Bismarck député, 1847-1881, p. 121 et suiv
que chacun a peur de l'ombre de l'autre et que tous oublient que sous la peau de lion du fantôme se cache quelque chose de très bruyant, il est vrai, mais de peu redoutable en soi. p
L'ind«'pendance prussienne tel est le thème auquel il reviendra sans cesse; car sa critique acharnée de l'amendement Camphausen n'est qu'un prétexte pour revendiquer les droits de la Prusse dont il craint l'amoindrissement par la création d'un Etat germanique. « On prétend que le plus puissant, lorsqu'il entre dans une fédération avec un plus faible, sera toujours en état de faire prévaloir sa puissance. Ceci fait allusion à la société avec le lion, société qui pourrait faire désirer encore plus aux autres Etats de rester en dehors de celle fédération. Mais l'histoire la plus récente nous a appris qu'à l'époque singulière où nous sommes, le fort est faible par son hésitation, le faible est fort par son audace... Frédéric II n'aurait pas agi ainsi. Après avoir rompu avec Francfort, il aurait eu le choix de se rallier à un ancien compagnon d'armes, à l'Autriche,, et de reprendre avec elle le rôle brillant qu'a joué l'empereur de Russie en s'unissant à l'Autriche pour écraser l'ennemi commun, la Révolution; — ou bien, avec le même droit qu'il eut de conquérir la Silésic, il aurait été libre, après le refus de la Couronne impériale de Francfort, de dicter aux Allemands la constitution qui devait être la leur, — il l'eût fait au risque de jeter Tépée dans la balance. Voilà ce qui eiit été réellement une politique nationale prussienne... ; au lieu de cela, le projet de constitution détruit l'élément spécifique prussien..., qui nous a préservés, qui a survécu à la révolution. »
Enfin, Bismarck rappelle que la protection naturelle du royaume, c'est l'armée a satisfaite du nom de prussien, fièrc du nom do prussien. Ces troupes suivent la bannière noire
et blanche, non point la tricolore' : c'est sous ce drapeau noir et blanc qu'elles meurent avec joie pour leur patrie. Le tricolore s'est fait connaître depuis le 18 mars (1848) comme le drapeau de combat de nos adversaires. Chez nos troupes, les airs de l'hymne prussien sont bien connus, ce sont les airs favoris, tandis que je n'ai pas encore entendu un seul soldat prussien chanter : « Quelle est la patrie de l'Allemand ? » — Le peuple, dont cette armée est sortie, dont celte armée est la plus vraie représentation, le peuple n'éprouve nullement le besoin de voir son royaume prussien se dissoudre dans cette fermentation corrompue de la licence allemande du Sud. Sa fidélité ne s'attache pas à une présidence fédérale qui n'est qu'une feuille de papier, ni à un conseil de souverains où la Prusse n'a que le sixième des voix ; elle s'attache à notre vivante et libre royauté, au roi de Prusse, à l'héritier de ses pères. Ce que veut le peuple, nous le voulons tous..., nous voulons que l'Aigle prussien étende son vol protecteur et domine depuis Mcmel jusqu'au Donnersberg^; mais nous voulons le voir libre, non pas enchaîné par une nouvelle Diète de Ratisbonne, non pas avec les ailes rognées par la serpe égalisatrice de Francfort, serpe qui n'est devenue un instrument de paix qu'à la réunion de Gotha, tandis que quelques semaines auparavant, à Francfort, elle était brandie, comme une arme menaçante, contre le prussianisme et contre les ordonnances de notre Roi.
« Nous sommes Prussiens et nous voulons rester Prussiens. Je sais que j'exprime par ces mots la profession de foi de l'armée prussienne, la profession de foi de la majorité de mes compatriotes, et j'espère qu'avec l'aide de Dieu nous serons
1. Le drapeau noir-rouge-or adopté en 1848 comme celui de l'Allemagne.