé d'airain de la décision. » Et ces mots présagent déjà « le fer et le feu » qu'il emploiera de 1863 à 1871.
Malgré leur fougue pittoresque et leur conviction passionnée, ces discours n'avaient aucune influence sur la Chambre. Dans les deux débats, elle heurtait les convictions de Bismarck en réclamant l'amnistie et proclamant l'illégalité de l'état de siège. Bismarck n'en gardait pas rancune à ses collègues ; il savait par avance que son avis ne serait pas écouté, il l'émettait par devoir de fidéhlé à la royauté, et se liait ensuite avec qui lui plaisait. 11 trouvait ses coreligionnaires de la droite gens vertueux, mais gourmés et ennuyés, et préférait causer amicalement avec les députés de gauche, plus vivants et personnels. Ses adversaires le tenaient « pour un gaillard qui a le diable au corps' », mais plaisant par l'originalité de ses saillies, son franc caractère, ses allures de bongarçon ^ El ils échangeaient gaillardement des paris sur leurs destinées probables.
Mais ces débats de politique intérieure pâlirent bientôt devant deux questions extérieures : l'une paraissait très inquiétante au premier abord, la guerre avait repris avec le Danemark