‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 68 sur 179 · Discours du 18 février 1850, Bismarck Député, p · texte numérisé non relu

Discours du 18 février 1850, Bismarck Député, p

la petite noblesse attachée à sa terre, le sentiment des devoirs de l'État envers les agriculteurs. Comme par avance, il a compris qu'en Prusse la monarchie trouve dans cette classe son appui naturel; le bourgeois a des idées de liberté, l'ouvrier est volage, l'homme des champs est fidèle; en 1847, Bismarck vante celle fidélité, à partir de 1863, il s'en servira.

Il s'attaque avec une môme ardeur à la question ouvrière; la discussion d'un projet de loi sur l'industrie lui donne l'occasion d'exposer le conflit du capital et do la main-d'œuvre, la situation difficile faite au petit artisan qui lutte pour la vie'. Chose remarquable chez ce campagnard, il comprend que l'existence est plus dure à l'ouvrier des villes qu'au cultivateur des champs. « On prétend, dit-il, que lartisan gagne seulement deux fois autant que le journalier de la campagne ; c'est II» une opinion de cabinet, mais qui n'est pas tirée de la vie pratique. L'artisan à Berlin ne peut vivre s'il n'a pas le triple ou le quadruple de ce que gagne l'ouvrier en province. Ce dernier reçoit, ù la campagne, un salaire quotidien de 6 à 8 groschen-, — tandis qu'à Berlin, un fendour de bois, s'il travaille jusqu'à midi aidé de sa femme, et qu'il ait par exemple fendu et rentré une corde de bois, gagne de un et demi à deux thalcrs;et il a besoin de ce salaire |)Our pouvoir, avec un si rude travail, soutenir son existence. Un tailleur berlinois, travaillant pour un magasin de confection, gagne, avec l'aide de sa famille, 20 groschen par jour quand cela va bien; et vous conviendrez avec moi que l'artisan, eu égard aux fi-ais de son apprentissage et au capital d'oxploiliUion qui entre dans son outillage et dans son atelier, doit compter sur un plus haut salaire; autrement il peut, comme on a coutume

i. Brodnitz. Bismarck'» nationalœkonomiache Atuchauungtn, p. 115.

2. \jp. grosrhcn était de 42 centimes 1 S: il entrait 30 groschen dans le

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de le dire « se faire rendre l'argent de son apprentissage »... Le réduire à un moindre salaire, c'est le condamner à mourir lentement d'inanition. »

Ses tendances d'ancien régime se retrouvent dans les remèdes qu'il propose à ces situations pénibles; il cherche des palliatifs dans l'intervention directe de l'État. « 11 ne faut pas se faire scrupule de protéger par une contrainte légale l'existence de la classe des artisans. 11 est vrai que la liberté d'industrie peut ofTrir certaines commodités pour le public, elle livre des marchandises à bon marché, mais à ce bon marché sont adhérentes, comme une tunique empoisonnée, la misère et la douleur de l'artisan, qui se voit en face de la ruine. » Bismarck demande donc la renaissance de « corporations professionnelles fortement et exclusivement organisées, malgré l'arrière-goût moyen âge qui s'y attache* ».

Certaines de ces idées lui resteront familières. Il tiendra la protection de l'ouvrier pour un devoir d'État, non par vague humanité, mais par un sentiment de nécessité : il veut attacher à l'Empire toutes les classes sociales, et en particulier la masse laborieuse qui, étant le nombre, est un des éléments de sa force^. Il entend la diriger pour l'empêcher de se conduire elle-môme où il ne veut pas qu'elle aille; au socialisme révolulionnaire, il oppose la protection de l'État.

A la fin de la session, la discussion du budget militaire allait permettre au défenseur du trône et de l'autel d'entonner un hymne en faveur de l'armée. Les Chambres auraient voulu réduire les dépenses militaires; Bismarck rélamait leur accroissement et, le 5 février, avait déclaré que « marchander ces dépenses, ce serait couper le nerf vital de la Prusse »,

Le 20 février, il reprit ce thème et dans un discours très

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