Bciwt. Mémoires, t. I, p. lOi
retour de Manteuffcl, approuvait la politique royale, mais avec quelques réserves et le désir qu'on sauvegardât l'honneur de la Prusse. « Votre Majesté, continuait le projet, demande des institutions pour la patrie commune, qui soient en harmonie avec la position de la Prusse en Allemagne et en Europe. En cela, elle répond aux vœux du peuple prussien. L'épée est tirée pour défendre le bon droit. Qu'il soit garanti, et Tépée rentrera dans le fourreau, des centaines de mille d'hommes l'échangeront contre les instruments de la paix. Mais, s'il le fallait, elle frapperait énergiquement quiconque voudrait porter à atteinte aux droits et à l'honneur de la nation. » Ce projet vinten discussion le 3 décembre: l'occasion était naturelle pour Manleuffel de légitimer sa politique ; il n'y manqua pas. Ses déclarations eurent le mérite de la franchise ; il reconnut que « les efforts de la Prusse avaient eu pour but de donner à l'Allemagne une Constitution qui répondît à ses besoins. Ces efforts n'ont pas été couronnés de succès... L'échec d'un plan a toujours* quelque chose de pénible. » Tout au moins la Prusse avait-elle obtenu que les questions allemandes fussent réglées non par « une Diète fédérale, réunie à F'rancfort, et à laquelle aurait participé un certain nombre de gouvernements, mais par tous les gouvernements allemands ». La Prusse n'a aucun intérêt à s'immiscer aux affaires de Hesse et son intervention aurait pour résultat une guerre douloureuse.
Ce discours, d'une désinvolture bruyamment relevée par le parti allemand, fut immédiatement contredit par un homme considérable, dont la modération et le loyalisme mômes rendaient plus dangereuses les attaques, M. de Vincke. Il reprit l'histoire de l'Allemagne depuis deux ans, les espérances déçues, «l'impérieux devoir pour le gouvernement de procurer au peuple allemand une Constitution parlementaire », les loyaux efforts de Radowitz, les allures blessantes del' Autriche,
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les hésitations du ministère dans la question des duchés et l'affaire de Hesse. « Vous dites, s'écria-t-il en terminant, que \ous avez toute l'Europe contre vous. Je vous réponds que Frédéric II n'a pas tremblé dans une situation pareille. Vous vous plaignez de n'avoir pas d'alliés; comment voulez- vous on avoir avec une politique aussi vacillante... Vous compromettez l'honneur du pays... Arrière les ministres î »
Ces paroles avaient soulevé les applaudissements de la majorité. Il importait qu'au nom de la droite quelqu'un vînt étayer la politique de soumission à l'Autriche, proclamer l'abandon des espérances allemandes, affirmer le vieil esprit prussien. Otto de Bismarck se leva.
Son discours est le plus important de ceux qu'il prononça comme député *. Il posait Bismarck en chef de groupe, leader du paKi gouvernemental ; il opposait aux théories nobles mais vagues, des unitaires allemands, les revendications étroites et précises des hobereaux prussiens; enfin il devait avoir une influence décisive sur la carrière de Bismarck et par conséquent sur les destinées mômes de la Prusse. Le prince ne -en est pas dissimulé la gravité et en a reproduit de larges parties dans ses mémoires".
L'orateur commence par louer le peuple prussien, « qui >'esl levé comme un seul homme à l'appel de son Roi ; il > est levé en obéissant avec confiance; il s'est levé pour combattre, comme ses pères, sous le drapeau des rois de Prusse, sans savoir quels devaient être le but et le prix de >es combats ». Mais avant de partir en guerre, il faut lui assigner « un but qui mérite qu'on la fasse et qu'on ne puisse pas atteindre sans elle. De nos jours, pourquoi les grands Étiits font-ils la guerre ? L'unique base saine et saluUiire pour