‹ Bismarck et son tempsChapitre 136 sur 270 · UidurjuillctUTÎ · texte numérisé non relu

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ALLEMAGNE ET FRANCE 3bl

l'opinion du parti militaire, qui trouvait que « l'armée française commençait joliment à se refaire. — Au printemps prochain, déclarait le maréchal de MoUke à l'ambassadeur français, elle sera sur un pied formidable de guerre, et très en état de recommencer la guerre' ». Le prince de Bismarck semblait jusqu'alors indépendant de ce parti, mais comme les attaques contre la France se multipliaient dans les journaux officieux, on pouvait se demander s'il n'avait point modifié son opinion. Et les dépêches se succédaient de Versailles à Paris, à Nancy, à Berlin, à Varzin.

En pareil cas, parler ferme est agir sagement. Le 10 juin, M. Thiers monte à la tribune de l'Assemblée nationale ; il pose la question de confiance ; sur de l'autorité que donnent les servicesrendus, il exige le vole d'une loi qui doit assurer « deux ou trois classes à mettre immédiatement en ligne ». Par 477 voix contre 56 et 172 abstentions, l'Assemblée adopte tes principes qu'il expose, et de suite les négociations se font plus faciles. Le lendemain, 11 juin, M. de ïhile annonce au vicomte de Gontaut-Biron que Bismarck renvoie avec ses observations les propositions du gouvernement français* ; le 12, le comte d'Arnini reçoit les instructions de son chef, il discute immédiatement avec le Président et son ministre, sollicite à Varzin de nouvelles instructions, et, le 29 J uin, est signée à Paris la convention qui règle le paiement des trois milliards encore dus, la possibilité du paiement anticipé et de l'évacuation successive du territoire. Cette convention fut mal comprise par l'opinion française^ : on n'y vit que des restrictions et des lenteurs, on n'y aperçut point la libération prochaine du territoire.

i. VicomledeGontaut-Biron. Mon ambassade en AlUmagne. p. SD.

ï, M. de GonUut-Biron & M. Tliiera, 11 juin 1873.

3, BatlOlaux. HiUoire de la France contemporaine, t. I, p. IS3.

La France reprenait sa force el son autorilé en Europe ; au lieu d'une nation déchirée par la guerre civile, sans armée et sans ai^nt, l'Allemagne avaità son cAté un État conscient de sa vigueur et de ses droits. Bismarck ne se dissimulait pas qu'il fallait désormais compter avec le malade récalcitrant, leiller à la prolongation de sa convalescence, et l'empêcher de trouver des alliés. Isoler la France, ce fut désormais, et justfu'à la iin de sa carrière, un des premiers soucis de Bismarck. Sous les ombrages de Varzîn, errant parmi les chônes - et les sapins, il cherchait toujours de nouvelles combinaisons pour compléter ot fortifier son œuvre. « J'aspire surtout au repos, disait-il, mais pour moi il n'y a point de repos'. « Et dans aoh espi-it tourmenté, il passait en revue les forces difTérentes de l'Europe.

L'Autriche semblait gagnée A l'alliance allemande. En 1871, après l'entrevue de Gastein, M. de Beust avait dit à quelque ami : « Nos deux esprits se sont trouvés réunis comme une clef dans une serrure'. » Le mot était joli, plus vrai encore que ne le croyait l'aimable Autrichien, car Bismarck avait empoché la clef de l'Autriche et le comte Andrassy n'avait point songé à la lui reprendre ; les cours de Vienne et de Berlin étaient désormais liées de l'étroite amitié qui les avait déjà unies de 1814 à 1848, mais actuellement au profit de la maison de Hohenzollern. Bismarck avait recueilli les bénéfices de sa géniale prévoyance en 1866 ; l'Europe était coupée en deux par la ligne allemande.

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