‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 45 sur 179 · Unruh. Erinnerungen, p · texte numérisé non relu

Unruh. Erinnerungen, p

qui avait dénoncé Tarmistice de Malmoti; mais bientôt les Danois furent contraints de se replier vers le Nord et dans les Iles, et surrintcrvenlion du tzar Nicolas, un nouvel armistice fut signéen juillet I8i0. L'autre question soulevait les passions de TAllemagne entière : le Parlement de Francfort offrait à Frédéric-Guillaume IV la couronne impériale.

11. — Une année s'était écoulée depuis la réunion du Parlement préparatoire à Francfort ; un an d'enthousiasme, c'est beaucoup, les meilleurs s'en lassent. L'idée allemande avait passé par des moments difficiles. Pendant les journées de mars, le roi Frédéric-Guillaume l'avait adoptée ti grands cris, il avait brandi le drapeau tricolore lors de la chevauchée héroïque et promis à son peuple de se coiffer de la couronne qu'un honnête vétérinaire portait dans son cortège. Mais cette couronne n'était qu'en carton et le monarque s'en était aperçu en se retirant à Potsdam ; dans le château de Frédéric II, sous la coupe de la camarilla, entre le sévère Gerlach et l'austère Rauch, il était rentré en lui-môme, et avait maudit ce qu'il avait adoré; parfois le démon révolutionnaire l'avait possédé à nouveau, comme en pleine cathédrale de Cologne, où il s'était écrié : « L'unité, c'est ma pensée de toutes les heures, c'est la constante préoccupation de mon âme '. » Mais Gerlach et Rauch veillaient pour éteindre ce feu dangcreu.x. Les difTicultés de la polili(jue intérieure, les exagérations de l'Assemblée prussiciuie, les secousses de novembre, avaient réagi sur la politique étrangère du roi, l'avaient poussé dans une voie de réaction générale, lui avaient insufflé un besoin de recul en toutes choses.

1. Dixdursdc PrHéric-Gtiillaumc IV aux fôlcs de l'inauguration de la

cnllu'dnilc h ColoRni', aortl 1848.

MAtrm. — bi»ro«rck. I. — 11

iftS BISMARCK

Son frère, le prince de Prusse, avait suivi une voie inverse : les excentricités du roi en mars l'avaient douloureusement stupéfait; il était parti pour Londres plein d'amertume, il en était revenu fervent réactionnaire ; mais, s'il était épris de discipline gouvernementale, il avait néanmoins du patriotisme allemand; sous l'influence de la princesse et de Dahlmann, il avait admis la nécessité d'une fusion plus étroite des peuples germaniques. A la Cour, son opinion était partagée par d'aucuns, et le ministère était divisé : Brandenburg reconnaissait le besoin d'une certaine unité allemande ; ManleufTel, qui avait la vue plus courte, tenait pour très suffisante une forte administration prussienne, avec de bons présidents de province, kreisdirectoren et landràlhe, tous en sa main. Dans le pays, la grande majorité parlait de la vieille Allemagne, avec des réminiscences d'Othon le Grand et de Frédéric Barberousse, et se prononçait pour la renaissance de l'Empire sans bien comprendre comment elle se ferait. La noblesse terrienne redoutait dans tout changement la perte de ses privilèges et se cramponnait au présent, l'Etat prussien, par ignorance du lendemain, l'Empire allemand : Bismarck était un fidèle représentant de ce parti.

Les petits Etats désiraient sincèrement la fusion des trenteneuf parcelles allemandes en une seule nation : les peuples, parce qu'ils avaient ambition de figurer parmi les grands États de l'Europe; les princes, parce que leur situation présente était si mince qu'ils n'avaient rien à perdre dans la formation de l'Empire. Un homme de haute allure, le duc Ernest de Saxe-Cobourg-Gotha, prenait la direction de ces tout petits, et cherchait à vaincre les hésitations de Frédéric-Guillaume IV. « Votre Majesté, lui écrivait-il, est destinée par la divine Providence à assurer à la patrie allemande un sort plus heureux... C'est la seule façon pour l'Allemagne d'obtenir

une unité plus étroite, d'assurer ses progrès politiques à l'extérieur et sa liberté à l'intérieur'. »

Les quatre rois, au contraire, tenaient essentiellement à leur indéj>endanee ; à Munich, à Stuttgart, à Hanovre et à Dresde, ils faisaient figure de souverains et, selon l'expression de M. de Beust, ministre en Saxe, ils ne voulaient pas « compromettre leur existence* ». Mais ils devaient tenir compte de l'opinion publique qui se prononçait dans leurs Parlements en faveur de l'unité allemande; ils avaient donc fait mine d'approuver le mouvement national, et entretenu des relations cordiales avec le Parlement de Francfort. Ils désiraient aussi ménager la Prusse qui était en Allemagne l'élément fort, et pourrait les secourir en cas d'insurrection. Ils souriaient donc agréablement aux efforts du duc de Gotha, et ne se refusaient pas à envisager la possibilité d'un empereur qui siégerait à Berlin : mais, selon eux, la chose méritait un examen long, très long, si long que l'Autriche aurait le temps d'intervenir.

A Vienne, un homme d'audace faisait front à la Révolution. Le prince Félix de Schwarzenbei^ avait des idées nettes et fortes, aucun préjugé, une volonté de fer ; il ne daignait rien comprendre aux revendications sociales ou nationales; son esprit hautain voyait les hommes très petits, fort méprisables, bons à conduire à la baguette ; il regardait juste, marchait avec fermeté, profitait de toute faute de ses adversaires; il remontera l'Autriche avec une promptitude qui tiendra du miracle, mais pour un temps, jusqu'au jour où se desserrera sa poigne d'acier. Pour le moment, il écartait le vieil empereur cl le remplaçait par un jeune honirac qui serait souple

1 Duc de Cnbourg A Frédéric-Guillaume iV, t4 janvier 1849. Krost von Coburg .-li/.t mtinrm Lebetiy t. I, p. 3Î7. 2. B«Misl, Mriiioires. l. I, p. 59.

en sa main; le 5 décembre, Ferdinand abdiquait en faveur de son neveu, François-Joseph. L'insurrection de la capitale était réduite ; la guerre avait repris en Lombardie, le Piémont était écrasé ù Navare, Venise était étroitement bloquée ; les forces autrichiennes se tournaient entières contre les Hongrois. Elles ne suffiraient pas, Schwarzenberg ferait appel h la Prusse et tout serait dompté.

Le moment approchait donc où le gouverncmonl impérial serait son maître dans ses propres Etats et pourrait intervenir à nouveau en Allemagne. Il lui fallait gagner du temps, pour éviter qu'une résolution définitive y fût prise, et pour maintenir un provisoire qui permît un retour au passé. Temporiser, c'est l'alphabet de la diplomatie ; à la fin de l'année 1848, la cour de Venise engage avec le gouvernement prussien une partie de raquettes politique où les dépêches jouent le rôle de volants : les notes diplomatiques vont et reviennent pendant quatre mois '. SchAvarzenberg excelle à cet exercice, il ne compromet rien et réserve tout.

Et pendant une année de troubles et de fièvre, de révolution et de réaction, d'espérances et de déceptions, le Parlement de Francfort délibérait. Le 18 mai 1848, il s'était constitué dans un bel élan d'enthousiasme ; il avait appelé au pouvoir provisoire un prince vaguement teinté de libéralisme, l'archiduc Jean ; un ministère provisoire s'était installé et avait organisé un gouvernement non moins provisoire ; mais quand l'Assemblée avait voulu quitter tout ce provisoire pour constituer un État définitif, elle s'était heurtée à de telles difficultés qu'elle avait renvoyé le tout à une commission. L'été avait passé ; le Parlement avait discouru sur maintes choses, la question danoise et l'armistice de Malmo(î, les affaires de

1. Ces notes dans Klûpfel, Geschichte der deulschen Einheilsbestrebungen bis zu ihrer ErfUllung 1848-1871, t. I, p. 73 et suiv.

Prusse et la National Versammlitng, la Pologne, la Hongrie, l'Italie. Mais le provisoire demeurait.

La difTlculté d'en sortir était grande et tenait à la composition môme du Parlement aussi variée en couleurs, aussi nombreux en fractions que la carte môme de la Confédération germanique. Les partis y avaient des nuances infinies : si le pur socialisme n'y était pas représenté, il y avait des démocrates, comme Robert Blum, qui allait porter la bonne parole aux insurgés de Vienne; des radicaux comme Karl Vogt; une grande masse de libéraux dont plusieurs provenaient des Diètes prussiennes, Vincke, Beckerath ; des conservateurs modérés comme le comte d'Arnim, l'ancien ministre de Frédéric-Guillaume IV, des royalistes de droit divin, avec le prince Lichnowsky, victime de l'insurrection de septembre. La géographie y jouait un rôle aussi important que la politique : car les députés de l'Autriche, orgueilleux de la suprématie impériale, ne pouvaient avoir môme opinion que les Prussiens du Hhin, atteints du souflle français et partisans de l'unité allemande ; les représentants de la Bavière, jaloux de leur indépendance, différaient des envoyés des petites principautés, inspirés par le |)alriotisme national. La religion y jouait son rôle, car le roi de Prusse attirait les protestants et l'empereur d'Autriche les catholiques, tandis que l'cxtrôme gauche voulait un état neutre en matières religieuses.

Pour conduire une assemblée si disparate, la fondre en un ensemble homogène, il aurait fallu un homme de liante envergure, aux qualités les plus diverses, d'esprit délié et de volonté ferme, sachant attendre, puis bondir, apte aux négociations les plus subtiles comme ù l'action la plus prompte. De tels génies se trouvent parfois : Richelieu et Fredéric II furent de ce modèle. La Hévolulion de 1848 eut ses grands hommes, \ nobles intelligences, cœurs généreux, lèvres éloquentes, dont

Lamartine est le spendide représenlanl; mais par malheur, elle n'eut pas ses hommes d'Étal; il ne s'en trouva qu'un alors, ! mais pour la combattre : Schwarzenberg. Le Parlement de Francfort eut à sa tête un patriote zélé et dévoué, éloquent et persuasif, Henri de Gagern ; premier ministre en Hesse- Darmstadt, il avait pris dès 1847 la direction du mouvement unitaire, et en mars 1848 il avait conseillé (i Frédéric- Guillaume IV de revendiquer la couronne impériale ; ces démarches l'avaient mis en relief, le Parlement de Francfort l'avait élu comme Président; le choix n'était heureux qu'à demi, car Gagern avait de l'impartialité, mais il manqua d'autorité et laissa l'Assemblée se perdre dans d'infinies controverses. En parlant trop, le Parlement manqua l'heure rare où les peuples dictent leurs volontés aux rois.

11 faut le reconnaître, les difficultés de réunir les parcelles germaniques par un lien constitutionnel étaient grandes et tenaient aux mêmes raisons qui morcelaient l'Assemblée? Fallait-il comprendre l'Autriche dans l'Empire allemand? Devait-on étendre l'Etat germanique môme aux provinces slaves ou magyares? Gomment concilier l'unité avec les intérêts particuliers des États et des dynasties ? Toutes questions brûlantes, âprement disculées, presque insolubles.

Les débats sur la Gonslilulion commencèrent au mois d'octobre ; un comité avait préparé un projet dont les députés ne votèrent à cette époque qu'une disposition, mais elle était essentielle : l'exclusion de l'Autriche, adoucie par une alliance, qui, selon le mot d'Uhland, n'était « qu'un adieu fraternel ». C'était assurer la couronne impériale au roi de Prusse.

Désormais l'Assemblée met tout en œuvre pour gagner Frédéric-Guillaume IV. Le moment est mal choisi : en lutte avec son propre Parlement, féru de réaction, sous la coupe de la camarilla, le roi accueille les députés de Francfort, Beckeralh,

Gap^rn, par un refus indigné et aux instances de Bunsen il répond : « Je ne veux pas de cette couronne fabriquée par une assemblée issue d'un germe révolutionnaire, semblable à la couronne de pavés de Louis-Phillippe. Je ne puis accepter que la couronne qui porte l'empreinte de Dieu '. »

Le parti allemand est dans le marasme, car il voit échouer le mouvement national. 11 espère encore qu'un vote définitif des représentants de l'Allemagne entière modifiera la décision de Frédéric-Guillaume. Gagem prend la direction du ministère pour conduire en personne les débats constitutionnels qui recommencent en janvier; deux mois encore, les députés épluchent les textes, ils arrivent péniblement à voter l'empire héréditaire, le régime parlementaire à deux Chambres, mais ils prennent leurs décisions à de si faibles majorités qu'elles sont presque des défaites pour leur patriotisme. Le 28 mars enfin, Frédéric-Guillaume IV, roi de Prusse, est élu empereur d'Allemagne.

Cette élection ne pouvait être notiGée au monarque par la presse ou la poste. Une délégation part pour Berlin, avec un timide espoir de succès". Frédéric-Guillaume IV n'avait rien modifié de ses desseins. En vain, ses amis Bunsen et Radowilz le pressaient-ils d'accepter la direction de l'Allemagne nouvelle ; sous rinfiucnce de la camarilla, il était buté à la terreur de la Révolution, et quand on lui parlait de progrès, il répondait par le mot de barricades. Le président du conseil et queh^ucs ministres cherchaient une formule qui ne compromît pas l'avenir et Brandenburg fit à la délégation un accueil plein de promesses. Manteuiïel, au contraire, était trop fonc-

i ' iiiilliiiime iV â Bunsen, ambassadeur à Londres, décem-

bre 1 - . - \ (in UunHon. Àut teinen liriefen.

t. l'aul Malter. La Pruue et la Révolution de 18iH, rhnpitro xm. Le refus de la couronne inipcrialt*. Ootktn. Uiui ZeihiUer des Kaisers Wilhelm. t. I. p. £}9 et suiv.

lionnaire prussien pour comprendre les aspirations allemandes : il rédigea un projet de refus enveloppé. Frédéric-Guillaume IV l'adopta en conseil des ministres, en précisant le caractère de son refus. Mais la cmnariHa guettait encore, ^Védéric- Guillaume IV lui soumit sa déclaration et les fidèles chevaliers, Slolberg, les frères Gerlach, émondèrenl ce qui pouvait paraître un engagement.

Le 3 avril, le président du Parlement, Simson, à la tôte de la délégation, se présenta au château de Potsdam ; le roi le reçut en grande pompe, écoula sans broncher Tappel ému et touchant du peuple allemand, et commença sa réponse par des remercîments, des protestations de dévouement, des assurances de bonne volonté. Mais il fallait conclure ; après une pause, il repartit : « Mais, Messieurs, je ne justifierais pas votre confiance, je ne répondrais pas au désir véritable du peuj>le allemand, je n'établiraispasrunitédcrAllcmagne,siméconnaissant les devoirs sacrés de mes assurances antérieures, expresses et solennelles, j'adoptais sans le concours libre des têtes couronnées, des princes et des villes libres d'Allemagne, une résolution qui doit avoir les conséquences les plus décisives pour eux et pour les peuples qu'ils gouvernent. Ainsi les gouvernements des Etats de l'Allemagne devront examiner dans une délibération commune si la constitution est avantageuse aux individus comme à l'ensemble, si les droits qui me sont conférés me mettent en état de diriger avec fermeté, comme l'exige de moi une pareille mission, les destinées de la patrie allemande, et de remplir les espérances de ces peuples. »

Personne ne s'y méprit : c'était un refus, car c'était soumettre à des discutailleries diplomatiques et à des tâtonnements de chancellerie ce qui ne pouvait être enlevé que d'un mouvement énergique. Bismarck l'a reconnu plus tard : le roi de

Prusse, maître déjà de la moitié de TAllemagne, aurait pu profiter des embarras de rAutriche, des craintes des petits souverains, de la puissance de son armée, pour imposer l'unité allemande et prendre de haute lutte la couronne impériale'. Mais il aurait fallu un homme de forte volonté et de prompte action : Frédéric-Guillaume IV ne l'était pas. « Je ne suis pas un Frédéric II », avait-il déclaré jadis. Il en donnait la preuve parfaite, car il s'arrêtait à des scrupules dont aurait ri le spirituel trompeur : scrupules historiques et religieux ; il crovail à l'intervention directe de la Providence dans le régime de l'Europe et craignait d'amoindrir la suprématie de l'Autriche, consacrée par les siècles et voulue de Dieu. Scrupule de conscience ; il ne voulait pas profiter de l'embarras des Habsbourg pour ravir leurs droits en Allemagne. Crainte de la guerre ; malgré son uniforme, ses croix et ses invocations au Dieu des combats, il n'avait rien de batailleur; il était humain et recula par bonté. Horreur de la Révolution, surtout : il n'avait rien compris au grand, au puissant mouvement de 1848 ; les légitimes revendications des peuples, leur aspiration à la vie publique et sociale, lui apparaissaient comme des insurrections égoïstes et sanguinaires; les grands libéraux de réj)oque, au.x idées un peu vagues, mais généreuses, étaient pour lui, comme pour Bismarck, des « dentistes internationaux » ; et le nouvel Empire, issu des vieux souvenirs et ré{>ondant aux besoins nouveau.x, n'était, à son jugement, « qu'un abominable bAtard du diable et de la race humaine ». Son refus n'étonna personne; les gens avisés avaient suivi son évolution et prévu sa décision. Bismarck, bien au courant des intrigues, écrivait avec joie un mois auparavant : « Tout restera dans son état ancien »>, et le 21) mars il ajoutait :

\ . Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. I. p 75 et gulv.

« Heureusement le roi refusera en exprimant sa reconnaissance et l'espoir que cet événement accroîtra la perspective d'un accord entre les princes'. » C'était le sens exact de la réponse donnée cinq jours plus tard. Les délégués du Parlement adressèrent encore au roi, au prince de Prusse, au ministère, de timides appels; Guillaume leur donna de bonnes paroles et le cabinet ne répondit pas. Toute espérance était perdue ; les députés reprirent tristementla roule de Francfort.

Le refus de la couronne impériale avait de promptes conséquences et déchaînait une double crise : en Prusse, elle entraînait une nouvelle dissolution ; dans plusieurs Etats, elle suscitait la guerre civile.

Le 4 avril, le président du conseil avait donné lecture à la seconde Chambre d'une note adressée par le gouvernement prussien à tous les États allemands et leur demandant d'envoyer à PVancfort des plénipotentiaires spéciaux pour délibérer surla question impériale. Une vive discussion, le lendemain, avait dégénéré en questions de personnes, et les députés s'étaient âprement reprochés la responsabilité des journées de mars 1848. Le 13, la discussion avait repris avec une égale passion ; un ancien ministre de 1848, Rodbertus proposa de reconnaître la validité de la constitution de Francfort et de proclamer son adoption, la seule voie propre à conduire au but désiré par l'Allemagne. Celte motion, renvoyée à une commission, y trouvait un accueil favorable, mais subissait quelques modifications; le rapporteur, M. de Vincke, proposait « l'acceptation de la couronne impériale par S. M. le Roi, sur la base de la constitution de Francfort, en admettant par avance le consentement des souverains allemands ».

1. Bismarck à sa femme, 3 et 29 mars 1849. Briefe an seine BrauL und Gatlin, p. 125 et 129.

Le grand débat eut lieu le 21 avril; Vincke défendit le texte de la commission avec force et chaleur. « Il ne faut pas, exposait-il, demander aux hommes de Francfort, qui ont rendu de grands services à Tordre et à la Prusse, de détruire leur propre ouvrage et de le dépouiller de son caractère populaire. » Au nom du gouvernement, le comte Brandenburg déclara que la constitution de Francfort était c inacceptable » et qu'il ne subirait pas à cet égard la pression de Topinion j)ubliqiie; son discours se terminait et se résumait par un triple et énergique : « Jamais, jamais, jamais. »

Bismarck intervint alors; il proposa de passer simplement à l'ordre du jour et ù l'appui de cette motion déchiqueta d'une dent cruelle l'œuvre de Francfort * . 11 commença par lui refuser tout caractère obligatoire : « Les résolutions de l'Assemblée nationale sont sans valeur en droit, je ne saurais admettre qu'elles existent pour nous...; quant à moi, je ne considère comme constitutionnel que ce qui est conforme à la Constitution prussienne... En Prusse, il n'y a de constitutionnel que ce qui dérive de la Gjnstitution. Si la Chambre veut prendre TafTaire en main, l'unique voie serait d'élaborer un projet de loi on vertu duquel la Constitution de Francfort serait reconnue comme légalement valable en Prusse, et de tAcher d'obtenir pour ce projet racquiescement de la première Chambre ainsi que celui de la Couronne... » Très habilement, av»'C un mordant acharné, il critiquait les présents apportés ù l'Allemagne par l'Assemblée nalionide : la souveraineté du peuple, les élections directes, le vote annuel du budget qui a met dans les mains d'une majorité, sortie de la loterie électorale, le moyen d'arrêter i\ tout instant la machine de l'État », la création d'une grande Allemagne, qui obligerait

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