Pliilippsou. Dan t.ebfn Kaiser Friedricht lll, p
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Pendant l'hiver de 1874-1815, l'horizon politique continua à s'obscurcir lentement : il est des orages qui se forment avec une tranquille implacabilité. Bismarck suivait avec une attention nerveuse et mécontente les incidents de la politique française. Les évoques de France s'étaient joints, par des mandements tout au moins regrettables, à l'encyclique du pape qui protestait contre l'arrestation de M^' Lcdochowski, et le ministre de l'Intérieur, M. de Fourtou, avait invité par circulaire les évéques à s'abstenir de pareilles appréciations. Bismarck manda auprès de lui l'ambassadeur de France : « Le gouvernement allemand, dit-il avec une froide politesse, ne juge pas sufTisante la satisfaction que vous avez cru lui donner par la circulaire de M. de FouKpu ; il lui faut un pas de plus. U ne suffit pas d'avertir les évéques, ils doivent être punis. » Et il rappela au vicomte de Gontaut-Biron les sanctions de la loi française, l'appel comme d'abus, la poursuite pour offense à un souverain étranger, n Votre loi, ajoutat-il, reconnaît le droit de citation au représentant du souverain offensé, et nous en ferons directement usage '. » C'était une m^bante querelle ; le gouvernement de MM- de Broglic et de Fourtou dut poursuivre V Univers qui avait publié un des mandements litigieux.
D'autres sujets, et plus graves, soulevaient le mécontentement du prinec. En février, deux lois constitutionnelles assuraient à la France la stabilité gouvernementale dans la forme républicaine. L'Assemblée nationale discuta peu après une loi sur les cadres de l'armée, qui augmentait le nombre des bataillons dans chaque régiment. A cette occasion, les journaux les plus affiliés à la chancellerie attaquèrent avec une
1. Duc de Broglie. la mission de M. de Gonlaul-Biron à Berlin, p. 163 et Buiv. — André lïreui. Dernièi'es années de l'ambatsade en AUemagne de M. de Gonlaul-Biron (1007). p. S el suiv.
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amertume passionnée l'esprit de revanche des FrançaÎB, les progrès de leur armée, leurs préparatifs dangereux pour ta [Toàx européenne. Le parti militaire, les officiers, leurs chefs les plus en vue se répandaient en déclamations dont Bismarck a dit plus tard qu'elles allaient « jusqu'à compromettre la paix ' H. Tout bouillant d'une ardeur sénile, le maréchal de Mollke professait que le mieux était, la France voulant lit guerre, de la devancer, avant qu'elle fût prèle '. Il ne disait guère que modifier une phrase de Bismarck, dite par lui dans un moment de colère : « Si la France ne se défait pas de la politique pontificale, je n'attendrai pas, pour lui faire la guerre, qu'elle soil prèle, et je sais qu'elle le sera dans deux ans^. Il A cette allure menaçante, les diplomates les plus prtidenls étaient entraînés, et le comte Munster, ambassadeur d'Allemagne ô Londres, traitait « académiquemenl » et sans mystère « de Tutilité d'une attaque opportune à diriger contre la France' ».
M. de Gontaut-Biron revint au commencement d'avril, èi Berlin, de la France où il avait pris part aux débats de l'Assemblée nationale. Deux indices lui parurent graves : le secrétaire d'État aux Affaires étrangères, M. de Bâlow, lui demanda des explications sur les armements de la France ; c'est là une question qui prépare et précède souvent les coups de canon, et il fallut toute Thabileté du vicomte de Gontaut-Biron pour conserver à l'entretien son caractèredecorrcction diplomatique. Signe aussi grave, un négociateur spécial. M, de Radowilz, avait été envoyé en février à Pélersbourg, et quoiqu'on
i. Prince de Bismardi. Pevaées tl Soupenirs, t. Il, p, Hl. ï. Ulum. Farsl Dinmai-ck und seine Zeil. l. V, p. 230. 'i. Duc de Broglie. La mùtiett de M. dt GontatU-Biro» à Berlin, p. iS£. t. KismaFck k l'empereur Goi lia urne, 13 août 1875, K-aher Wilhtlm I unrf Bismarck, p. iiO.
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doDiiâl pour raison ostensible de celte mission la nécessité de remplacer l'ambassadeur malade, son motif semblait êlre de pressentir les dispositions de la Russie pour )e cas où l'AUcmapie ferait la guerre à la France et do rechercher qaelles concessions en Orient pourraient payer la neutralité russe' ; d'après les renseignements de M. deC<Hilaut-Biron, les propositions allemandes se résumaient on une courte phrase : part à deux ; — liberté pour nous A l'Occident et pour vous en Orient. Peu de jouis après son retour à Berlin, M. de Radowitz rencontrait l'ambassadeur français, et dans ses paroles se reflétaient encore les préoccupations de sa mission extraordinaire. « ^ nous avons laissé la France ressusciter et grandir, disait le diplomate allemand, n'avons-nous pas tout à craindre ? Et si la revanche est la pensée intime de la France, — et elle ne peut être autre, — pour-quoi attendre pour l'attaquer qu'elle ait contracté des alliances '?» Cet aveu dépouillé d'artifice expliquait le voyage de M. de Radowitz : Bismarck voulait contenter la Russie pour attaquer la France ; c'était mal calculer, car son projet rapprocha la Russie et la France.
Ces propos divers, my3térieu.x,mais fous identiques, avaient r^andu une vive inquiétude en Europe. On murmurait de vagues propos de gucri-e ; ce n'était encore qu « 'un petit vent qui rase terre », mais il allait « rrnforzando ». « Uu des plus grands personnages de l'Europe » avait écrit au maréchal de Mac-Mahon deu.t lettres pour le prévenir que la France serait attaquée soil au printemps, suit en septembre. Les ambassadeurs des diverses puissances è Berlin pressaient
1. Le général Le Plûau duu Uecazes, iO avril 1875. Le Figaro du âl mai 1887. Voje/ la réponse de\aGazelleilef Allemagne ilu\onl. h- l-juiii 1H87, el l'analyse de ces documents par M. Scliérer. L'alarme de 1875. Reiue bleue du 13 aoal 1MS7.
2. Duc de Broglic. La mitaioit de M. de Gontaul-Siron, p. 210.
M. de Gonlaut'Biron de recommander à Paris un redoublement de précaution et de prudence. Les princes allemands s'inquiétaient. Le grand-duc de Bade exprimait l'espoir que la guerre pourrait encore être évitée, mais son interlocuteur, le prince Clovis de Hohenlohe, en doutait fort. « C'est possible, disait-il, mais non vraisemblable'. »
Peu de jours auparavant, un coup de cloche avait retenti comme un signal de combat. Le 8 avril, un journal qui n'avait rien d'antigouvernemental, la Post, tançait sous ce titre retentissant : « La guerre est-elle en vue ?» un article' où il énumérait les griefs que l'Allemagne opposait à la France, les desseins de revanche, l'espoir des monarchistes a de conquérir une couronne sur le champ de bataille », les intrigues des ultramontains français pour gagner des alliés contre la prolestante Allemagne. EL il se résumait dans cette phrase destinée à jeler l'alarme en Europe : « Si nous en revenons à notre question : La guerre est-elle en vue ? nous devons répondre : Oui certes, la guerre est en vue ; ce qui n'empêche pas que le nuage peut se dissiper. » Que l'article provint de Bismarck, nul n'en pouvait douter : il était dans les habitudes du chancelier de lancer une nouvelle retentisssante dans un journal ami, mais non ofTicieux, pour pouvoir la démentir si c'était nécessaire ; l'ensemble de l'article avait une allure de chancellerie qui ne pouvait tromper les vieux diplomates et tous tombèrent d'accord : « Ce cri de guerre avait Bismarck pour auteur', »
A Pétersbourg, on ne se méprit point sur la portée de cet article; c'était un ballon d'essai, lancé pour sonder l'atmos-
1, Prince Clovis de Uolientohe. Veakwilrdigteilen, ib mars IfiTS, l, I[, p. 153.
!, Hahn. Fam Dismarck, l, II, p. 77* el suiv.
3, Lord LoftuB. Diplomalie réminiscence; !• eÉrie, (.' Il, p. 131.
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phère européenne, et voir si rien ne s'opposerait à une nouvelle guerre sur les Vosges. La cour de Russie résolut d'agir vite et ferme, et de crever le ballon d'essai comme une vulgaire bulle de savon. Le général Le Fld, ambassadeur de France à Pctersbourg, élait retourné à son poste plein d'inquiétudes sur l'avenir, et l'article de la PosI avait redoublé ses patroliques anxiétés. Le 15 avril, il se rendit auprès de l'empereur Alexandre qui devait prochainement partir pour l'Allemagne et s'arrêter à Berlin. « Je dis au tzar, écnvit-il à son ministre', que M. de Bismarck se plaisait à multiplier à l'exlérieur une succession non interrompue de points noirs qui troublaient le pays et étaient de nature à faire naître les plus vives inquiétudes. — Je comprends cette anxiété, répondit Alexandre, et j'en déplore les causes. J'ai la conviction cependant que l'Allemagne est très loin de vouloir la guerre et que tous ces agissements regrettables de Bismarck ne sont que des ruses employées par lui, pour mieux assurer son pouvoir en se faisant croire plus nécessaire par l'étalage de dangers imaginaires. » Le prince GortschakofT était moins rassurant : « Rendez- vous forts, très forts », disait-il à l'ambassadeur français ; et il promettait de s'arrêter avec son monarque à Berlin « pour agir dans un sens pacifique sur l'esprit de M. de Bismarck o. En même temps le tzar faisait prévenir le gouvernement fronçais qu « 'au jour du danger, il serait prévenu et prévenu par lui' u.
Lemoisd'avril selermina dans l'anxiété générale; l'inquiétude s'était répandue & l'étranger, et, dans les premiers jours de mai, un article du Times dû à M. de Blowitz, son correspondant à Paris, la traduisait exactement en jetant un cri
1. Le général Le FIO au duc Decazes.SO avril 1S79. S. Le duc Decazea au gënérel Le F\(t, !9 avril IS75.
d'abrme' sur les dangers d'une nouvelle guerre. Il semble qu'à Berlin, il n'y avait point d'accord sur la nécessité même de la lutte : carie roi disait avec une amabilité très -significative au prince de Polignac : o On a voulu nous brouiller, mais c'est fini, n Au contraire, M. de Bismarck n'abandonnait point son attitude menaçante ; le 5 mai, M. de Hohenlohe se. présentait au quat d'Orsay et demandait à être reçu par le ministre des AEbires étrangères. Non sans embarras, il exposa au duc Decazes les griefs de son gouvernement : augmentation des cadres de l'armée française, constitution d'un trésor de guerre, ton belliqueux de la presse. « M. de BUlow, ajouta-t-il, croit que la France n'a pas d'intentions bosttles, mais l'élat-major allemand considère toujours que la guerre contre l'Allemagne est le but final de votre organisation militaire *. » La commission, qui provenait assurément de Bismarck môme, avaitété faite avec Tbabitueile finesse du prince Clovis, mais, ainsi qu'il fut dit à la tribune anglaise par une délicate allusion de lord Derby, c'était a le premier pas d'une invitation formelle à la France de discontinuer ses armements ». Et le noble lord ajoutait : « Si cette demande eût été faite, il eût été dilTicile do maintenir la paix '. »
Cependant le tzar partait pour Berlin, Il y avaitété précédé par son ambassadeur en Angleterre, le comte ScbouvatolT, qui avait engagé le chancelier allemand a à bien faire attention ù ce qu'il allait faire ». Le comte s'était ensuite rendu à Londres, il avait amené lord Derby à collaborer au travail
1. M. de Bli>wilz aàéclaté dans My Mémoire (Londres, 1903). p 106 et aulv. qu'il avelt écrit cet articEe sons l'inspiration du duc Decaies. Piince Clovis de Uuhenlobe. DenkwUrdigkeilen. t. II. p. 157.
â. Duc de BroKlie. La misaion de M. de Gontaul-Bii-on à Londrut, p, î!2 el Euiv. Dreux. Dernières année$ de t'ambasiade de M. de Gontaul-Biron, p. 108 et Euiv.-I.c prince de llolicnlohe ne Tait point allusion dans ses Mémoires à cet incident.