M. Tbicrs au comte de Sain (-Val lier. 14 août ISTl
i. Le comte de ISaiiit-Vallier a H. Thiers, 19 août IB7I.
5. Supra, p. 34S. Il semble résulter d'unèlcllre de Bismarck b l'empereur Guillaume, 1* avril 1873 {kaiser Wilkelm lund Bismarck, p. Ï37) que cette nomination se fit malgré le chancelier.
homie , le robuste tempérament du vigoureux Normand firent en quatre jours ce qui avait traîné deux mois ; le 1 3 octobre, il signa avec Bismarck et le comte d'Amim deux conventions : l'une stipulait l'évacuation immédiate de six départements, que les troupes françaises n'occuperaient définilivemenlqu'aprës le paiement de 650 nouveaux millions, échelonné du 15 janvier au i" mai 1872; l'autre convention oi^nisait le régime douanier entre la France et l'Alsace-Lorraine, et contenait deux petites rectifications de frontière en faveur de la France. Et le soir de cette mémorable journée, après un diner où les deux adversaires joutèrent, tels des héros d'Homère, à qui « dominerait » l'autre', le chancelier et le ministre entrèrent d'un pas ferme au théâtre, comme pour manifester publiquement leur sympathie et leur accord '.
Cet accord produisit une détente heureuse qui se prolongea pendant quelques semaines ; le discours du trône fut paci^que et le langagede la presse apaisé. M. deGabriac profila de cette accalmie pour demander à Bismarck l'amnistie des Français . encore détenus en Allemagne; se refusant à une amnistie ' générale, le chancelier acceptait la grâce de certaines catégories de prisonniers; il se montrait « assez conciUant' », le ministre français avait bon espoir; soudain, deux incidents ramenèrent la colère et l'inquiétude, le double acquittement par les jurés de la Seine et de Seine-et-Marne de deux Français, assassins de soldats allemands; ces verdict;^ étaient déplorables, mais la violence engendre l'injustice. L'irritation du chancelier se déchaîna, vive et hautaine, dans une dépêche du 7 décembre ^ Il opposait aux « dispositions des classes
t- Gabriac. Souvenirs tliptomaliques, p. 16£et9uiv. B. Gabriac. Loc. cil., p 166.
3. Bismarck au comte d'Arnim, 7 décembre 1871. Hahn. FOrU Biamarek, t- II, p. 42ietsuiv.
3Si BISMARCK
éclairées en France... le degré de formation morale et le sentiment de droit et d'honneur » du peuple allemand ; il ne pouvait donc traiter désormais « en confiance » avec le gouvernement français et les futures négociations auraient pour but « non seulement l'établissement des conditions de paix, mais encore notre sécurité dans les départements occupés par nous. » Le chancelier ne se contenta point de faire communiquer cette dépfiche au ministre français; il en remit copie à la presse, et les journaux officieux, la Correspondance provinciale notamment, l'entourèrent des commentaires les plus blessants pour la France.
Une heureuse diversion mit fin à cette crise pénible, la nomination d'ambassadeurs chargés de reprendre définitivement les relations oRîcielles des deux pays. Le comte d'Arnim fut consolidé dans sa situation à Paris, le vicomte de Oonlaul- Biron fut envoyé à Berlin. Le nouvel ambassadeur était un des chefs de rextréme-droite à l'Assemblée nationale, cette .situation politique déteraiina le choix de M. Thiers, elle ne fut point pour plaire t Bismarck; M. de Gontaul-Biron avait une grande intelhgence, mais nulle expérience de la vie pubhque '; il était d'une loyauté parfaite et d'un grand courage, il ne dissimula ni ses opinions cléricales ni ses espérances uUramontaines, et il arriva en Allemagne aux débuts même du Kulturkampf; le chancelier ne se piquait point d'aménité, il ne tarda point à détester l'ambassadeur, et à double titre, comme représentant de la France et comme parlisan de Pie IX; nulle avanie ne fut épargnée au vicomte, qui tes supporta toutes avec tristesse et sang-froid.
Les premières relations des deux hommes lurent courtoises ; le chancelier protesta de ses intentions pacifiques.
aillenu jusqu'alors âl'âcartdc toulu
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« La paix, dit-il, n'aurait jamais dû être troublée entre la France et t'AUemagnc ; il est tr^ désirable de rétablir tes choses comme elles étaient, il y a deux ans, avant la guerre. Voua trouverez de notre part la meilleure volonté pour atteindre ce but. » Il s'efTorça de dissiper la mauvaise impression que sa dépêche du 7 décembre avait produite en France ; on s'était mépris sur le sens de cette pièce, « qui avait pour but de rassurer l'Allemagne et nullement de menacer la France » et l'entretien finit « aimablement' »-■
Encounigé par cet accueil, M. de Gontaut-Biron reprit les négociations en faveur des prisonniers français ; Bismarck se déroba d'abord; l'ambassadeur français ne put traiter qu'avec M. de Thile, qui multiplia les bonnes paroles, avec la sécurité que donne l'habitude de n'engager personne ; l'empereur BC larda point à signer la grftce de 62 militaires, détenus pour cause d'insubordination, mais il restait quelques soldats et une soixantaine de civils, entraînés de France en Allemagne. Dinant à la chancellerie impériale, après avoir écouté attentivement une docte dissertation sur les différentes méthodes de viticulture, M. de Gonlaut-Birou se risqua à demander quand suivraient d'autres grâces. « Très prochainement, répondit le prince, et si cela tardait trop, venez me le rappeler. » L'ambassadeur improvisé crut ù une promesse ferme, et comme h cela tardait trop », il écrivit au chancelier impérial pour lui rappeler ses paroles « une lettre un peu vive » ; Bismarck prit prétexte de l'âpreté du style pour ne point répondre ; avec ses subalternes, Thile ou Delbriick, les négociations étaient toujours longues, les grâces ne s'échelonnèrent que dans le courant de l'été.
Cependant d'autres négociations étaient en cours pour
amener la libération complète du territoire français. Déjà une convention avait été signée à Francfort, le 5 décembre 18*71 , qui réglait les détails d'exécution du traité de paix. Le paiement des millions aux diverses échéances s'était fait avec une régularité qui prouvait le crédit de la France, et permettait d'espérer un paiement par anticipation de la dette nationale. Or, il était nécessaire d'interpréter le traité de Francfort, pour déterminer les évacuations successives des six départements encore occupés parles troupes allemandes. M. Thiers pensa d'abord à invoquer la clause du traité qui permettait de substituer des garanties financières à l'occupation territoriale, et, au mois d'avril 1872, il chargea son ambassadeur à Berlin de se rendre auprès de Bismarck et « de lui exposer simplement et franchement que nous voulons deux choses : nous acquitter et faire cesser l'occupation étrangère. Rienn'est moins embarrassant pour M. de Bismarck que de nous répondre ' »,
Malheureusement, la négociation fut engagée par M. de Gontaut-Biron avec une lenteur et une inexpérience qui lui ont été vivement reprochées'. H ne put ou ne sut atteindre Bismarck qui se dérobait ; il ne rencontra le chancelier qu'à la table de l'ambassadeur russe, et ne parvint pas à l'entretenir de sa mission ; peu de jours après, Bismarck partait pour Varzin, et les négociations prenaient la voie lente desintermédiaires,
A cette époque, l'Assemblée nationale discutait, non sans ardeur, la nouvelle organisation militaire*, et les journaux allemands en prenaient prétexte pour attaquer violemment les armements de la France ; ils ne faisaient que reQéter