Stosch. DeniwardigkâUn, p. 247, i
3. Noie de Bismarck dans ProNihilo. I.e procé$ d'Aj-nim, p. 63,
3, Supra, t. II, p, 485,
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les opératioDs de guerre, à préparer une paix durable, cl, en ménageant dans les traités le patriolisne autrichien, il assura le retour & l'amitié.
L'effet De fut point immédiat ; dans les années qui suivirent Sadowa, l'Auiriche se réserva, se rapprocha de la Krance, esquissa môme une alliance que les succès de Napoléon sur le Rhin auraient déCuitlvemenl sceliée. La FranceJiit vaincue, et la cour de Vienne censtata avec satisfaction que rien , n'était conclu : elle proclama sa neutralité et M. Thiers ne reçut à Vienne que des paroles de va^ue bienveillance et de refus poli. Bismarck demeurait inquiet : il redouta jusqu'au dernier moment une intervention de i'Autrâche, et, dans ses insomnies de Versailles, la coalition de 1756 le tiantait oomme un cauchemar. Pour chasser ce souvenir fâcheux, il prit l'initiative d'offrir son amilié h l'Autriche.
Quelques jours après Sedan, alors qu'il séjournait à Meaux, Bismarck sonda les cours de Vienne et de Pétershourg' : il proposait de nouer « une alliance des trois empereurs avec r arrière-pensée que l'Italie monarchique viendrait s'y jcHudrc ■ » . Il s'a^ssait de sceller un pacte de préservation politique et de d^ense morale ; — d'une part le systènw de l'oi-dre. d'autre part te république sociale; — on chercherait à « soustraire autant que possible les générations contemporaines ou leurs enfants, au socialisme international et révolutionnaire », à isoler la France dans ses agitations stériles, à conserver dans toute sa splendeur le principe d'autorité a dans les monarchies pleines de force et de âëve ». C'était une façon de i%tour à la Sainte-Alliance, et Bismarck, le rùabste, reprenait l'idée d'Alexandre, le mystique. Mais, il le faisait exclusivement par intérêt, pour permettre à son
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maître d'imposer et de maintt^iîr sa suprématie en Europe.
L'idée ne reçut d'abord qu'un acpueil réservé : la cour russe préféra s'assurerquelqueavanlageavaiitderien conclure et le gouvernement autrichien réfléchit. En novembre, le cabinet de l'étersbourg dénonça brusquement le traité relalit à la mer Noire ; jusqu'à la fin de l'automne, la cour de Vienne reAisa de s'engager. Bismarck devint pressant : le 14 décembre 1870, il chargeait son ambassadeur ix Vienne, M. de Schweinitx, d'exposer au cabinet autrichien « la nouvelle forme donnée aux relations intérieures de l'Allemagne... Nous osons l'espérer en toute confiance, ajoutait-il, l'Allemagne et l'Autricbe-Hongrie se rt^arderonl avec lin naturel bon voul(Mr et se tendront la main pour assurer le développement et le bonheur des deux pays ' ».
Avant de répondre, M. de Beust tourna et retourna ses pensées; il vit Paris investi, la France bientôt réduite A merci ; il considéra qu'u une levée de boucliers » en faveur de la nation vaincue amènerait l'intervention immédiate de lii Russie, l'invaàon de l'Autriche, la perte de ses provinces de langueatlemande*. L'intérêt commandait d'accepter une main si jovialement tendue; il n^pondit de son style le plus souriant : <jc il ne peut que m'étre très agréable de constater que, dans tous les milieux influents de rAulriche-Hongrie, ]>rédomine le plus sincère désir d'entretenir les meilleures et les plus amicales relations avec le puissant État qui achève de se constituer. Ce désir repose sur la ferme conviction qu'un examen impartial et une juste appréciation des besoins réciproques ne peuvent avoir qu'une action au plus haut depré
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bienfaisante et profitable sur l'un et Tautre Empire, en les unissant dans une collaboration pacifique el active, en vue de réaliser la tâche du présent el celle de l'avenir '. » D'un commun accord, les deux gouvernements oubliaient dans le passé, i'un le mal qu'il avait subi, l'autre le mal qu'il avait fait. Dès lors, le pacte austro-allemand était préparé^ .
Les succès prestigieux des armées allemandes n'étaient point sans exercer une évidente influence en Autriche ; les vainqueurs d'aujourd'hui étaient des frères de même sang, alliés de la veille et peut-être du lendemain, et, si les Prussiens avaient brouillé la famille en 1866, il ne déplaisait plus aux Autrichiens d'avoir été vaincue par de tels héros. M. de Beust répondait donc au sentiment public lorsqu'il envoyait, de la tribune de la Délégation, le salut amical de l'Autriche à l'Allemagne nouvelle. La cour de Vienne ne manqua aucune occasion de renouveler ces manifestations fraternelles : en mars, François-Joseph envoyait un aide de camp congratuler le vieil empereur à l'anniversaire de sa naissance; le "16 juin, le général Gablenz représentait l'armée aulrichienfie au retour triomphal des troupes allemandes et à l'inauguration du monument de Frédéric-Guillaume lll; les légations à Vienne et Berlin étaient transformées en ambassade. Bismarck laissait entendre qu'il serait heureux de se rencontrer avec M. de Beust; le spirituel diplomate s'empressait de répondre par ce joli trait : « Nous nous sommes vus la dernière fois en 1865. Depuis, Votre Altesse a fait plus de cheminquemoi, et cependant vous pouvez vous flatter d'avoir contribué à mon avancement'. » Le chancelier de fer se faisait de miel,
1, M. de Beusl au comte de Wimpren A Berlin, !e décembre ISTO.
2, Comte de Beust. Jtf^motV«j, t. II. p. ii*. Marquis de Gabriac. Souvenirs diplomaliquet de Riasitel d'Allemagne, 1870-72, p. SOI et sulv.
3, Comte de Beual. Mémoires, l. 11, p. 477.
et répliquait à M. de Beust « qu'il l'avait toujours considéré comme le plus aimable et le plus impartial de sesennemis ».
A ce moment, le troisième partenaire de la future Triplice entrait en scène : successivement, le chancelier russe et son impérial maître passaient b Berlin. Le 2 juin, Bismarck avait un long entrelien avec le prince Gortschakoff, venu en Allemagne pour sa cure annuelle : les deux hommes ne s'aimaient pas; le chancelier russe avait jadis traité l'ambassade de Prusse à Pétersbourg avec une aimable condescendance où perçait un certain dédain pour un si petit personnage; le chancelier allemand n'était point homme à pardonner la supériorité d'un dutre, et, dans l'intimité, ne tarissait pas en brocards sur la morgue du prince russe ' ; mais les deux chanceliers étaient unis depuis huit ans d'un lien d'intérêts qui avait profité un peu à l'un et beaucoup & l'autre ; il leur était naturel de constater la durée de leur alliance et son extension proch^neau cabinet autrichien. La paix, la paix du monde, la paix bien-aimée, n'élait-elle point la condition d'une alliance qui avait permis trois guerres en six ans ? Et les deux chanceliers chantèrent un hymne à la paix, chacun guettant une fausse note dans la cantilène de l'autre. Le 9 juin, l'empereur Alexandre vint en personne ô Berlin et Bismarck eut de lui une longue audience : il était sincèrement attaché au tzar qui lui avait fait pendant ses années d'exil à Pétersbourg un accueil bienveillant et flatteur*; l'entretien ne put qu'être agréable, le rapprochement des trois empereurs y fut délînitivement arrêté.
Souple, habile à prendre le vent, M. de Beust comprit la fatalité de cet événement diplomatique et la possibihté d'en (irer un succès personnel : déjà, quelques indices lui avaient
1- Prince de Bismarck. P«n>eei et Sovveniri., l. II, \IK, UT, etc. I. Supra, t. I. p. 461 cl suiv.
révélé la « coacurrence i> du pomle Andrassy. Le i" juillet 1871, il entonna à la tribune de la Délégation austro^hongroiselea péan » de l'alliance; rappelant de vieilles rivalités, il disait : h Si nous le voulons .^rieusement, nous pourrons encore paraître égaux en puissance à l'Allemagne, devenue forte, et aller de pairavec cette nation désormais notre amie, » La Russie ne pouvait élre considérée "comme une adversaire, « étant l'ami de notre ami » ; l'Italie devenait h un bon voisin » ; ainsi était « élevé au centre de l'Europe un botitevard pacifique », où « devait régnerl'esprit de modération, d'estime et de confiance ' ». Ainsi parlait M. de Beust et s'en réjouissait M. de Bismarck, futur gardien du boulevard.
Il ne restait plus qu'à constater l'entente par une entrevue des monarques. Fidèle à d'anciennes habitudes, Guillaume désirait reprendre sa cure de Gastein, interrompue par quelques années d'impossibilité politique. Le voyage souffrait quelques difficnllés, car l'empereur redoutât déjouer au despote en traversant l'Allemagne du Sud % et au conquérant en s'installant en Autriche. Ces scrupules furent aisément dissipés; au commencement d'août, il partait pour le Selzkammergut, et, le 11 il rencontrait François-Joseph à Ischl. L'entretien fut cordial ', bien que les uniformes autrichiens et prussiens retrouvassent un contact perdu depuis Sadowa : mais, en 1871, et conformément aux nécessités d'une mode presque protocolaire, le roi de Prusse portait la tunique blanche et l'empereur d'Autriche le casque à pointe. La réconciliation était entière. Deu.t jours après, Guillaume s'installait à Gastein.
L'empereur d'Allemagne séjournait en Autriche; rien n'em-
I. Comle de Beual. Mémoires, I. II. p. i7S. S. Slosch. Denkwilrdigksiltn. p. 2IU, Î96. 3. Abeken, Ein ichlichles Uben.p. 5S8.
LA CONSOLIDATION DE LEMPIRli Î91
péchait son chancelier de l'y rejoindre; il partit de Berlin le 14 août dans un superbe wagon, présent des compagnies allemandes'. Son voyage fut triomphal; à Leipzig, il fut réveillé au milieu de la nuit par les cris de la foule, et les dames lui ofiTHrent une couronoe de lauriers; à Munich, l'hôtelier, un bon patriote, refusa tout salaire « à cause des énormes services rendus par le prince à l'Allemagne du Sitd » et sollicita pour toute rémunération la signature du pnnce sur le registre des étrangers"; les ministres bavarois, Lutz, Pfretschner, s'empressèrent auprès de leur seigneur, et le comte Holoslein, l'utile collaborateur de Versailles, le reçut splendidement à sa table. En Autriche, Taccueil fut convenable. Le 17 août, le chancelier s'installait à Gastein où tl lui était loisible de reprendre ses études sur les mœurs conjugales des mésange^^ Un an auparavant, il cherchait, bride abattue, son fila parmi les blessés de Mars-Ia-Tour.
Ce séjour de Gaslein fut une fraîche oasis dans une vie fiévreuse '. Les bains, les promenades dans les vallons voisins, occupaient la journée, et la soirée se passait à la lable impériale, en plein air, à deviser des grands exploits. Un monde de ministres et de diplomates bourdonnait autour des demi-dieux, M. de Beust, promenant « son regard fin, sensé, mais sans attrait* », Abeken, jouissant des derniers jours d'une vie bien remplie, Keudell, heureux de s'asseoir à cette « Table Ronde » des chevaliers du Saint-Graal, le comte H. d'Amim, qui faisait la joie générale par ses perpétuels changements de toilette. Quelque soir, Beust ou Bismarck lespriait tous à diner