‹ Bismarck et son tempsChapitre 129 sur 270 · L. de Gerlach. Aufitichnungen, l. Il, p · texte numérisé non relu

L. de Gerlach. Aufitichnungen, l. Il, p

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catholiques » constiluaieni définitivement l'Église schtsmatique, sous la direction de M"' Reinkens. La presse officieuse traitait sans douceur les évëques rebelles.

L'agitation sMtait étehdue à toute l'Allemagne. En Bavière, le parti ultramontain, — ^ il y est considérable, — acceptait avec enthousiasme le dogme de l'infaillibilité, réclamait l'école catholique, le développement des ordres religieux, et, malgré les efforts des libéraux, gagnait quelques voix à la Chambre; le roi Louis hésitait à son ordinaire, favorable plut6t à la » culture » qu'A l'ultramoatanisme. Parmi les catholiques badois, libéraux et unitaires par tradition, la nouvelle Eglise des « vieux catholiques » trouvait un puissant appui. Le conflit débordait les frontières : la Suisse avait son Kiilturkampfel l'Autriche ses lois ecclésiastiques. L'Italie se rappi-ochail de la Prusse, par haine d'un commun adversaire. Un meeting se réunissait à Londres pour adresser aux libéraux de Prusse les encouragements du peuple anglais '.

Où allait-on ? Bismarck risquad'aller dans un autre monde. Fatigué, énervé, il était allé prendre les eaux à Kissingen. Il y était depuis neuf jours, objet de la curiosité générale ; le 13 juillet 1874, il sortait en voiture de son jardin, lorsqu'un jeune homme s'approcha et tira de près sur lui un coup de pistolet; la balle atteignit la main du chancelier, causant une blessure légère, mais qui aurait pu être grave, car l'artère radiale était frôlée, mise & nu '. Le vieux chasseur ne perdit pas son sang-froid ; sitôt pansé, il se rendit au bureau de police oiJ l'on avait conduit le criminel. C'était un ouvner tonnelier, Louis Kullmann, âgé d'une vingtaine d'années,

1. LeUre de remerciement du roi Guillaume au comie Russel, lljfêvrier 1S14. écrite certainemenl sous l'inspiration de Bismarck.

S. Relation du docteur Diruf, de KUeinKen, qui soigna Je prince cl l'accompagna auprËs du criminel, flium. Faret Bismarck iind seine Zeit, t. V. p. 196 et auiv.

membre d'une association catholique de Neustadt-Madebnrg. 11 av»it conservé toute soa assurance, et, lorsque le puissant ministre lui demanda : « Pourquoi avez-vous hit c«la », il répondit iiprement : « A cause des lo^ de mù. — Croyezvous ainsi améliorer votre cause ? interrogea le prince. — Chez nous, cela va ai mal que cela ne peut être pis, » répartit l'ouvrier, et il ajouta : a Vous avez offensé dm» parti. — Quel est votre parti ? demanda Bismarck. — Le centre », telle fut la réponse'.

L'émotion fut cooaidérable, et dans le monde entier. Les tél^rammes aflluèrent è Kissingen. a Cet atteniJFt vient à point pour me mmilrer tout ce qui dépend de votre existence», écrivait le viàl empereur*. Les journaux discutèrent avec pasMon, ceux du gouvernement pour faire retomber cet acte sur leurs adverswres, ceux de l'opposition, la Germania surtout, pour excuser le meurtrier par les fautes politiques de Bismarck. La blessure guérit rapidement, l'émoi ne se calma point. 11 se renouvela dans toute sa force, en décembre, sur un brusque incident de la vie législative. On discutait au Reichatag, avec quelque flprelé, le budget de ta Chancellerie' impériale, et un député du centre, M. Jôi^, avait fait allusion au crime de KuUmann qu'il représentait « conune k moitié fou t. Bismarck était un vieux parlementaire blanehi sous le hamois, et comprit le paKi à tirer de cette allusion. Il répfrqua : « Sans doute l'orateur n'a jamais eu au fond del'ftmelc dé^r même le plus léger qu'il m'arriv&t quelque malheur, je suis eonvfùncu qu'il n'y a jamais songé. Mais (sefowmm/ tiers l€ centre) répudiez cet assassin conune vous voudrez,

1. Noua avoiu combina lea récita, d'aiUcura caafonnes, du itMleur Dinif el de Bismarck rnâme au Beictwl^. i dèeembn lS7i. KuUinanit fut condamné à quatorze aas de maiaoD de force.

!. GulUaiime l-, de OMtein, k Bismarck, 17JulUet 1874. Ktnwr WiUuiml und Bismarck, p. 2*5.

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i, il s'accroche à vos pans d'babits, il vous nomme sonparti. » Le centre s'emporta, taletrompit, rugit. Lechancelier rappela les paroles de Kullmaon et répéta : a U s'accrocbe à vos pans d'habits. » Le ceatre interrooipit à Douveau le chancelier par ee cri, qui siiaule un sifflement : « Fi, fi. d Enervé intérieurement, très calme à l'ext^eur, Bismarck répartît : « Messieurs, « Pi » est une expression de dégoût et de mépris. Ne Croyez pas que ces sentiments me soient étrangers. Seulement je suis trop poli pour les exprimer. » La salle retentit longuement des applaudbsements de la droite et de ta gauche, des murmures du centre ' ■

Répondant fi une courte intervention de Windlborst, Bismarck livra le fond de sa pensée : l'auteur responsable de l'attentat, c'était ta presse ullramoDtaÎDe, dont les détestables attaques avaient surexcité l'Ame de Kullmaon et l'avaient conduit à son attentat. Il faisait prévoir de nouvelles lois.

Le combat reprit le lendemain, où Windlhorst interpella le cbancâlier sur la suppression des crédits pour l'ambassade du Vatican. Le minîslre répondit nettement qu'il les avait rayés du budget « parce que le Chef de l'EglJse romaioe encourage et soutient dans leur ré^tance aux lois de leur propre pays ceux de ses serviteurs qui sont sujets allemands et va jusqu'à leur commander cette résistance comme un devœr de leur ministère, comme une obligatitm imposée par leur sermmt. A une série séculaire de papes pacifiques succéda un pape militant, voilà siioptemeDl le fait qui a de nouveau rallumé la lutte '. »

Ces discours, ce combat de tribune avuent surexcité l'opinion publique. Le Beicbstag avait ses neris, un jour il les tourna contre le ehencelier. Un député du centre, l'abbé

i . Bismarck au Reicbslag, 4 dËcembre lS7t. 2. Bismarck au ReichUag, S dtcembre 1874.

Majunke, condamné avant l'ouverture de la session pour délit àe presse, avait été écroué pendant le cours de la session en exécution de ce jugement : quoique constitutionnelle, l'arrestatioD était rigoureuse. M. de Hoverbeck, du parti progressiste, proposa de modifier ia constitution pour empêcher toute arrestation d'un député au cours d'une session parlementaire, e(, le 16 décembre, malgré l'opposition des représentants du chancelier, le Reichslag adopta cette proposition. Le lendemain, Bismarck remettait sa démission àl'empereur. La nouvelle produisit une stupéfaction doublée d'inquiétude. Par qui remplacer un tel homme? Personne "n'arrivait à sa cheville. L'empereur refusa la démission offerte, — ce fut un soulagement unanime, et pour pallier sa velléité d'indépendance, le Reichstag donna le caractère de vote de confiance à l'adoption d'un crédit pour les fonds secrets. Bismarck sortît de cet incident grandi encore. II était toujours l'homme indispensable.

Cependant la curie romaine préparait la réponse aux discours de Bismarck. Cette réplique éclata soudain sous la forme de l'Encyclique du 5 février 1815. C'était bien l'acte de Pie IX, énergique et malhabile. Loin d'engager ses prêtres au calme, à la prudence, au respect de César, le Souverain Pontife les poussait ù la résistance, par devoir envers Dieu; il déclarait nulles de plein droit toutes les mesures législatives prises à rencontre de son Église, et frappait d'excommunication les catholiques qui se prêteraient à leur exécution.

La colère fut vive en Allemagne parmi les libéraux, et Bismarck ne manqua point de profiter de cette occasion pour demander au pays de nouvelles lois, qu'il avait déjà en préparation'. La loi sur le mariage civil avait été étendue à

1. Latoi sur l'adiriinislralion des biena du clergé avait été promulguée le £3 Janvier 1875, treize jours avant l'Encyclique.

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tout l'Empire, malgré les scrupules de l'empereur». L'encyclique du 5 février vint à point pour emporter la résistance du monarque qui se crut provoqué et quatre nouveaux projets furent déposés è la Chambre*. D'après l'un et pour rendre valables les autres, la constitution de 1850 était de nouveau amendée, et trois articles qui assuraient l'indépendance des deux ÉgUses, évangélique et catholique romaine, étaient abrogés. Un second projet avait pour but de suspendre les allocations du clei^ catholique pour tous les prêtres qui ne s'engagaient point par écrit à obéir aux lois prussiennes : car, déclarait l'exposé de motifs, le budget du culte catholique n'a été établi que soua la condition pour ceux qui y prennent part, de se soumettre aux lois de l'Etat. Les revenus du clei^, considérables dans certains diocèses, lui auraient permis de se passer des subsides de l'Etat : une troisième loi lui enleva l'administration indépendante de son patrimoine, et fît entrer dans ses conseils l'éléijfent laïque avec voix prépondérante. Le quatrième projet supprimait du territoire prussien toutes les congrégations, sauf les ordres hospitaliers ; leurs biens étaient administrés par des fonctionnaires civils. « Le nombre démesuré de ces ordres religieux, qui reçoivent leur direction de chefs étrangers, devient une menace pour l'existence de l'État », disait l'exposé des motiCs. Enfin une cinquième loi, œuvre d'initiative parlementaire, faisait participer les vieux catholiques â la jouissance des biens du clei^.

La délibération de ces projets occupa te printemps de 1875. Bismarck intervint à plusieurs reprises dans les débats pour donner aux propositions l'appui de son autorité. 11 reprenait

1. Guillaume I"ft Bismarck. 20 décembre lS7t. Kaiser Wilhelm I und BUmarck, p. U9.

S. Gérardln. Étude sur le» loit polUica-religieutet enpnaee, p. 70.

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ses arguments historiques, sa théoiie de l'Etat seul maître sur terre. « Le plushaiitdevoir du souverain, disaitril, c'est de sauvegarder le droit et de réprimer tout délit qui peut être commis par ha rébellion ... Il s'est formé en Prusse un État dans l'Étal, à sa tète est le Pape, revêtu des droits d'un autocrate. )• Et il exposait l'organisation ocenlte que le Vatican avait constituée en Allemagne, « avec sa presse officieuse, soa armée d'ecclésiastiques, son réseau d'associations et de congrégations n. Il était indispensable de briser ce faisceau de liens dangereux, « poor rendre les voies libres ^ retrouver cette p«ix, cette même paix où nos pères, durant des siècles, ont vécu les uns à côté des autres, dans la concorde eonfessionn«Ue, au sein d'tm État fort et sous l'égide de notre d3mastie ». H était surtout inthspensable « que le pope fût mieux avisé », et Bismarck ajoutait : « Comme l'histoire nous montre des papes gnerriers et d'autres pacifiques, des papes militants et d'autres religieux, j'espère qu'un joiy, bientôt, reviendra le tour d'un pape pacifique, qui ne tendra pas uniquement à ériger en suprématie universelle ce pouvoirissu del'éleelionduclergé italien, mais qui sera disposé à laisser d'autres gens vivre à leur guise, et avec lequel on pourra conclure la paix ' . »

Les lois furent votées, appliquées : elles n'apportèrent aucune modification au connit. Evéqiies, prêtres et laïques se laissèrent emprisonner, révoquer, exiler, sans se Insser dans leur résistance.

Bismarck était inquiet, Furieux, découragé, -au point de penser à la retraite. Il était brouillé avec ses anciens anus, « dure épreuve pour les nerfs d'un homme arrivé h Tôge màr' ». Il n'avait pas confiance dans ses nouveaux aUés.

i . Bwnarcfc à la Chambn des dépnUa, 16 et 18 nara. 16 avril ins ; a la Chambre dos sciRneura, H avril 1875. 2. Prince de lURMirck. Pemia et SùmMnirt, t. >t, p. 186.

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L'incertitude de l'avenir réagissait sur sa santé ; il souffrait . de ses anciens maux, les nerfs vibrants, l'estomac en déroute. Dans une heure de tristesse, il écrivit une longue lettre à sou vieux maître, pour lui exposer qu'il était a bws d'état de continuer ses services ' ». Guillaume refusa sa démission natureUement : â qui remettre le pouvoir en pareil moment ? Bismarck était n\é â son travail comme h une cbaine : il dut se contenter d'un nouveau congé.

Le conflit religieux domina la politique intérieure de la Prusse pendant cinq années, mais elle n'absorba pas l'attenlion exclusive de Bismarck. Après l'unité territoriale, il importaùt d'introduire en Allemagne l'unité législative, tout au moins dans la compétence d'un Etat fédéraiif ; le chancelier ne put lui-même entrer dans les détails d'une législation nouvelle, mais on dwt constater que rien ne se fît pendant vingt années sang son assentiment. La première de ces réformes fut le remaniement administratif ; elle ne fut pas l'œuvre personnelle du chancelier, il ne prit point part à ses débatâ% mats il soutint son premier lieutenant, le comte Eulenbui^, dans un combat qui faillit tourner mal.

Jusqu'alors le pouvoir administratif appartenait dans les

' provinces du centre et de l'est de la Prusse aux Landrâthe,

ntnnmés par le rc», recrutés en général parmi les hobereaux,

1. Bismarck k (iuillaume, 4 mai ISTâ. Kaiter Wilkelm I und Biimatck, p. 251.

i. U. Andier. Ia prince de Bismarck, p. 203 et siiiv,, qui a annIyaË avec tieaucoap de précision celle réronne adminisirallve, paraît donner Irop d'importance au râle de Bismarck.

appartenant au parti ultra-conservateur. Le parti libéral se plaignait amèrement de leur esprit, et le système représentatif s'aftîrmant depuis 1866 dans les mœurs prussiennes, il sembla naturel de donner aux représentants du pays dans l'administration provinciale la place qu'ils avaient déjà acquise dans le gouvernement de la nation. Gneist avait préconisé le self govetTtment anglais, d'autres parlaient de la hiérarchie française, on adapta aux mœurs prussiennes un régime mixte : quelques communes forment un canton, Amtsbezirk, adminbtré par un fonctionnaire royal, Amtsvorsteker, assisté de notables élus par leurs concitoyens, Schuhe. Plusieurs cantons sont réunis en arrondissement, Kreis, administré par le Landrath, officier du roi, mais sous le contrôle du conseil d'arrondissement, Kreistag : c'est l'innovation principale, la création d'un conseilélu au suffrage prussien des trois classes, chargé de surveiller le landrath, de voter les impôts locaux, et remplacé en son absence par des délégués permanents. Ainsi le landrath perdait son omnipotence, et ceci choqua le parti conservateur, car c'était une atteinte aux droits sacrés des junkers. « C'est le bouleversement de la patrie », écrivait tragiquement Gerlach'.

Le projet de loi fut présenté par le ministre de l'Intérieurà la Chambre des seigneurs dans l'automne de 1872, en l'absence de Bismarck. Le parti féodal s'indigna, Kleist-Retzow, son chef, rappela les services rendus par les hobereaux lors du grand conflit, et, malgré toute l'habileté, toute l'éloquence du comte Eulenburg, le projet de loi fui rejeté à une immense majorité, par 148 voix contre 18. La session parlementaire fut ajournée à quinzaine ; l'émoi était vif au camp ministériel, le roi même était étonné et mécontent de cette résis-

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