‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 58 sur 179 · Beust. Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Beust. Mémoires, t. I, p

3. M. de Bunsen, ambassadeur de Prusse â Londres, connut toutes ces intrigues. Voy. Bunsen. Ausseinen Briefen, t. III. p. 13 et suiv.

Union ' de lous les Etats allemands si les princes de second rang donnaient une rapide adhésion su projet de Radowilz; mais ces princes avaient accepté la Constitution de Francfort; les poi)uIations l'avaient accueillie d'enthousiasme; comment les rallier maintenant à un lien plus ténu, les résoudre à une Allemagne plus faible et plus vague ? Le Parlement national n'existait plus, mais plusieurs députés résidaient encore à Francfort et cherchèrent à remuer l'opinion publique en faveur du projet prussien. Les chefs des centres, Gagern, Dahlmann, Mathy, invitèrent leurs anciens collègues à se réunir à Gotha pour en délibérer.

Cette « Assemblée de Gotha », les 25 et 26 juin 18i9, avait quelque ressemblance avec le Vorparlamenl d'avril 1848 ; mais l'enthousiasme était remplacé par la méfiance ; après une année de luttes et de défaites, un fonds d'irritation s'était formé, et l'on parlait trop souvent d'oubli et de pardon pour sincèrement pardonner et oublier. Pourtant le courage et l'abnégation (le ces patriotes alla jusqu'à l'abandon de leur œuvre de Francfort ; la parole ardente et la conviction profonde de Gagern, de Beckerath, de Jacob Grinim, enlevèrent encore une fois tous ces hommes en un mouvement de commune action ; ils acceptèrent l'Allemagne amoindrie que leur otTrait la Cour de Berlin et engîigèrent les princes et les peuples à se rallier au projet de RadowiU.

Leur décision a été critiquée et persiflée; le terme de Gothaer (homme de Gotha,) devint un mot de dérision, souvent uneinjuro ; lesdémoc rates l'employaientcommc synonyme de traître, les réactionnaires comme analogue de grotesque, et Bismarck constatait plus tard que « ces tètes de ciioux de

\. (.rsi II! irrme qui fui (h'-s lors employé pour désigner l'alliance des Etals allemundH un \xas uil U'Enipire.

Francfortois étaient inguérissables* ». Le moi est juste ; ils ne pouvaient guérir d'un sincère amour de la patrie, (Pun dévouement passionné à la liberté et de celle maladie de 1848, faite de haut idéal, de noble enthousiasme et do profonde fraternité. Cette maladie, il ne la faut jamais guérir.

Sous la poussée de ce congrès privé, les petits princes acceptent la situation nouvelle et adhèrent à l'Union ; dans le courant de l'été, vingt-huit gouvernements se joignent aux trois royaumes ; ainsi l'Union comprend tous les Etals allemands, sauf r Autriche, la Bavière, le Wurtemberg, laHesse- Hombourg, le Lichslenstein et le Luxembourg. Pendant que ces adhésions arrivaient, la Prusse avait réalisé quelques-uns des projets de Radowitz : un comité de conslilulion, prévu par le traité des Trois Rois, s'était réuni le 18 juin; le tribunal fédéral avait été convoqué à Erfurt le 2 juillet^ ; on s'occupait de réunir les électeurs pour le Parlement impérial.

II. — Telle était la situation lorsque les Chambres prussiennes se réunirent le 7 août. Le discours du trône', lu par le comte Brandenburg en l'absence du roi, affirmait la bonne volonté de la Couronne : « L'unité de l'Allemagne, représentée par un pouvoir exécutif unique, qui défende dignement et fortement au dehors son nom et ses intérêts; la liberté de la nation allemande, garantie par une représentation nationale avec pouvoir législatif, tels sont et resteront les buts de nos efforts... Les résultats déjà obtenus nous autorisent à espérer qu'avec le secours des amis éclairés et sincères de la patrie,

1. Bismarck ii sa femme. Brie fe an seine Braut und Galtin, 11 septembre 1849, p. 103.

2. Klûppfel. Geschichle der deulschen Einheitsbeslrebungen, t. I. p. 132.

3. Discours traduit in extenso dans la correspondance étrangère du ilonileur universel français du 11 août, p. 2681.

surloul des hommes assemblés ici en qualité de représen- Innls du jMîuple prussien, nos efforts ne seront pas vains. » Tout le discours était pacifique et conciliant, il ne s'inspirait pas du triomphe des élections. Ltîs députés se mirent à Tunisson en élisant comme président le comte Schwcrin, conservateur bien vu à la Cour, et en écartant Simson, l'ancien président de Francfort, dont le nom rappelait trop vivement l'offre et le refus de la couronne impériale.

Les premières séances furent calmes. Bismarck les trouvait ennuyeuses. 11 était arrivé de Poméranie pour l'ouverture du Parlement, vivait en garçon avec un parent, et se consolait du vide de son existence en écrivant à M""* de Bismaick de tendres lettres où l'homme de fer se transformait vu bourgeois économe et soigneux ; il faisait les commissions que lui demandait la bonne mère de famille, envoyait les souliers de la petite Marie, les foulards et les biscuits, et à des imprécations contre le parti de Francfort joignait des recommandations pour les rhumes de l'enfant *.

Les soins du ménage ne l'écartaient pas de ses devoirs d'homme de parti, il écrivait souvent dans la Gazette de la Croix et fréquentait le soir le café Schwarz où se réunissaient les M ultras » ; on n'y admettait que les « purs » et môme le petit ciiicn du patron était si conservateur qu'il accueillait les démocrates par des aboiements enragés. Bismarck ne se contentait pas d'aboyer ; assis un soir dans un restaurant moins exclusif, il entendit quelqu'un parler légèrement de la famille royale ; il se leva vers le bavard et lui cria : u Dehors ! si vous n'ôles pas sorti quand j'aurai vidé ce verre, je vous \v casserai sur la tète. » Tranquillement il but, et btisa sa chope sur le crAne de l'imprudent. Dans le tumulte, on entendit

1. Bismarck. Briefe an aeint Braut und Gattin, H août ei suiv.

le hobereau demander : « Garçon, combien pour le verre cassé? » La police n'osa intervenir*.

Les débals de la Chambre ne lardèrent pas à lui donner une occupation plus intelligente.

Le 24 août, le minisire des Affaires étrangères avait communiqué à la première Chambre les documents relatifs h la question impériale. Le 25, le général de Radowitz, commissaire du gouvernement, avait exposé et défendu devant la seconde Chambre la politique de la Prusse. Son discours ^ est certes de sentiment élevé et de noble conception, mais il est d'un vague qui déroute et fuit l'analyse. 11 affirme que « le gouvernement prussien ne veut pas revenir à l'ancien ordre des choses, il trouve cela injuste et insensé ». Mais il met les députés en garde contre toute exagération : « L'Allemagne ne peut être un Etat unitaire, ni en république ni en monarchie... Il faut pourtant qu'elle soit un tout envers Textérieur..., qu'elle possède un pouvoir législatif qui garantisse les intérêts de Tunité, et un pouvoir exécutif, fort et uni, capable d'agir de sa propre autorité. » Tout en critiquant l'attitude de l'Autriche, M. de Radowitz la ménageait pour permettre une réconciliation, et défendait la Prusse du reproche « de tendre égoïslement à repousser TAutriche de rAll«*magne. » Quelques belles phrases sur les sacrifices de la I^russe, les devoirs patriotiques des gouvernements et des Chambres assuraient à l'orateur un succès facile et soulevaient un enthousiasme sentimental.

Bismarck observait avec finesse dans la Gazette de la Croix : « L'Assemblée remarquait à peine que son jugement n'était pas rectifié, mais que sa sensibilité était portée à

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