Le général de Fabrice ù Jules Favre, i mat
5. Jules Fabre n'a point donné la date de son entrevue {Gouvernement de la Défenae nationale. 1. IIJ, p. 333) ; mais on peul ta reconstiluer d'après son rfcit el lo lettre cilée au te^tte.
préjudice... Je me plais è espérer que les instructions que M. Jules Favre emportera à Francfort, non moins que les dispositions conciliantes dont il n'a cessé de faire preuve, le mettront en mesure de faire disparaître les obstacles qui entravent les travaux de la Conférence de Bruxelles'. M. Thiers accueille « avec empressement et confiance l'idée de cette entrevue' ». La Conférence de Bruxelles est close le 4 mai. Le 5, au matin, Bismarck part pour Francfort : il va signer un des deux actes les plus importants de sa carrière au siège même de ses débuts diplomatiques.
Dans un salon de l'hôtel du Cygne, le 6 mai, le prince de Bismarck, froid et réservé, recevait la visite des plénipotentiaires français. M. Jules Favre, grave, triste, éloquent, M. Pouyer-Quertier, puissante carrure, intelligence lucide, esprit délié. L'entretien s'engagea avec prudence' : « Je viens, dit J. Favre, provoquer de loyales explications, dissiper des malentendus, et rétablir entre la France et l'Allemagne la communauté de vues sans laquelle les négociations ultérieures sont impossibles et qui est troublée par des appréciations erronées... Tout, même une rupture, est préférable à l'incertitude qu'ont fait naitre entre nous des débats jusqu'ici stériles, et dont nous ne pouvons plus subir la prolongation.
— Lagravitédes événements est telle, réponditavec sévérité le chancelier, que l'Allemagne serait en droit de considérer le traité du 26 février comme n'existant plus, puisque l'exéculion de ses principales clauses est devenue impossible.
2. M. Thiers au géoéral de Fabrice, t mai 1871. Loc. cil., p. 3.
3. Les négociations de Francfort ont élé eiposées par Jules Favr Gouvememenl de la Défense nationale, t. EU, p. ZHi et suiv., et par ui note officieuse de la Provinàal-Cori-etpondens du 10 mal 1871.
Elle peut à son choix, ou l'abaodoDner ou vous meUre en demeure de remplir sfrictement les eogagcmentâ qu'il vous impwe. Il y a là une situation entièrement noavelle, à laquelle il est urgent de pourvoir. Nos intérêts de plus en [Jus compromis nous en font une loi. » Et il deswia ua tableau si sombre de la situation que M. Jules Favre s'ëcria : « C'est la reprise des hostilités. »
Bismarck ne s'était pas déplacé pour rompre^ mais il tenait à edrayer l'adversaire dès le début, pour feindre enBuite des concessions. 11 exigeait des garanties, un droit de police sur les portes de Paris, l'occupation des territoires ennemis tant que le gouvernement français n'aurait pas réprimé la Commune ; Jules Favre ne repoussa aucune e.vigence ; la France ne le pouvait.
Le chancelier allemand ne se départît point le lendemain de son rftle de grand Justicier. Dans l'après-midi, en grand uniforme, accompagné de tout le personnel de sa légation, il se i>endil à l'hûtel de Russie, auprès des négociateurs français et lot d'une voix grave et pénétrée une note exigeant des. garanties, a Les intérêts de deux pays, yétiiitril dit, ne nous permettent pas de laisser subsister une situation qui laisse les deux pays dans l'incertitude, tant sur l'avenir de leurs relations réciproques que sur la durée d'un étal de choses qui n'est ni la paix ni la guerre. Pour en sortir, nous lâcherons dans nos conférences actuelles de nous mettre d'accord sur les principales questions à régler par le traité de paix • définitif. Si nous n'y réussissions pas, et si le gouvernement français se refusait à nous accorder les garanties que j'ai eu l'honneur d'indiquer. . . , l'Allemagne se réserverait avant tout le droit d'intervenir de son cùlé contre l'état de choses irrégulier qui existe à Paris, et d'insister en même temps sur la stricte exécution de la stipulation qui prescritiaugouvememenl
frauçais de retirer ses troupes au delà de la Loire. » Et, dans la soirée, & l'hàlet du Cygne, il tançait furieusement le» délégaés de la France à propos d'une timide intervention de laEtua»e. Les délibérations commencèrent alors.
Elles se proUngèrent trois jours, minutieuses, épïneuaes, pénibles : les garanties pour le paiement de l'indemnité, le territoire français autoar àe Belfort, les districts bouillers de Lorraine, les chemins de fer de l'Est, tout fut discuté point par point. Le chancelier allemand ne néglîgewt auctm moyen de réussie, et demandait que M. de Goalard (ùt adjoint à la Conférence comme représentant de l'Assemblée irationale : il espérait influencer facilement un homme étranger à son faire ' spécial '. M. Po«yer-Quertier réf^quail par de pareils procédés : le subtil Normand avait deviné le caractère de son adversaire, et sauva par une cordiale jovialité ' ce qae ne pouvaient obtenir les éloquentes protestations de Jules Farre ; en s'frfBnnant actionnaire de la Compagnie, il cons^-va à I» France ks forges de Villerupt* ; bon vivant, il ne craignait pas de suivre le chancelier devant une table oîi le jun/cer Otto annait à s'asseoir; de l'aveu de son interlocuteur, il témoigna « une merveilleuse capacité de diplomate' ». Le deraier jour enfin, les Français jetèrent une carte d'atoat : le fort d'Ivry était repris par les Vereaillais, la répression de la Commune n'était qu'une question de jours.
Le 10 moi, à quatre heures et demie, dans le même salon de l'hôtel du Cygne, le prince de BiEunarck, M, Jules Favre et les autres plénipotentiaires de l'Allemagne et de la France appo-
1. Busch. Tagebuehbldller, t. It, p. iH, d'apr^a 1« rëcil de Bismarck.