‹ Bismarck et son tempsChapitre 11 sur 270 · Aua dein Leben Konig KarU von Rumanien, l. II, p, M · texte numérisé non relu

Aua dein Leben Konig KarU von Rumanien, l. II, p, M

4. Kaemmel. Krilische Siudien, loc. cit., p. 628. Vainement le prtncfe de Bismarck a-t-il soutenu le contraire dans ses Pensées et Souvenirs, l. H, p. 97 et suiv.

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LA CANDIDATURE HOKENZOLLERN 21

néfaste à un voisin dangereux, capable d'çngendrer une guerre nécessaire. A celle époque de février 1870, il avait réfléchi et pesé toutes choses : sa résolution était prise, il votilaît la guerre avec la France. Mais il connaissait le vieux roi, ses perplexités, sa difficulté à une prompte décision ; il tint donc à ne le point brusquer, à l'amener doucement à modifier son opinion, à le tourner, quille à le mettre un jour en présence d'un fait accompli.

Dès qu'il eut reçu la lettre apportée par Salazar, il comprit le parti qu'il en pouvait tirer. « Faites condamner ma porte, di(-il ô Keudell, je viens de recevoir une lettre du maréchal Prim au sujet du trône d'Espagne. Il faut que j'aie ma tranquillité pour la méditer. » Et, solitaire, absorbé, l'esprit tendu, il réfléchit. Depuis des mois, il avait soupesé les avantages et les ioconvénients de la candidature Hohenzollem ; en une nuit, il résuma et cristallisa ses pensées. Le lendemain, il appela son fidèle conseiller et lui dicta un long rapport au roi '.

Il est avantageux à la Prusse et ù l'Allemagne, exposait Bismarck, que le prince Léopold de HohenzoUern devienne roi d'Espagne : son avènement « amènerait un accroissement très sensible des sympathies entre les deux nalions », ramènerait dans la presqu'île le commerce jadis florissant de l'Allemagne, et constituerait une utile menace envers le gouvernement français. Cette dernière considération est particulièrement mise en relief : les relations intimes de la France et de l'Espagne feraient craindre une alliance de leurs troupes ; la présence d'un prince allemand sur le trône d'EIspagne obligerait au contraire « les Français à laisser un corps d'armée sur la frontière du Sud ». Cette expectative engagera

i. Celte dictée a été conservée et publiée par Kcutlcll. Bismai-ck et ta famiile, p. 394 el suiv., qai ne comprend pas combien elle esl défavorable à sa Ihëse. la surprise du pacifique chancelier.

le gouvernement impérial « à des sentiments pacîflques vis-àvia de l'Allemagne ». Enfin, l'avènement de Léopold en Espagne donnera à la djrnaslie de HohenzoUero un « prestige » qui rejaillira sur la maison royale de Prusse. Le refus du prince, au contraire, mécontenterait l'opinion publique en Allemagne, et a ofTenseratt gravement une nation qui demande À être sauvée de l'anarchie »; il assurerait la république en Espagne, « événement qui pourrait avoir sa répercussion à Paris it ; et « les dangers d'une république en France » menaceraient la paix. 11 est donc du devoir du roi d'engager son cousin à accepter une couronne que l'Espagne lui offrira « presque à l'unanimité ».

Splendeur des Hohenzollern, puissance de la Prusse, extension du commerce allemand, voilà ce qu'offrait Bismarck à son maître. Paroles profondes et habiles, car, annonçant en apparence la paix, elles préparaient la guerre. Bismarck savait par Benedetti, par ses correspondances de Paris, par son représentant à Madrid, que l'avènement du prince Léopold produirait en France une explosion de colère d'où sortirait h sa propre volonté le combat sur le Rhin '.

Les superbes perspectives dévoilées par Bismarck ne séduisirent pas le roi ; il hésitait encore, et, avant de prendre sa décision, il résolut de consulter les intéressés et ses meilleurs conseillers. Les deux princes de Hohenzollern furent priés à dîner au chi^teau royal, et, après le repas, on en délibéra ; simple conseil de famille, se plut à dire depuis lors le prince de Bismarck '; étrange réunion de famille, où, à côté du roi Guillaume, de son fils Frédéric-Guillaume, des princes

1 . De lâ le mysttre dniis lequel fut tenue la candidature Hohenzollern,

tandis que jusqu'alors l'aïènement d'un prince étranger sur un trône vacant aïail toujours été précédé de négociations européennes.

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