‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 67 sur 179 · Discours du 15 novembre 1849. Bismarck Député, p · texte numérisé non relu

Discours du 15 novembre 1849. Bismarck Député, p

validité du mariage. — Vous permettez, ajoutait-il, il est vrai, ù ceux qui en éprouvent le besoin personnel, de se faire aussi marier religieusement par surcroît; vous permettez h l'Eglise d'être le laquais de la bureaucratie subalterne ; voua perniellez au pasteur de faire comparaître devant l'autel le couple marié et de demander î\ l'homme marié s'il veut ou non prendre pour femme celle qui est déjà devenue sa femme légalement, — question à laquelle il ne peut plus légalement répondre « non ». — Pourquoi cette atteinte profonde aux idées religieuses, aux sentiments du peuple? Pour les juifs qui ne sont plus juifs et veulent s'unir avec des chrétiennes qui se nomment faussement chrétiennes? Je trouve étrange qu'ù cause de quelques renégats on veuille imposer cette contrainte inouïe l'i une population composée de millions de chrétiens qui sont restés Kdèles à la foi de leurs pères. »

Il continue en exposant la nécessité de Tunion entre la loi et la religion, a Si la législation veut instruire le peuple elle guider, elle doit faire en sorte que la vie du peuple, dans toutes les conditions, s'appuie fermement sur la foi aux bénédictions de l'Eglise. » En terminant, il cingle les « démocrates fanatiques » par ces mots : « J'espère bien vivre assez longtemps pour voir la Barque des fous' de notre temps se briser contre le rocher de l'Église chrétienne, car la foi h la parole révélée de Dieu est encore plus forte dans le peuple que la foi à l'efficacité salutaire d'un article quelconque de la Constitution. »

Ce discours extraordinaire, qui semblait proféré par un père missionnaire de 1816, fut accueilli par les sifflets de la g-auchc et n'eut aucune influence sur la décision de la Chambre. Il répondait pourtant à l'opinion du gouvernement,

1 Narrcnschifl, poômc satirique de 8. Branl, 1494.

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âlO BISMARCK

car le mariage civil ne fut réglementé en Prusse qu'en 1873 ; le parti ultramontain ne se fit pas faute alors de rappeler à Bismarck sa profession de foi de 1848. Le ministre répondit avec bonne humeur que son discours « n'était pas mauvais en la forme oratoire », mais que, lui-même, était un homme d'État, sachant subordonner ses convictions aux « besoins généraux de l'Etat, dans l'intérêt de la paix et du bien de sa patrie. » Et le projet du chancelier fut adopté,

La session suivait son cours avec calme et sans incident. Bismarck ne manquait pas une séance, mais il trouvait la « Chambre chaque jour plus fastidieuse », et s'y ennuyait consciencieusement. L'homme de combat regrettait « les démocrates de la précédente Assemblée avec qui la lutte était plus amusante; maintenant ces constitutionnels aquatiques prêchent les mômes principes, mais n'ont pas le courage d'en tirer les conséquences jusqu'au bout; ils couvrent leur poison d'un sucre de patriotisme, mais le noyau reste toujours égoïsmc et recherche du pouvoir ». 11 se plaignait que le fond des débals fût une question de personnes : « Notre malheur dans la Chambre est l'ambition des chefs de partis. Qui réunit une douzaine de voix se considère comme l'héritier légitime d'un portefeuille, et trouve que son prédécesseur, le ministre actuel, est depuis bien trop longtemps en fonctions. A ces chefs se pend une masse de gens qui pensent attraper au moins une place de président lors d'un changement de ministère^ »

Malgré tout, il intervenait dans chaque discussion importante. Les débats à la Chambre portaient principalement sur des questions économiques : deux sujets de première importance étaient en délibéré, l'un né brusquement des idées

1. Lettres à Meus, 4 octobre 1849. Politische Brie fe Bismarck' s, t. I. p. 5 et 6 ; à M"" de Puttkamer, 4 novembre, Briefe an seine Braut und Gattin, p. 172.

EN PLEINK RÉACTION 2M

de 1848, la condition des ouvriers, l'autre provenant d'une lente évolution, la transformation de là propriété foncière. Sous cette double face, sociale et agraire, toute l'organisation nouvelle de la Prusse était discutée. Bismarck avait eu dès l'Université le goût de l'économie politique, il en avait étudié alors les principes avec quelque soin; mais, depuis Gôttingue, son intelligence était devenue trop indépendante et personnelle pour accepter des Ihéorics toutes faites; il avait les doctrinaires en horreur; il regardait et cherchait le mieux. 11 a, pendant des années, vécu dans la campagne de Poméranie ; il a éprouvé les difFicultés de la culture et ressenti les anxiétés du cultivateur. Il en conclut que le rôle de l'Etat est d'alléger ces didicultés et de soulager ces anxiétés. Mais, à cette époque de sa vie, il n'a pas encore élargi sa manière de voir; il tient de famille, de caste, certains préjugés dont il ne se dégagera que lentement, môme pas complètement; il se rattache, en économie sociale comme en politique, au parti féodal' ; il volt et juge en hobereau qui possède, et craint l'expropriation. De là sa colère contre les idées égalitairesde 1848. Jusqu'à la tribune, il s'élève contre elles : « La nombreuse classe des journaliers, dans les provinces de l'Eist, par exemple en Poméranie et dans la province de Prusse, a élé, toute l'année dernière, excitée par les promesses des démocrates. Ces convoitises ne sont nullement éteintes. La prétention des journaliers ne se borne pas à demander qu'ils soient investis des pièces de leri-e dont rex[)loitiïlion à leur propre usage forme uno partie de leur Sidain;; non, ils vont plus loin; ce qu'ils demandent, c'est le partage intégral non seulement des biens nobles, mais aussi des fermes. Il existe des plans complets de partagea » Celle indignation est profonde en lui : il a senti un vent de par-

1. Brodnitz Bumarck'snalionalu'koHomiac/ie ATuchauungen,p. IHelsuiv. i. Discours du i\ novembre 1849, Bismarck député, p. 193.

tage passer sur ses terres de SchOnhausen et de Kniephof.

Ces terres, il veuf les conserver intactes, les laisser à ses fils comme il les a reçues de son père; il pousse un cri de colère lorsqu'il craint de les voir amoindrir. Parle-l-on de frapper d'impôts particuliers les biens nobles, il s'exclame : « On prépare au ministère un acte honteux..., c'est un mélange de lâcheté et d'iniquité sans pudeur', » Ce cri de colère se renouvelle chaque fois que la Chambre ose toucher aux biens fonciers en général, aux propriétés nobles en particulier. Il s'élève « au nom des grands et petits propriétaires ruraux », contre le rachat des servitudes forestières*; il critique « en face du pays » le mode de rachat proposé pour les rentes foncières et annonce qu'en faisant des promesses inconsidérées « on sème le vent et on recueillera la tempête* »; il s'indigne contre le projet sur l'égalisation de l'impôt foncier qui pèsera lourdement sur le cultivateur : « Je ne vois pas pourquoi celui qui lire son revenu de la propriété foncière, — peut-être avec une plus grande peine personnelle et de grands risques, caren toutes circonstances et en toutes conjonctions, il faut qu'il satisfasse ses créanciers, — pourquoi celui-là serait beaucoup plus imposé que cet autre qui n'a qu'à détacher des coupons oU à toucher des intérêts hypothécaires pour empocher bien commodément son revenu.^ » « Injustice, blessure, lésion de droits acquis », ces mots reviennent sans cesse dans la défense qu'il présente de la propriété rurale *.

Ces discours ressemblent bien à une plaidoirie pour ses intérêts personnels. Mais ils contiennent quelques idées qu'il conservera toute sa vie : le respect des cultivateurs, l'amour de

1 . Bismarck, 21 septembre 1849. Briefe an seine Braul und Galtin, p. 162.

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