M. Thiers à M. de Gonroul-Brron, 12 mars
3. Le Uélail de l-i-s n^gouialions dans les rapports cl lélégrammes dj vii'onilu de G«nl8ul>Biri)n. Occupation tt Mëraliondu lerritaire. t. 11. p. SOT
4. C'était l'opinion de M. Bancron, ministre des Ivtats-Unis à Berlin.
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eue par les troupes allemandes le 5 juillet, fors Verdun, qui serait abandonné dans la quinzaine suivant le paiement déBnitiC. Ainsi, au milieu de septembre, la France serait libre de tout ennemi : la persévérance de M. Thiers, son habileté financière, sa force de persuasion avaient déBvré la patrie du jOHjç étranffer. Six semaines après, le 24 mai, il tombait du pouvoir. L'Empire avait fait la guerre, la droite monarchiste chassa le libérateur du territoire.
La chute de M. Thiers provoqua les plus vives inquiétudes à l'étrangerel Bismarck en témoigna son vif regret. 11 avait « foi » en l'éminent homme d'Etat ; c'était avec lui personnellement qu'il avait traité ; il considérait son maintien au pouvoir comme une sûre garantie de la paix et n'avait accepté dans le traité du 15 mars certaines clauses avantageuses à la France que a par égards pour lui' ». Il redoutait, d'ailleurs, les tendances cléricales du nouveau gouvernement, et craignait que le parti ullramonlain d'Allemagne ne trouvât dans celle victoire réactionnaire un encouragement et une nouvelle force dans sa résistance. L'ambassadeur de France rencontra de suite parmi les lieutenants du cliancelier une réserve et une méfiance qui reflt^taient les sentiments de leur chef.
Dès la fm de mai, le chancelier exigea que le nouveau Président de la République nolifi&l lui-même à l'empereur d'Allemagne son arrivée au pouvoir, et remit à son ambassadeur de nouvelles lettres de créance, car « rien en France n'est encore que provisoire ». Il n'y eut désormais aucune entente entre Bismarck et Gontaut-Biron , leur confiance do la veille fit place à u ne hostilité que le chancelier manifesta bientôt au grand jour.
I. Vicomte de tionlaiil-ftiroii. .Von aiiibaaaade eit Allemagne, p. 352.
L'événement du 24 mai et les nervosités de Bismarck ne pouvaient modifier le traité du IS mars. Les paiements s'effectuèrent aux dates convenues : le S septembre i873, les derniers cinq cents millions et les derniers intérêts furent acquittés ; le 16 septembre, les soldats allemands évacuèrent Verdun. Amputée mais vaillante, la grande blessée de 1871 avait repris sa vit\
§ IV
Lorsqu'au mois de mars 1871, Bismarck quitta Versailles, la France semblait pour longtemps annihilée : à la perte de trois départements, s'ajoutaient la dislocation de son armée. In disparition de ses armements, le paiement d'une rançon qui paraissait impayable de par son énormité même, un état d'anarchie, de déchirements intérieurs qui menaçait son unité nationale. Trois années étaient écoulées et la France renaissait de ses cendres, comme après l'incendie d'une forêt les troncs repoussent drus et forts des racines vivifiées.
La rapidité de ce relèvement avait étonné puis inquiété le prince de Bismarck « La France se rétablit trop vite », disait-il en décembre 1872 à quelque ministre étranger '. Les succès des divers emprunts l'avaient surpris à tel point qu'il avait manifeste son étonnement sur un mode menaçant, et M. Thiers avait posé dès février 1813 cette question pressante au représentant de l'Allemagne : « Foi de galant iiomme ! Dites-moi s'il est vrai que votre gouvernement cherchera une nouvelle guerre à la France aussitôt que nous aurons payé', » A !a même époque, un des confidents du
t. Marquis de Gabriac. Sauvenii's diplomatiques de France ri d'Allemagne, ])- iSi.
ï. Le comte d"Arnim a Bismarck, Tfévrier 1873.
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chancelier, M. Bletchroeder, rapportait fi l'ambassadeur de France les inquiétudes de Bismarck avec une rranchise trop entière pour n'être point voulue du chancelier même : « Ce qui l'inquiète, disait le financier, c'est l'augmentation de vos cadres. 11 assure que votre nouvel effectif dépasse celui de l'Empire, ce qui serait contraire aux promesses faites à luimême, à Versailles, par M. ïhiers. » Et comme le représentant français protestait longuement des intentions pacifiques de son pays, le banquier allemand répétait : « Ce qui inquiète le prince, c'est l'augmentation de votre efTeclif '. »
En 1873, ta France avait terminé son paiement colossal de cinq milliards cinq cent soixante-sept millions. La loi de 1872 avait réof^anisé les cadres, les régiments étaient reconstitués, les troupes étaient dotées d'un nouvel armement, et sur les frontières s'élevaient de telles forteresses que l'étalmajor allemand ne dissimulait point son regret d'avoir aban-' donné Belfort. La France reprenait rang parmi les puissances de l'Europe, et i) était à prévoir qu'elle cliercherait à nouer quelque alliance, non point le lien rêvé en 1870, le pacte avec l'Autriche et l'Italie, qui ne semblait plus possible % mais une entente avec la Russie, car rien ne divisait les deux peuples et leur éloignement même les préservait de fout conflit. La crainte de ce rapprochement hantait dès lors Bismarck : de là, son souct, son travail constant pour entraîner les monarques dans l'amitié de l'Allemagne et mieux isoler la France, comme un lépreux dans sa cabane dont nul n'approché.
La situation intérieure de la France n'inquiétait pas moins le prince de Bismarck. La Commune lui avait convenu, el non moins les disputes des partis qui aFTaiblissaîent le pays.
1. Vicomte de Gontaul-Biron. Mon ambassade en Allemagne, p. 6i, i. Prince Clovis de Holienlohe. Denkwardigkeilen, (. U, p. ISS.
Il eût désiré que le proviaoire se maintint, mais il ne se larguait pas de folles e3pérai>ces el il prévoyait qu'uoe organtsation définitive s'imposerait en France. En iS73, il avait craint le rétablissement d'une monarchie calboliifue, et déjà il avait redouté son inlluence sur le parti clérical qu'il combattait dans le KtUtttrkampf. A la fin de 1874, au commencement de 1875, tout était chang'é : la question du drapeau blanc avait démontré l'impossibilité d'un accord entre les deux branches des Bourbons, et la profondeur des divei^nces entre les deux i>artis monarchistes ; des élections partielles avaient prouvé la marche du pays vers la République ; bien informé, Bismarck ne pouvait se dissimuler le prochain vote d'une constitution qui donnerait fi la France une or^ nisation défmilive. Et la République forte était à craindre par cela même qu'elle ferait la France une. Aina argent, soldats, forteresses, respect à l'extérieur, unité natiooale, l'écrasée de 1871 avait tout retrouvé.
Cette inquiétude de Bismarck n'échappait point aux diplomates étrangers, et non plus les dangers qui en résuUaicst pour la France. Dans l'été de 1873, le prince Gortschakoff déclarait à M. de Cbaudordy qu' « il s'expliquerait très nettement avec Bismarck et lui ferait entendre qu'il ne ptouvait compter, dans une agression sans motifs, sur le concours de personne' ». Au commencement de 1874, le ministre d'Angleterre à Munich, s'exprimait avec « une certaine irritation » sur la politique de Bismarck. « Son attitude envers la Franceest provoquante, disiiit-il, on veut forcer la France à la guerre ^ a Et le prince OrioIT rapportait à l'ambassadeur fraoçais en Russie, général Le FIA, des propos gros de menaces : «- La
1, Le <]iic dp Tlroglicaii vicomie do (Jonlaut>Biron, 4 septembre 1873. î. Princi- Clovis de Uohmlohe. Dtnkn-ilrtlhkeilfn, M mars 187*. 1. Il, p. 112.
.yGoOgIf
FraDcé réorganise trop vite le personnel el le matériel de son armée, aurait déclaré le chancelier allemand ; nous nous donnerons une garantie, une place de sAreté, nous occuperons Nancy'. »
A cette époque de 1814, d'ailleurs, Bismarck aviût de graves inquiétudes sur l'état intérieur de l'Allemagne. Le KuUurkampf se prolongeait depuis plus de deux ans, et loin de s'affaiblir, la lutte religieuse s'a^ravait au point de compromettre l'unité de l'Empire. Le chancelier ne voyait point l'issue de ce combat ; car l'adversaire, loin de se lasser, redoublait de courage, tantôt luttant en pleine lumière, résistant ouvertement malgré lois, ordonnances et condamnations, lantAt se repliant avec souplesse, insaisissable, presque invisible, pour reparaître soudain plus tenace que jamais. Le chancelier serait-il obligé à son tour de céder ? Bardé de fer, bérissédeloisjpUerait-il devant des prêtresà la parole blanche, aux gestes doux, à la voltmté forte ? Et serait-il contraint au voyage de Canossa, malgré les paroles splendides et tes solennels engagements ? Le danger était tel que, pour l'écarter, une diversion était nécessaire, un péril national qui refit l'unité nationale comme il l'avait foi^e en 1870. Et la guerre avec la France paraissait nécessaire, autant pour écraser à jamais la ctmvalescentc que pour souder étroitement les fissures de l'édifice allemand. Moltke et ses officiers désiraient cette guerre. Bismarck n'y était point encore décidé, non plus qu'il ne s'y refusait. Peut-être un éclat de voix, la vue du martinet suMraient>ils pour terrifier le mauvais Français et le méchant uUramontain d'Allemagne. En octobre 1874, Bismarck prépara une première fois les paroles de combat.
Mais il rencontra un adversaire imprévu, l'empereur Guil-
1, Souvenirs du général Le P14. Le Figaro. aupplOmenl liUératre du
laumo. Le vieux souverain, repu de gloire, s'était fait et avait fait à son neveu le tzar la solennelle promesse d'éviter toute guerre nouvelle. Il avait pénétré, avec une finesse à laquelle d'à litres collaborèrent, les projets de son chancelier, et lorsque Bismarck eut rédigé, pour la rentrée du Reichslag en 1874, un discours tapageur et cassant, il déclara tout net que ce langage constituait « une menace » envers la france et que le discours serait modifié dans un sens pacifique. Bismarck le prit de haut, et fît annoncer au vieil empereur que si sa phrase était modifiée, il n'assisterait pas à l'ouverture du Reichstag. L'empereur tint bon. « Je ne veux pas In guerre avec la France, disait-il au prince Clovis de Hohenlohe, je suis trop vieux pour entreprendre rien de pareil ; mais je crains que Bismarck veuille m'y conduire petit à petit. » Et comme Hohenlohe protestait des intentions pacifiques de Bismarck, le vieil empereur ajouta, en tirant avec mélancolie sur ses favoris : « Je me disputerai encore à ce sujet avec le prince de Bïsmarclt '. «
Dans cette dispute, Guillaume l'emporta. Le discours fut adouci dans ses termes, — et Bismarck assista 6 l'ouverture du Reichstag '. Maïs, quelques semaines plus lard, le chancelier proHta d'un incident parlementaire pour envoyer sa démission au souverain ; personne ne crut au sérieux de la nouvelle, « C'est une comédie », déclarait Lasker dans les couloirs du Reichstag. L'empereur ne fut guère ému et envoya auprès de son chancelier le prince Frédéric-Guillaume ', qui obtint sans peine le retrait d'une démission à laquelle Bismarck tenait moins que nul autre.
t. Prince Clovis de lUihenlohe. DenkwUi-digkeUen, 35 octobre ISlt, t. [I, p. 137.
2. Le Î9 oi'Iobrt- 1874. H. Koht. Bamnrck-Heguten, I. Il, p. 9b.