Busch. Tagebuc/iblailer, l. I, p
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mainteiur le pouvoir temporel des papes', et arrêter un nouvel accroissement du jeune royaume d'Italie; mais les difficultés du moment ne le lui permettaient pas : la guerre se prolongeait, difficile et dangereuse ; la Russie, l'Angleterre, l'Autriche murmuraient te mol d'intervention ; le pouvoir temporel paya le silence de l'Italie. Bismarck accueillit froidement les princes de l'Eglise et les renvoya avec de décourageantes paroles. La déception fut vive et durable^
A la même époque, les catholiques s'inquiétaient de leur propre sort ; à la fin de septembre, W Ketteler, évoque de Mayence, adressait au chancelier fédéral une lettre où il exprîmaitla crainte que les « événements du temps ne parussent comme une victoire du protestantisme sur le catholicisme »; pour dissiper cette crainte, il demandait des garanties contre tout attentat aux convictions religieuses. Quelque temps après, M" Ketteler précisait, de vive voix et dans le cabinet de Bismarck, ces « garanties » désirables : c'était l'introduction dans la charte allemande des articles favorables à l'Eglise et insérés dans la constitution prussienne de 1850. Le jour oii l'évêque lui adressa celte proposition, Bismarck était mal disposé, il le prit dans sa manière narquoise et sarcaslique, il déclara tout net qu'un prêtre catholique n'avBit point place au paradis, « ayant commis le péché contre le Saint-Esprit ". L'évéïiue sourit, salua, et se retira. Le combat était dès lors engagé.
Un mouvement qui remue jusqu'en son tréfond une nation pendant de longues années n'a point un seul motif ; les causes du Kulturkarapf sont nombreuses, variées, profondes : la prompte victoire de la Prusse, État protestant, sur les deux puissances catholiques qui tenaient jusqu'alors le premier
l.H. Wicrmann. Geichichledet KuUuriampfes {» éd., I8S6), p. 7. i. PriDce de BlBOiarck. Peiaéei el Sonvtnir», 1. II, p. Itfl et bdjv.
rang en Europe; la tendance de Pie IX et de ses conseillers, d'aftirmer l'autorité de l'Église sur l'État ; la volonté de Bismarck, de tout le parti libéral, d'assurer l'indépendance absolue du gouvernement, son pouvoir exclusàf dans l'administration terrestre; le mécontentement des catholiques allemands de ne point obtenir dans le gouvernement de l'Empire la place que leur nombre aurait dû leur assurer ; les revendications nationales des Polonais, attachés à leur religion comme à leur vieille patrie, — telles furent les causes principales de « la lutte pour la civilisation >>.
A son retour de France, Bismarck fut surpris de la situation nouvelle du pays'. Absent d'Allemagne pendant sept mois, absorbé dans les négociations les plus délicates, il n'avait suivi que distraitement les affaires intérieures de sa patrie, et le travail en fermentation lui avait échappé. Fier des victoires allemandes et de ses propres succès, il croyait les Allemands, tous les Allemands heureux et satisfaits : il était étonné qu'il subsistât des mécontents.
Aux élections pour le Landtag, en novembre, le parti catlu>lique avait pris pour programme le rétablissement du pouvoir temporel et l'indépendance de l'Eglise', et, grâce à un vigoureux effort, avait conquis S7 sièges ; aux élections pour le Beichslag, la lutte fut plus vive encore, et le succès dans 63 circonscriptions lui donna une force nouvelle. Le groupe se constitua définilivement en parti du centre et lança un programme en deux points : maintien du caractère fédératif de l'Empire, — garantie de toutes les libertés reli-
1. Bismarck à la Chambre des dépulés, 3fl Janvier 1872, i. Onclien. Das Zeitalltr dea Kaitera Wilhelm, t. II, p. 387.
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gieuses et privées'. A sa léle se plaça un parlementaire de premier ordre, M. Windthorsl.
Nélei7janvier 1812 en Hanovre, Louis Windthorstavaitfait ses études universitaires à Gœllingue en même temps que Bismarck, mais, à la diiTérence de ce dernier, il avait fréquenté plus les cours que les tavernes. Fonctionnaire en son pays, il était arrivé rapidement aux premières places: en 1851, il était ministre, il tomba du pouvoir et'y remonta II soutenait dès lors la cause catholique et l'alliance autrichienne ; l'annexion du Hanovre, le succès du protestantisme, l'effacement de l'Autriche, parurent marquer la fin de sa carrière; une nouvelle existence commença pour lui : ce modèle des fonctionnaires devint le chef-type de l'opposition; il en avait tous les dons, une éloquence souple et forte, du sang-froid et de l'ironie, l'autorité que donnent le savoir et le talent, l'art de la tactique parlementaire, la pénétration des fautes de l'adversaire'. Entre lui et Bismarck, tout était contraste : à la forte télé de dogue, moustache hérissée, œil dur, sourcils énormes de l'un, s'opposaient le visage glabre, l'œil malin derrière les lunettes, la bouche fine et ironique de l'autre. Sans cesse adversaires, ils ne parvinrent point à se détester, se tenant pour de rudes et loyaux combattants, Apartir de 1819, ils se rapprochèrent; Windthorstdevinl parfois l'arbitre de la majorité au Reichstag; à la veille de sa chute, le chancelier l'avait mandé en consultation, Bismarck tombé, Windthorst mourut^ comme sans but désormais dans l'existence.
A ses côtés, mais en moindres seigneurs, se plaçaient ses lieutenants. M. de Savigny, jadis camarade de Bismarck,
i. Programme du centre, janvier ISTl, signé par Savigny, WindthorsE, Mallinckrodl, Relcbensperger. elc.
S. J. Knopp. Ludwig Winillhorsl (1898).