Bismarck Dépulé, p. iOQ cl suiv
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termes, la chose môme en éprouve le pire dommage qu'une mesure politique puisse éprouver; elle devient ridicule... On invoque qu'il y a juste mille ans une Diète de l'Empire s'est tenue dans la ville où nous sommes réunis. C'était simplement une Assemblée des Etals dont le but est indiqué en ces termes par une vieille chronique : « Le roi Louis tint celte assemblée, afin de mettre un terme aux tracasseries des avocats et des gens de chicane, dont le fléau était alors devenu intolérable en Allemagne. » {Hilarité générale.) « Si l'Assemblée de cette année, ici môme, devait avoir un semblable résultat, alors je croirais que les corbeaux ne volent plus autour du Kyffliâuser' et que le jour de l'unité allemande approche. »
Dans la môme séance, il demandait la transformation du collège des princes, pour enlever toute influence aux Parlements dans sa nomination, et le mettre entre les mains des souverains qui y seraient représentés par des membres de leur maison. Et, à ce propos, il faisait ces déclarations dictées par l'orgueil du hobereau prussien : « Messieurs, c'est avec un sentiment douloureux que j'ai vu ici des Prussiens, — et des Prussiens qui ne le sont pas seulement de nom, — que je les ai vus adhérer à celle constitution, défendre avec chaleur cette constitution ; pour moi, — et aussi pour mille et mille de mes compatriotes, — c'a été un sentiment d'humiliation de voir en face de moi les représentants de princes que j'honore et respecte dans le cercle de leurs droits de souveraineté, mais qui ne sont pas les souverains de mon pays, — de les voir révolus d'un pouvoir d'autorité suprême ; et l'amertume de ce sentiment ne s'est pas adoucie quand, à l'ouverture de celle Assemhléf>, je vis les sièges sur lesquels nous
1. Montagne de Thuringe où, selon la légende, l'empereur Frédéric Barberousse dort en attendant qu'un temps meilleur revienne en Allemagne et lui permette de régner à nouveau.
sommes assis, décorés de couleurs tjui n'ont jamais été celles d»' l'Empire d'Allemagne', mais bien, depuis deux années, les couleurs de l'émeute et des barricades.
« Je trouve, cependant, une consolation dans la ferme croyance qu'avant longtemps les partis en seront avec cette constitution comme dans une fable de La Fontaine, ces deux médecins avec le patient dont ils laissent là le cadavre; l'un disiiit : « 11 est mort ; je l'avais bien dit » ; — l'autre : « S'il nvait suivi mon conseil, il vivrait encore-. »
La discussion des droits fondamentaux permettait, le i~ avril, à Bismarck de nouvelles critiques et il demandait de restreindre la liberté de réunion et d'association. 11 raillait joyeusement « les commis-voyageurs en démocratie, bien stylés qui, tous les dimanches, après-midi, tiennent une assemblée dans une localité diCFérente... Ces messieurs entendent leur métier; ils savent ce qui plaît aux paysans... et leurs jongleries portent le trouble dans les idées de l'homme du commun ; on ne dédaigne aucun moyen d'agir sur lui ; les comptes rendus des réunions populaires sont imprimés, chacun des naïfs qui a ouvert la bouche en reçoit un exemplaire, et il est tout fier d'avoir si bien parlé, comme l'émissaire démocratique le rapporte sur ce papier... C'est précisément et surtout dans ce droit de réunion que se trouve le tranchant de ses ciseaux avec lesquels la Dalila constitutionnelle coupe les boucles du Samson de la monarchie, pour le livrer sans défense aux mains des philistins démocrati(jues. » Ses railleries portèrent ; la Chambre vota les restrictions aux droits de réunion et d'association.
1 Od cuntcsluil que les couleursi iioir-rouge-or adoptées par le Parlement (le Francfort aient jamais été celles <lii Saint-Empire. 2. La Funlninu, Fabtet. V, IS :
• L'un (JtMil : « Il r«t mort ; je l'avu* biea ptém. •
• S'il m'eût cru, ili*ail l'autre, il «enit pléiade rie. •
Ce discours fut le dernier de Bismarck au Parlement d'Erfurt. 11 suivit encore les séances, remplissant ses fonctions de secrétaire, qui lui « causaient beaucoup de tracas » ; il les comprenait d'ailleurs de façon autocratique, entrait en conflit avec le bon président Simson, qui n'entendait rien à ce rude caractère d'hurluberlu, et quand les opinions d'un journaliste lui déplaisaient, il prétendait simplement lui interdire les tribunes. D'ailleurs il s'ennuyait : pendant les séances il « s'endormait au ronronnement d'Henri de Gagern qui prêchait du ton le plus creux et de sa voix la plus raisonnante » ; il aspirait à la fin de son « exil' », à son retour dans le parc de Schônhausen où le gentil avril piquait des primevères dans le parc. Et pour passer le temps, il rageait en comptant les fautes d'impression de ses discours dans la Gazette de la Croix.
Cependant les travaux parlementaires avançaient ; le 19 avril, la Chambre du Peuple avait volé l'ensemlDle des lois constitutionnelles; la Chambre des États en hâtait l'examen; pour éviter des conflits, les comités de constitution des deux Chambres avaient une réunion commune et faisaient des concessions réciproques. Ainsi l'accord se créait pour l'adoption en bloc de la Constitution et sa revision sur des points de détail : ce n'était pas sans de furieux assauts de la droite, de Stahl surtout, qui « jetait ses perles devant les pourceaux », selon l'expression de Bismarck, mais en vain.
Dans les réunions extra-parlementaires, dans les hôtels où logeaient les députés, les commentaires allaient bon train. En constatant l'accord du parti impérial, du bloc unitaire, on avait cru à son succès; il semblait impossible que les gouvernements, celui de Prusse en particulier, ne tinssent pas compte
1. Bismarck à sa femme. 25 et 27 avril 18a0, Bi-iefe an seine Braut und Gattin, p. 180-181.
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de décisions prises à une telle majorité, alors qu'eux-mêmes
voient sollicité ces décisions et que le Parlement n'avait cessé de prolester de son dévouement dynastique. Mais les liommes au courant des dessous politiques, Bismarck en particulier, estimaient que « les tailleurs de Gotha triomphaient trop vite ». Cet espoir se répandit dans les rangs de la droite
à il fut bientôt partagé de tous, et un profond décourage- /iient envahit le parti de l'Empire. « D indications mystérieuses, remarquait alors Biedcrmann, on concluait que le gouvernement prussien et le roi avaient perdu le courage ou le désir de mener à bien l'œuvre commencée par eux, qu'ils reculaient devant l'Autriche et la Russie, ou bien qu'ils s'inclinaient 'lovant le parti de séparatisme et d'absolutisme prussien qui . iiyait dans le régime parlementaire et fédéral un danger pour la Prusse ' . »
A Berlin le « vent aigre du Nord » ne cessait de souffler ; 1 rédéric-Guillaume IV, séparé de Radowitz et de Brandenburg qui siégeaient à Erfurt, ét<»it entre les mains du général de Gerlach qui commentait à sa façon les débats du Parlement
t lui lisait les lettres de son frère, systématiquement défavorables aux « gens de Gotha ». ManteufTel avait beau affirmer, les 15 et 25 avril, son dévouement à la politique de l'Union
llemande, ce n'étaient là que belles paroles et il était bien inféodé à la camarilla qui le tenait au courant des fluctuations du roi; à la « pressante prière » de Bismarck, il allait le 18 avril à Berlin pour contredire les rapports adressés par Hadowitz au monarque. « Selon la façon dont se décidera le roi, écrivait Bismarck, la chose d' Erfurt mourra ouManteuiïel quittera le ministère*. » Manteuffcl .se mettait d'accord avec Gerlach et tous deux résumaient la politique allemande en
1. Biedcrmann. Meine Leben unit ein StUck ZeUgeschichte, t. II, p. 33. i. Bibmarck. 19 avril IboO, Uriefe an seine Braut und GatUn, p. 177.
ces mots : « Soyons unis à l'Aulrichc, nous pourrons laisser chanter Erfurt jusqu'à la fatigue'. »
.\canmoins Erfurl chantait encore. Le 23 avril, les Chambres votaient le texte définitif de la Constitution ; leur œuvre constituante était terminée et les députés se demandaient ce qui allait advenir d'eux. « La question du jour, écrivait Slockmar le 21 avril, est celle-ci : Serons-nous simplement ajournés, avec ou sans terme, ou complètement dissous? Cette question préoccupe vivement les députés. L'ajournement pour un temps déterminé serait la meilleure solution -. » C'eût été donner au Parlement allemand un caractère définitif, mais Frédéric-Guillaume IV se complaisait dans le provisoire. Les arguments de Manteuffel l'avaient influencé, le pression discrète de Gerlach agissait ; il décida d'ajourner sans terme les Chambres allemandes.
Le 29 avril, à la Chambre du Peuple, Radowilz prit une dernière fois la parole au nom du conseil de l'Union. Après une courte, très courte allusion à « une convocation ultérieure », il exprima « aux hommes que le premier Parlement allemand a réunis ici, ses remercîmenls et sa reconnaissance pour l'esprit patriotique, la ferme volonté et les efforts soutenus qu'ils ont montrés dans leurs travaux. Le conseil d'administration reçoit ces résultats qui fortifieront son espoir d'une solution favorable de la grande tâche politique que les gouvernements unis se sont imposée dans la conscience de leurs devoirs et de leurs promesses, et il y joint le vœu sincère que Tœuvre de la Constitution achevée trouve la reconnaissance à laquelle elle a droit dans l'intérêt véritable di^ toutes les parties. » Et il prononça la clôture du Parlement national.
1. Gerlach à Manteuffel, la avril 1850. Manteuffel, loc. cit., p. 199.