‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 89 sur 179 · Gerlach. Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Gerlach. Loc. cit., p

hausen, occupé de ses chasses, de ses digues, des disputes locales, d'une session d'assises où il était juré. A la fin du mois, cependant, la situation politique commençait à « l'inquiéter sérieusement», etmal au courantdes choses, renseigné seulement par les articles de la Gazette de la Croix y il demandait à être « catéchisé' ». Il comptait bien passer ensuite cette leçon de catéchisme au roi, qui l'avait invité à chasser à Letzlingcn les 24 et 25 octobre ; mais la partie fut remise ^ à cause de la tension des affaires extérieures, et Bismarck rejçignit sa femme à Reinfeld en Poméranie.

Il y apprit brusquement la démission de Radowitz ; il s'était toujours posé en adversaire de cet homme d'Etat ; sa chute était pour lui une joyeuse surprise : « J'en ai dansé de joie autour de la table, écrivait-il, et maintes bouteilles ont été bues à la santé de M. de Radowitz. . . Maintenant laissons venir la guerre, où et avec qui on veut et toutes les épées prussiennes brilleront haut et joyeusement au soleil'. » La mobilisation ne Télonna donc pas. Il quitta précipitamment Reinfeld pour rejoindre son régiment.

En passant ù Berlin, il rendit visite au ministre de la Guerre et « laissa percer l'humeur guerrière qu'avaient provoquée en lui l'appel militaire et le ton arrogant des Autriciiiens ». Le général de Slockhausen le calma en lui révélant la situation de l'armée : l'éparpillement des troupes, l'impossibilité de résister ù l'irruption des Autrichiens, la nécessité de se retrancher à Dant/.ig ou en Westphalie. « Avant tout, continua-t-il, si nous voulons nous battre, il est nécessaire de gagner du temps. Il est donc à désirer que lors des prochains

1. Bismarck à Wagener. 21 octobre 1850. Polilische Briefe Bumarck's, l I. p. 7.

2. Duc Ernest de Cobourg. Aut tneinem Leben. t. I, p. 594. Bismarck. Briefe an seine Braut und Galtin, 23 octobre 1850. p. 221.

3. Bismarck ù Wagener, 7 novembre 1850. Volitiache Briefe, t. I, p. 8.

débats à la Chambre des députés, l'on ne hâte pas la rupture par des demandes d'expUealions et en prenant les résolutions auxquelles on est en droit de s'attendre d'après les articles des journaux et à voir le courant d'idées qui y domine. Je vous prierai donc de rester à Berlin et d'agir dans le sens de la modération sur les députés de votre parti qui sont déjà ici ou qui vont arriver ces jours-ci *. »

Bismarck ne se demanda pas si le gouvernement manquait à son devoir, en cédant à l'Autriche, et si le ministre n'avait pas, par une honteuse incurie, failli à sa tAche; il avait de la discipline; comme « député conservateur », il se refusait à « critiquer un ministre » et « en qualité de lieutenant de réserve », il n'avait pas à « élever la voix contre un général ». Il accepta le mandat, et s'efforça de préparer ses collègues à la capitulation. Il rencontra d'abord une vive opposition : le centre droit tenait à faciliter la mission allemande de la Prusse et voulait qu' « on prît immédiatement des dispositions militaires à cet effet ». Les négociations de Bismarck furent longues : Otto démontrait à ses collègues que le cabinet se retirerait s'il n'était pas entièrement couvert par les Chambres; « la chute de Manteuffel signifierait retour aux principes de Radowitz représenté par les hommes de paille qu'il conduit, guerre avec tous les Etats monarchiques, à l'arrière-fond empire révolutionnaire, dont le manteau, préparé depuis un an par Radowitz, éblouit maintenant peut-être plus qu'auparavant. Manteuffel reste-t-il% il y a toute probabiUté d'une paix prompte et honorable, qui consistera essentiellement en ceci que la Prusse et l'Autriche se réconcilieront sur le pied de l'égalité juridique au détriment des petits États ". »

Page 1