Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. I, p
2. Bismarck à sa femme, 18 novembre 1856. Briefe and seine Braulund Gattin, p. 214.
DERFURT A OLMUTZ 267
Ces négociations se prolongèrent pendant la session parlementaire que le roi ouvrit en personne le 21 novembre. Prononcer un discours guerrier, la main sur l'épée, les yeux au ciel, était dans sa note ; il n'y manqua pas : « Je vois,déclarat-il, avec joie et orgueil que mon peuple belliqueux se lève partout comme un seul homme et se joint à mon armée, dont la valeur et la fidélité sont éprouvées... Nous ne cherchons pas la guerre, nous ne voulons porter atteinte aux droits de personne, nous ne voulons imposer à qui que ce soit nos propositions, mais nous demandons une organisation de la patrie commune qui réponde à notre position actuelle en Allemagne et en Europe, et à la somme de droits que Dieu a mis dans nos mains. Nous avons un bon droit, nous voulons le défendre, et nous resterons sous les armes, dans une attitude imposante, jusqu'à ce que le droit soit reconnu. » Et une triple salve d'applaudissements accueillit ces fières déclarations*.
Le président de la seconde Chambre, Schwerin, renchérit encore sur ces paroles et son discours fut tout à fait belliqueux : « De tous côtés, de tous les districts de la patrie, nous arrive ce cri : la Prusse ne veut supporter aucun affront, la main A l'ouvrage. Voilà ce que veut notre peuple. La Chambre, si elle se conforme à cet appel, sauvera l'honneur de la Prusse et assurera le bien et le salut de l'Allemagne. »
Ces fanfares guerrières ne déplaisaient point à Schwarzenberg. Il informait la Prusse, au nom de la Diète, que l'envahissement de la Hesse avait simplement pour but de rétablir l'ordre, et cesserait dès que ce résultat serait obtenu ; la Prusse devait donc être satisfaite et il demandait quel jour elle retirerait ses troupes.
1. Trndiiit du Moniteur prussien dans Ic Moniteur universel français, 25 novembre 18jO. p. 33ji.
Le conseil des ministres en délibéra le 23 novembre ; mais il ne put s'entendre, le vaillant ministre de la Guerre seul tenait i\ un recul immédiat.
Se hwarzenberg résolut alors de porter le coup décisif. Son ambassadeur remit le 25 novembre un ultimatum sous forme de note, et demandant réponse dans les quarante-huit heures sur les points suivants : La Prusse ayant obtenu les garanties désirées, les troupes fédérales pouvaient-elles entrer à Gassel? Des ordres conformes élaient-ils envoyés au général Groben? — En môme temps, le prince de Taxis, commandant de l'armée fédérale, recevait l'ordre de marcher le 27 novembre sur Gassel en culbutant au besoin les Prussiens.
G'élait catégorique. La crise était arrivée à son plein. La Prusse devait choisir : guerre ou soumission. La guerre était vraisemblable, car le roi et le prince « étaient très montés ' » ; Bismarck lui-môme avait une « scène violente » avec Gerlach ; Otto, homme des champs, mais de fier caractère, reconnaissait la nécessité de la guerre, si « l'impertinence autrichienne» s'accroissait ; le belliqueux général soutenait que les soldats prussiens devaient s'enfuir immédiatement de Hesse, et se plaignait d'ôtre « abandonné sur la brèche par tout le monde ' ». Les officiers de la Landwehr préparaient leurs armements et Prokesch son départ pour Dresde. A Berlin, l'inquiétude était telle que le président de police, Hinckeldey, ne garantissait pas l'ordre.
Manteulîel essaya de tout sauver en implorant personnellement le prince de Schwarzenberg^.
Dès le 19 novembre, Manteuffel avait parlé au roi de se